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HISTOIRE DE THOIGNE

 


        Le petit village de Thoigné, situé à mi-chemin entre Courgains et René, doit son charme à l'intelligente conservation de quelques arbres remarquables, de quelques vieilles pierres et des traces de quelques artistes de passage.

        L'Orthon a sa source à Thoigné, d'où il se dirige vers René et Beaumont. Un autre petit cours d'eau prend sa source au sud de Thoigné avant d'arroser Dangeul, Nouans, Lucé-sous-Ballon, sous le nom de Gandelée.

       Des origines: le village est certainement très ancien. Les actes des Evêques du Mans nous désignent Thoigné sous le nom de "Villa Taudiniaco", dès l'an 543.

       Ensuite il nous faut attendre le 12e siècle, entre 1148 et 1185. Guillaume, prêtre de Thoigné, assiste avec Gauthier, prêtre de Nouans et Hervé de Doucelles à une transaction entre l'abbé de Saint-Vincent du Mans et un certain Teobaudus Tragin, propriétaire d'un fief dont relevaient les terres de Saint-Cher et des Deux-Amants (à Lucé-sous-Ballon).

      Les moines de l'abbaye de Perseigne sont à Thoigné dès le 12e siècle, Ils y installent une grange. Mais qu'est-ce qu'une grange "Cistercienne" au 12e siècle ? Non pas un triste hangar de bois et de tôle mais un ensemble de terres et de bâtiments, de logis, réfectoire, chapelle ou église, bâtiments d'exploitation, le tout placé sous la direction d'un "maître de grange", supérieur de toute une communauté de frères. Progressivement, ces "granges Cisterciennes" ressembleront en fait, sans en porter le nom, de plus en plus à ce que l'on désignait chez les Clunisiens par le terme de "prieuré"  (c'est-à-dire un petit monastère regroupant les terres éloignées de l'abbaye-mère).

      En 1198, Richard Cœur-de-Lion confirme les moines de Perseigne dans leurs possessions de Thoigné, Et en Mars 1214, Robert comte d'Alençon atteste à son tour que la "Grange de Thoigné" avec ses "édifices, terres, prés et pâtures, et autres choses qui en dépendent" fait bien partie des biens de l'abbaye de Perseigne.

     Curieux acte encore que celui de 1191, ratifié par l'évêque du Mans Hamelin : Gervais de Thoigné et sa femme Richilde se donnent corps et biens, meubles et immeubles, à l'abbaye de Perseigne.

Quelques fiefs :

      Nombreuses sont les traces que les terres et les personnes ont laissées dans les écrits, trop nombreuses pour être analysées ici dans le détail : les fiefs de Planches, véritable seigneurie de Thoigné (1222), de Louie avec sa motte et son bois de chêne (1407), et de l'Ecluse relevant en 1274 avec son logis seigneurial, ses terres, prés, pâtures et tout ce qui en dépend de l'abbaye de Perseigne, avec ses arrière-fiefs, le lieu de la "Grande Businière", la "Grande Divarerle", le "Petit Bray", etc. ; le fief de "la Perrière" (baillé en 1779 par Louis Charles de Perrochel de Grandchamp, " Seigneur de Thoigné", à Joseph Malassigné et Marie Champroux, son épouse, de René) ; le pré des "Chapitres", et "la métairie de la Pontonnière" et d'autres terres annexes, comme les Champs-de-Saint-Julien, relevaient du chapitre cathédral du Mans, qui déclarait également à Planches sa Grange aux dîmes, "sise au bourg de Thoigné sur le chemin de l'église au poteau de la Seigneurie de Planches". 

      En 1548, le Seigneur du Grand-Rusé en René et du Petit-Rusé en Thoigné déclare relever du Seigneur de Planches en arrière-fief. En 1585, la pièce des "Quinze Boisselées" relève de la Maison-Dieu des Ardents du Mans. En 1593, Jean Pichon, curé de Thoigné, déclare au Seigneur de Planches le domaine de sa cure, son presbytère, des terres, des maisons dans le bourg. La "fabrique" de l'église de Thoigné possédait dans le fief de Planches une terre dans la pièce du "Cormier", le champ des "Barbarins", le "Champ-Fromage", le  champ "Couvre-feu ", le "Petit-Poirier", le "champ Saint-Martin", la "Noë Siguret". 

     En 1637 on déboise dans les bois de Louie, Heaumes et Longueraie ; sont nommés : François Huet, sergent à René, noble Jean de Maignien, sieur de Lormont, René Brissard, apothicaire à René, maître Roland Le Châble de Nouans, Julien Aubert, sieur du Colombier à Nouans, François Godet, sergent à Dangeul. A  la Révolution, la révolution du "Canton de Courgains" nous a légué notamment les arrêts du comité de surveillance de Thoigné, Le Sieur Bouin, curé du lieu, fut alors accusé de perturber la tranquillité publique et un vicaire de Thoigné, Pierre Rousseau, envoyé à l'île de Ré pour être déporté. L'administration centrale surveille les "Missionnaires de Thoigné".

 

 

Une nouvelle cloche Le 19 Octobre 1900 :

      Bénédiction d'une nouvelle cloche à Thoigné, "Sujet d'universelle allégresse" la foule avait envahi et presque pris d'assaut la vieille et modeste église de Thoigné. La joie qui est naturellement expansive, débordait des cœurs trop pleins, et se traduisait en un inconscient murmure. 

      Mais... Monsieur le Doyen de Marolles avant de procéder à la cérémonie de Bénédiction, expliqua dans un langage plein de précisions et de gracieuse simplicité, les nuances délicates des divers chants de la cloche, depuis son appel matinal, jusqu'au tintement lugubre qu'elle laisse tomber sur la froide dépouille du "trépassé".

L'église Saint Martin

     La charmante église de Thoigné se compose d'une nef fort ancienne, augmentée plus tard d'un chœur à chevet plat et de deux chapelles latérales formant transept. La nef, probablement du 12e siècle, a conservé sa façade d'allure romane, à petits contreforts plats se rejoignant en arcade pour porter l'ancien clocher et en cachant un très beau portail. L'ancien clocher était sans doute constitué d'un mur percé d'arcades où se balançaient en joyeuse harmonie les cloches (le clocher de Peray est un modèle du genre).A une époque Indéterminée, on remplaça pour des raisons techniques ce genre de construction par des caissons en charpente, plus souples et mieux adaptés que les maçonneries de pierre à l'ébranlement et au balancement des cloches. A la fin du 15e siècle, les murs latéraux ont vu s'ouvrir des fenêtres gothiques. 

     C'est aussi l'époque de la construction du chœur et des chapelles sans doute : depuis plus d'une génération la Guerre de Cent Ans est finie et dans toute la région on s'est mis à reconstruire et à embellir les édifices civils et religieux. Les voûtes de bois datent également de cette époque : on remarquera les belles clés de bois, sculptées et colorées au sommet de la chapelle sud. Elles semblent représenter les instruments de la Passion. 

      Le maître-autel date sans doute de 1703. II est d'une facture proche de celui de Dangeul daté de 1701. Remarquable pour son admirable travail de guirlandes sculptées, II possède en outre un tableau central de terre cuite. Le sujet traité est fort rare dans la région : la Présentation de Jésus au Temple. On rencontre le motif seulement quatre fois dans le Maine (Thoigné, Le Luart. Le Grand-Lucé, Rouez-en-Champagne). Une statue en terre cuite à droite représente Saint Etienne, à gauche Saint Martin, terre cuite également, patron de la paroisse.  

     Dans la niche supérieure on remarque le Christ Ressuscité, et la date de 1703. L'élégant tabernacle est de l'époque Louis XV. La grille du chœur, très comparable à celle de René et à celle de Dangeul, de l'époque Louis XV également, est un très beau travail de fer forgé. Le retable de la chapelle sud offre un tableau de terre cuite, représentant Sainte Marguerite. 

    L'animal fabuleux représenté à ses pieds rappelle le récit de sa légende dorée : "Le diable prenant la forme d'un dragon épouvantable, lui apparut avec des sifflements et une odeur intolérable, et s'approcha d'elle pour la dévorer". Le retable de la chapelle de gauche est dédié à Sainte Anne. Le tableau central, en terre cuite peinte, représente Sainte Anne enseignant la Vierge. En avant de la grande porte d'entrée subsiste encore le vieux "Ballet" de l'église. Nous en connaissons plusieurs exemples similaires dans le canton de Marolles-les-Braults, René, Lucé et surtout Peray, Congé en possédait un jadis. 

     Ce petit préau permettait de "causer", le conseil paroissial s'y réunissait, puis le premier conseil municipal. Jadis cette petite église attachante fut abondamment décorée de fresques. Quelques restes tardifs, sans doute du 15e siècle, sont parvenus jusqu'à nous : une Sainte Catherine d'Alexandrie, patronne des philosophes et des femmes Intellectuelles. Sur le côté gauche de la nef accompagné peut-être d'un Saint Michel aillé et armé, un cardinal ou archevêque.

Ce texte a été écrit par Mr Jürgen Klötgen, Président de la société historique et archéologique du Maine (Le Mans)


Textes fournis par Monsieur Roger Malassigné, Maire de Thoigné.(confiés le 22/02/2000, merci !)

Additif:

Il est peut-être bon de rappeler qu'à deux reprises en 1992-93 et en 1996 des travaux importants ont étés entrepris dans notre église. A la fin de 1992, le dallage a été refait ( à signaler que pour la 1ére fois dans la région que le pré-dallage a été réalisé en ISOCHANVRE (René) mélangé à des chaux naturelles ). L'entrée de l'église a été modifiée et embellie; Les emmarchements conduisant à l'Autel ont étés remaniés en remplacement d'un podium devenu sans relief. Un Autel a surgi, œuvre d'une communauté de jeunes du Var, sous la houlette d'un prêtre lui-même tailleur de pierres et avec le concours d'autres tailleurs de pierres très expérimentés.

En plus de l'Autel, ces jeunes hébergés pendant une semaine dans les familles de la commune (très bénéfique pour les relations humaines) ont fait surgir de l'ombre le baptistère qui, maintenant rénové, repeint, trône en belle place.

Et cependant nous avions conscience (peut-être plus qu'ailleurs) qu'il restait encore à faire et nous pensions notamment à ces fresques déjà évoquées. Après des démarches de toutes sortes (et habituelles) 1996 a vu leur restauration, travail remarquable, et au cœur de cette rencontre une histoire:

Une des fresques représentant Ste Catherine d'Alexandrie (fresque du 15éme siècle) avoisinait la chaire mais nous pensions qu'une petite partie de ladite fresque pouvait être cachée par cette chaire. Pour en avoir le cœur net, nous avons déménagé la chaire et l'avons installée plus loin et là, surprise ! en fait c'était la moitié qui en était cachée.

Une ombre cependant; Alors que la partie supérieure et "nouvelle" de cette fresque est très belle, par contre la partie inférieure, elle, a souffert et malgré tous leurs efforts, les braves amis de l'atelier de restauration n'ont pu lui donner l'état qu'eux et nous, souhaitions !

Roger Malassigné Février 2000


Le Manoir : (Propriété privée)

Blottie derrière l’église de Thoigné, se situe une demeure d’une extrême simplicité : logis rectangulaire à hauts murs à pignons et toit à deux pentes égales flanqués d’une tour hexagonale qui abrite un escalier à vis. Le pignon Nord ainsi que le 1er étage avec ses fenêtres à meneaux factureraient une construction du 15ème siècle. 

 

 

 

La fenêtre à meneaux située à droite de la tour est particulièrement remarquable avec ses moulures de profil gothique. L’on retrouve ces mêmes moulures sur la cheminée à hotte de la pièce principale du 1er étage.   

 

 

 

Le rez de chaussée a été remanié probablement au 18 ème siècle avec la création de larges ouvertures et dans la grande salle, la dépose de la cheminée d’origine au profit d’une cheminée en pierre décorée, du style Louis XV. 

Quelques indices historiques marquent cette demeure :  

-    1391 inscrit sur le noyau de l’escalier

-         Une peinture murale datée du 15 ème siècle, donc contemporaine de celles de l’église, mais apparemment sans vocation religieuse.

-         L’esquisse d’un blason « écartelé » découvert sur le manteau de la cheminée gothique et qui n’a pas encore livré son rébus héraldique.   

Lieu d’exploitation agricole jusqu’il y a 25 ans, le logis s’altérait au fil des ans. . . 

Rachetée en 1993, elle est en cours de restauration. 

La tour tronquée au 2/3 a été remontée et coiffée à l’identique de ce qu’elle était il y a un siècle (grâce à des photos sur verre prêtées gracieusement).

 

Les poètes de Thoigné

Tel un prieur veillant en ses murs séculaires

Habile à cultiver, contemplant les collines

Oyant des carillons les notes tutélaires

Il m’est doux de sentir, en ces contrées câlines

Grandir autour de moi les refrains salutaires

Nés du sol et du vent, que Virgile imagine

Et que le Paradis dans ses jardins tolère.

Jacques

 

« Le jardin secret » 

Nuit saosnoise

La joie y rit

La peine s’y vit

Mieux, elles se taisent

Quand tout le bourg dormira

La Tour, elle, veillera. 

Mettez au village

des couples qui s’unissent

des vies qui finissent

des enfants qui jouent à colin-maillard

des savants qui regardent et pensent

des villageois qui plantent et récoltent

des citadins qui y font demeure

des élus qui accueillent et réalisent

des poètes qui admirent et restent coi

des villageois qui vous ouvrent leur porte 

Heureux les gens qui préfèrent la vie à sa peinture

Qui œuvrent, pensent, saluent, chantent ou rêvent

Le Thoignéen

a des songes plein la tête 

Juliette et Anne-Marie

 

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