LE SAOSNOIS : (Voir sa carte et ses comunes)
Lové dans la première courbe de la rivière, la Sarthe, adossé aux collines du Perche, ouvert sur la plaine normande et sur la plaine mancelle, le SAOSNOIS (68 paroisses ou cités) fut placé sous la tutelle de la déesse gauloise des eaux : SAUCONNA ou SAUGONNA dont le nom déformé donna SAGONA, SAOSNES, voire SONNE. Saosnes, cité lacustre d’importance, bien que partiellement détruite au III, siècle aurait succédé, comme haut lieu, en 275 à la cité des Terres Noires (Saint-Rémy-des-Monts).
D’origine gauloise, remodelée par les Romains devenu chef-lieu du Pagus Sagonensis au III éme siècle, qui s’étendait jusqu’à la plaine d’Alençon et semble avoir régné au Sud au-delà de l’Orne Saosnoise, et même fait extension à l’Est, jusqu’à Bellême. Saosnes, au milieu des marais, était la place forte et restera capitale du Saosnois jusqu’au IX éme siècle.
Là, Saint-Rémy-du-Plain (actuellement Saint-Rémy-du-Val) lui succéda comme principale place forte et capitale.
Les invasions normandes, la Guerre de Cent Ans marquèrent la région, tout comme les luttes intérieures. Le premier baron du Saosnois, Yves de Creil reçut le Pays de Richard 1er duc de Normandie, avec l’Alençonnais et une partie du Bellêmois, avec pour mission de le défendre contre les Comtes du Maine et le Roi de France. Guillaume 1er, dit de Talvas, à la mort de son père (Yves de Creil) en 997, eut tout de suite à défendre son territoire contre le Comte du Maine qui voulait réunir le Saosnois à son Comté Guillaume 1er mort, son fils, Robert 1er lui succède en 1031, il mourra assassiné en prison (il fut fait prisonnier au siège de Ballon). Guillaume II Talvas, frère de Robert 1er prit le relais, parvint à reprendre les places fortes prises par les manceaux dans le Saosnois et le Perche.
Ayant fait étrangler sa femme, il dut s’exiler. Son frère, évêque de Sées, puis sa fille, Mabille, régnèrent sur le Saosnois avant que Robert II, dit le Diable (fils de Mabille et de Roger II de Montgomery) arrive.
Il se montra un ingénieur militaire réputé. Il perfectionna et compléta les fortifications existantes, les "mottes" surmontées d’une tour de bois, cernées d’un talus avec fossé et palissade de bois sur le talus. Robert le Diable les multiplia dans le Saosnois, les reliant par ligne continue de fossés appelés "les fossés de Robert le Diable" (dont on retrouve un tracé entre St-Rémy-du-Val et Peray).
C’est à Robert le Diable que l’on doit les fortifications de Mamers (capitale du Saosnois à partir du X éme siècle). Mais Robert le Diable, envoyé comme ambassadeur du Roi de France près du Roi d’Angleterre fut arrêté et condamné à la détention perpétuelle.
Son fils, Guillaume III lui succéda, Comte d’Alençon et de Bellême, Baron du Saosnois, refusant de comparaître devant le Roi d’Angleterre il fut aussitôt attaqué et perdit ses possessions de Bellême qui, elles, rentrèrent alors dans le Perche.
Guillaume III se retira sur les terres du Saosnois, à Saint Rémy du Plain et à Mamers. A sa mort, en 1171, le Saosnois possédait des places fortes avec les châteaux de St-Paul-le-Vicomte, Saosnes, St Rémy du Plain, Mamers, capables d’accueillir la population en cas d’attaque ; il fallait toujours penser à se défendre de l’emprise des Ducs de Normandie et des Comtes du Maine.
Après une période de calme relatif, le Saosnois sera occupé par les Anglais en 1417 et pendant plus de trente ans, français et anglais reprirent les places fortes ; Un coup terrible leur sera porté par le Comte de Salisbury qui, en 1428 dans l’obligation de monter au siège d’Orléans, n’ayant pas assez de troupes pour surveiller les garnisons du Saosnois, décida de démanteler et même raser les fortifications de la région... ainsi disparut à tout jamais la cité de St-Paul-le-Vicomte (au Nord de La Fresnaye-sur-Chédouet), disparurent totalement les fortifications de Mamers (qui fut incendié) et fut brûlé St Rémy du Plain en 1441.
Les guerres de religion allaient attendre que les méfaits de la Guerre de Cent Ans soient partiellement réparés pour apporter leur cortège de destructions avec un dernier épisode fatal à Mamers, en 1590 : des troupes catholiques venues du Mans et d’Alençon avaient pour mission de chasser les protestants retranchés dans Mamers. Pour les déloger, les catholiques incendièrent la ville, puis l’église Saint-Nicolas où les assiégés avaient trouvé dernier refuge.
Mamers qui était devenue en un demi-siècle, un centre important de la religion réformée, le paya chèrement puisqu’elle fut disputée durant cette période par les Huguenots, les Ligueurs et les Royaux. Heureusement, Henri de Navarre, baron du Saosnois depuis 1562, devenu Henri IV réunit le Saosnois à la Couronne en 1589. Le Saosnois qui, d’après un document de 1637 " confine à l’Ouest à Alençon, la paroisse de Monsort faisait partie du Saosnois, à l’Est à Bellême, au Sud à Ballon et au Nord à Sées " comprenait les paroisses correspondantes aux actuels cantons, en leur entier, de Mamers, la Fresnaye sur Chédouet, Saint-Paterne et en partie de Marolles les Braults (Marolles, Moncé-en-Saôsnois, Peray, Nauvay, Avesnes en Saosnois, Monhoudou, Courgains, Thoigné, René, Dangeul), de Bonnétable (Nogent le Bernard, Rouperroux, Courcival, Terrehault, Jauzé) et de Fresnay-sur-Sarthe (Saint Victeur).
Le Saosnois restera uni à la Couronne jusqu’à la Révolution qui verra la destruction de l’Abbaye de Perseigne. Consacrée en 1145, Perseigne fut la première abbaye cistercienne établie dans le Saosnois et même dans le Maine, la seconde dans le Saosnois fut Tyronneau, près de Peray (1151). Il ne reste plus qu’un pan de mur, témoin de ce riche passé à Perseigne. Le Saosnois et sa capitale Mamers ne sont guère touchés par les troubles qui agiteront la France (sauf au moment de la Grande Peur).
La population se ralliera aux différents régimes et ne connaîtra quelque agitation qu’au moment des grands événements nationaux. Une forte. majorité de cette population travaillera le chanvre, largement cultivé dans le Saosnois; Dans leurs caves, sous les maisons typiques au rez-de-chaussée surélevé, les nombreux tisserands feront battre les métiers à tisser et fabriqueront des toiles à chanvre, alors que des sergers, moins nombreux, travaillent la laine et font également des étamines. Si les métiers à tisser se sont progressivement tus dans la seconde moitié du XIX, siècle, le chanvre demeura une culture importante jusqu’au début de la seconde moitié du XX, siècle (actuellement il est encore cultivé du chanvre dans le Saosnois).
La guerre de 1870 et celle de 1939/45 firent connaître
à la région l’occupation ennemie. Au cours de cette dernière
guerre, la ville de Mamers fut bombardée le 14 juin 1940 et c’est
une cité vidée de ses habitants que les troupes allemandes
découvrirent. En août 1944, le Saosnois retrouva sa liberté
après de durs combats. L’industrie dans le Saosnois, fut, avant
la guerre, dominée par l’usine de fabrication d’écrous de
Champaissant et par les filets passementerie de Mamers.