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HISTOIRE DES SAINTS 

Saint Rémi

Fêté le 1er octobre (ou 15 janvier selon les sources) 

Archevêque de Reims

Ve siècle 

Histoire 

Rémi est né vers 436 et devient archevêque de Reims à 22 ans. Sa vie nous est contée par différents textes dont le principal est la Vita Sancti Remigii, rédigée par Hincmar (archevêque de Reims de 845 à 882). Rémi est surtout connu pour avoir baptisé le roi des Francs, Clovis, en 496, après la bataille de Tolbiac. Clovis avait promis à sa femme Clothilde de se convertir au christianisme si Dieu lui apportait la victoire. On lui attribue plusieurs miracle dont celui d'avoir éteint d'un geste de la main l'incendie qui menaçait Reims. On dit aussi qu'au cours d'une visite chez une parente, il fit jaillir du vin en abondance d'un tonneau vide. II rendra aussi la vue à un aveugle. Mais le miracle le plus important est celui qui nous est rapporté par Hincmar. La colombe du Saint-Esprit apporte à Rémi une ampoule céleste contenant de l'huile sainte avec laquelle il baptise Clovis. Cette ampoule dont le contenu ne s'épuisait jamais était conservée à l'abbaye Saint-Rémi de Reims et détruite au cours de la Révolution Française. C'est ce rituel qui fera de Reims le lieu privilégié du sacre des rois de France. 

Représentations 

Rémi est généralement représenté en évêque, avec un livre et la Sainte Ampoule.

Les miracles réalisés par Rémi sont calqués sur ceux de Jésus. La colombe apportant la Sainte Ampoule est manifestement inspirée de celle qui descend sur Jean le Baptiste lors du baptême de Jésus. Parmi les scènes de la vie de Rémi les plus souvent représentées, celle du baptême de Clovis occupe la place la plus importante (par exemple sur le portail sud du transept de la cathédrale de Chartres). 

Attributs 

. ampoule du baptême
. colombe
. crosse d'évêque
. livre
 


Sainte Clotilde 

Fêtée le 3 juin 

Reine de France morte en 545 

Histoire 

Clotilde était une jeune fille chrétienne vivant au bord du lac de Genève, mais elle était fiancée au prestigieux roi des Francs, Clovis, peu réputé pour son respect des règles évangéliques. Malgré tous ses efforts, Clotilde n'arrivera à entamer les certitudes de Clovis que lorsque, son premier fils étant déjà mort et le deuxième étant mourant, Clotilde obtient sa guérison grâce à ses prières. Peu après, Clovis part à la guerre et lors d'une bataille à Tolbiac contre les Alamans, le roi prononce ces paroles célèbres : "O Dieu de Clotilde, donne moi la victoire et je croirai en toi, je recevrai le baptême". Clotilde annonce la nouvelle de la conversion de Clovis à Rémy, évêque de Reims où a lieu le baptême. De ce jour, Clovis accepte de visiter les blessés et les malades, de relâcher les prisonniers et d'aimer les faibles. Clovis meurt à l'âge de 45 ans et aussitôt la discorde naît entre ses fils. N'arrivant pas à les réconcilier, la reine se retire dans un monastère près de Tours, auprès du tombeau de saint Martin. A sa mort, elle sera enterrée, conformément à sa demande, au pied de la châsse de sainte Geneviève. 


Saint Gilles 

Fêté le 1er septembre 

Abbé bénédictin ou ermite

Mort vers 725 

Histoire 

Presque toute l'histoire de saint Gilles relève de la légende. Né à Athènes, il se rend d'abord à Rome, puis se retire dans la forêt dans les environs de Nîmes (Gard France). Il mène là une vie d'ermite, se nourrissant du lait d'une biche apprivoisée. Au cours d'une partie de chasse, la biche et saint Gilles sont blessés par un roi. Pour se faire pardonner, ce roi fait construire un monastère dont Gilles devient l'abbé. C'est ainsi que la légende décrit la fondation de l'abbaye de Saint Gilles du Gard, lieu de pèlerinage très important sur la route de Saint Jacques de Compostelle (Chemin d'Arles). Avant la construction d'Aigues Mortes, c'était le principal port d'embarquement pour la Terre Sainte. Devenu abbé, saint Gilles conseille le pape et les rois. La légende raconte que Charles Martel (ou Charlemagne, selon les versions) serait venu confesser à saint Gilles le péché d'inceste commis avec sa sœur. Pendant que saint Gilles disait la messe, un ange déroula au-dessus de l'autel un parchemin racontant le péché, mais au fur et à mesure que saint Gilles priait, le texte s'effaçait. Durant tout le Moyen-Age, ce saint est surtout prié pour la rémission des péchés. 

Représentations 

Saint Gilles est représenté de deux manières 

. en ermite : son attribut est alors la biche
. en abbé bénédictin : avec la crosse

En Italie, on le représente parfois avec un lis car le nom de cette fleur, giglio, est proche de la traduction de Gilles, Gilio. 
Les artistes le représentent également deux épisodes de sa légende
.protégeant une biche poursuivie par des chasseurs
.disant une messe pour la rémission du péché d'inceste commis par Charles Martel (ou Charlemagne), tandis qu'un ange tient un parchemin au-dessus de l'autel.
 

Attributs

. biche
. crosse d'abbé
. lis 

Commentaire 

Le 1er septembre est un jour particulier pour les populations balkaniques. En 313, l'Eglise qui venait d'être officialisée, fait coïncider le début de l'année ecclésiastique avec le début de la nouvelle année agricole. Pourquoi nouvelle année ? Parce qu'après la chaleur et la sécheresse des mois d'été, les pluies de septembre font reverdir la nature. On dit également que c'est le 1er septembre que "le temps trace sa voie". C'est le "Jour de Charon", l'acolyte de la Mort, chargé de faire passer les défunts dans sa barque vers le royaume de la Mort, de l'autre côté du Styx. Les légendes racontent que c'est ce jour là que Charon dresse la liste de ses prochaines victimes qui sont inscrites sur le registre de l'Ange exterminateur. Dans l'est de l'Europe, on place des noix fraîches sur le toit des maisons le soir du 31 août et on allume des feux. Le lendemain, les familles se rassemblent pour ouvrir les noix et lire le destin de ses membres. Une noix vide est signe de mort dans l'année. 

QUI ÉTAIT SAINT YVES ? 

Comment connaissons nous les " saints " de l'ancien temps ? En général par des livres qu'ils ont écrit, comme saint Bernard , ou des mémoires rédigés par des gens qui les ont vu vivre, comme Joinville pour Saint Louis. Pour Saint Yves c'est plus curieux : il n'a rien écrit, si ce n'est son testament. Et l'on ne connaît pas d'écrivains de l'époque qui aient laissé quelque chose sur lui . Mais il faut croire que Dieu a voulu avec humour nous le faire connaître d' une façon toute particulière : ce saint juge et ce saint avocat est connu par les actes d'un procès. Nous avons en effet une copie que l'on peut considérer comme authentique des dépositions des témoins à son procès de canonisation en 1330 , vingt sept ans après sa mort. Tout, avec les noms et professions des témoins , les noms des notaires qui enregistraient les témoignages et ceux des interprètes pour le breton, et les questions des juges instructeurs. Yves Hélori de Kermartin est né au Minihy de Tréguier en 1253, sous le règne de Saint Louis. Il est mort là, à deux kilomètres de Tréguier, le 19 mai 1303. Ses parents, petits nobles bretons comme il y en avait tant, l’envoyèrent faire ses études à l'Université de Paris , d'abord en lettres, puis en droit. Il suivit aussi des cours de théologie. Il continua ses études de droit à Orléans où l’accompagna, Jean de Kerc'hoz, qui à 90 ans est encore là pour témoigner au fameux procès : " je l'ai connu depuis son enfance ". C'est l'époque où l'Eglise, par son droit appelé " canonique " - les " canons " sont les règles de droit influent beaucoup sur le droit et la procédure en adoucissant les coutumes d'origines barbares et féodales . Aussi beaucoup de plaideurs préfèrent s'adresser à ses tribunaux. Il faut donc de nouveaux juges bien instruits dans le nouveau droit et Yves Hélori est appelé par l’Archidiacre de Rennes, un assistant de l'Evêque alors, à tenir les fonctions de Juge d’Eglise autrement dit " Official ". De 1280 à 1284 Yves est ainsi à Rennes. Il prend en pitié deux orphelins qu'il loge chez lui, et se prive pour nourrir les pauvres. Puis il est appelé par l'Évêque de Tréguier à prendre la charge d'Official dans son pays natal. Dès la sortie de Rennes, sur le chemin pour retourner en Trégor, Yves vend le cheval que lui avait offert l'Évêque et donne l'argent aux pauvres. Yves accepte à Tréguier d'être ordonné prêtre et on lui confie la paroisse de Tredrez, plus tard celle de Louannec. Yves a été un modèle de prêtre avant d'être un modèle d'avocat et de juge. Ce qu'on sait, par le procès de canonisation, ce sont les transformations et conversions qu'il opérait par ses sermons , ses visites et ses entretiens avec les personnes. Il lui est arrivé de prêcher cinq fois le même jour à des endroits différents : Tredrez, Saint Michel en Grève, Trezardrec et Pleumeur. Ce qui veut dire qu'on aimait venir de partout entendre ce saint prêtre humble et dont la piété faisait aimer la piété. Il ne ménageait pas sa peine pour aller dire l'espérance de Dieu aux pauvres gens de la campagne bretonne. Il faisait tout le chemin à pied, jamais à cheval. A Tredrez aussi, il nourrissait les pauvres : une fois qu'il eut fait donner du peu de pain qu'il restait au presbytère à des pauvres, on en coupa assez pour que tout le monde en ait à sa faim. Au grand étonnement du vicaire qui s'était fait mettre de côté, au préalable, un morceau pour lui. Avocat Saint Yves étonnait tout le monde par son désintéressement Advocatus erat sed non latro, res miranda populo ! Cette exclamation en latin a traversé les siècles, elle veut dire : " C'était un avocat qui n'était pas voleur, chose étonnante pour les gens " . Comment pouvait-il être avocat en même temps que Juge ? C'est que les juridictions , ou tribunaux étaient nombreux à l'époque : Juge au Tribunal de l'Évêque l'Officialité, il pouvait défendre comme avocat des justiciables devant toutes les autres juridictions féodales ou royales . Il acceptait donc de plaider pour les pauvres sans honoraires et allait jusqu'à demander aux auxiliaires de justice, notaires ou greffiers, de réduire leurs frais. Aujourd'hui Saint Yves est le saint patron des avocats non seulement en Bretagne mais dans toute la France et bien des pays du monde. C'est peut-être à cela que nous devons le caractère international de son " pardon ",ce qui veut dire en Bretagne fête religieuse du Saint Patron. Le Juge était encore plus réputé . Les statues nous montrent souvent Saint Yves en juge, entre le riche et le pauvre. L'un ou l'autre a des sacs de procès à la main, car on écrivait les actes sur des papiers ou parchemins roulés ensuite dans un sac. Le riche se reconnaît à ses beaux habits et à sa mine hautaine, par exemple chapeau sur la tête alors que le pauvre s'est découvert. Qu'un Juge en ce temps là tint la balance égale entre le riche et le pauvre paraissait admirable, mais sur ce point les temps ont-ils véritablement changés ? On a dans le "procès " de canonisation parmi plusieurs beaux témoignages celui d'une réconciliation après les plaidoiries de personnes d'une même famille en conflit pour une affaire d'héritage. D'autres histoires d'une sagesse à la Salomon ont été recueillies par la tradition, il n'est pas possible pour la plupart de les considérer comme historiques mais elles prouvent en tout cas la réputation de Saint Yves comme juge équitable et sage dans les siècles qui ont suivi. La charité de Saint Yves rayonnait de son vivant non seulement dans son ministère de prêtre au service des âmes , dans sa fonction de Juge ou son service d'avocat mais encore dans toute la vie quotidienne. C'est pour donner aux pauvres qu'il abandonne ses riches habits couverts de la fourrure distinctive de l'Official. Si vous allez à Tréguier, à l'ancien couvent des Augustines, vous verrez encore la très vieille salle de l'hôpital où il donna ses riches habits. Il donnait, comme nous en avons déjà signalé un exemple, son propre pain ,et cela de nombreuses fois, pas seulement le surplus . Il donna un jour à des pauvres affamés son blé à couper avant qu'il ne soit mûr et ses taillis à d'autres qui avaient froid avant qu'ils ne soient poussés. Quant aux pauvres habits que parfois il faisait faire , le jour où l'on les lui portait ne finissait pas toujours avant qu'un malheureux se les voit offrir. Il enterrait les morts abandonnés, recueillait toute une famille de pauvres dans sa propre maison comme en témoigne à 80 ans la veuve du jongleur Rivallon : " mon défunt mari et moi même, nous vînmes accompagnés des quatre enfants que j'avais, onze ans environ avant la mort de dom Yves, à sa maison de Kermartin pour recevoir aumônes et hospitalité pour l'amour de Dieu . Don Yves nous accueillit avec beaucoup de joie , et pendant ces onze années-là, ou à peu près, il nous a gardés chez lui, pourvoyant à notre nourriture et à notre habillement ". Il soignait aussi les âmes et l'on nous rapporte le nom des plus scandaleux fauteurs qui changèrent de vie grâce à son ministère. Il pratiquait les exorcismes avec succès quand c'était nécessaire. Six ans avant sa mort, en 1297, il avait démissionné de sa charge d'Official, il se retira pour prier et accueillir ses pauvres au Minihy, où il avait fait construire une chapelle. La réputation de sainteté de dom Yves se manifesta à son enterrement suivi par toute la population . A son tombeau les guérisons fleurissaient et les Ducs de Bretagne firent des démarches pour faire ouvrir son procès de canonisation . La plus grande partie, peut-être la totalité de ceux ci nous l'avons dit nous sont encore aujourd'hui conservés tels qu'hier , comme si nous étions présents à l'audience ; cependant tant de choses qui étaient évidentes pour les gens d'alors ne sont pas dites , et nous ne pouvons pas tout reconstituer d'un contexte de vie de la fin du 13eme siècle en Bretagne. Les plus savants historiens ont essayé d'expliquer les nombreux miracles que les témoins attestent. Ils sont , et nous sommes déconcertés. Il y a 18 résurrections de morts ! " signe de la culture bretonne et de son intérêt pour la mort ", dit un de ces savants. «  Au moyen âge, pour un saint il faut toujours deux ou trois résurrections » dit un autre. Mais les dépositions sont là, les juges posent des questions. Il n'y a pas trois , mais dix-huit morts qui sont revenus à la vie , comme ces noyés retirés de l'eau le matin et dont on nous dit qu'ils n'ont repris vie qu'à l'angélus du soir. Que dire ? Que celui qui le désire lise les actes du procès. Cette enquête , c'est ce qu'on pouvait faire de mieux à l'époque et, moi qui est été avocat je suis frappé du sérieux du procès , touché de l'accent des témoignages. Il ne suffit pas de parler à priori de la naïveté du Moyen Âge il faut encore lire les pièces et comme les toucher avec ses mains . Au procès de Saint Yves qui voudra juger ? Pourquoi Saint Yves est-il encore si populaire ? Le juste juge n'a peut-être pas été tout d'abord le plus reconnu, mais l'ami des pauvres qui s'était fait pauvre lui-même, l'ami des malheureux et des malades qui les guérissait. Une des histoires les plus étonnantes , et qui peut-être résonne d'un accent de vérité, c'est celle de la mendiante d'Angers, dont le fils de cinq ans meurt un jeudi saint. La mère et la sur rapportent environ trente cinq ans après comme elles ont mendié l'argent du linceul pendant trois jours dans la ville avec le corps de l'enfant mort sur leurs genoux. Le petit est ressuscité le dimanche de Pâques, après qu'un bourgeois de la ville, breton d'origine leur eu fait invoquer Saint Yves, et il est mort à Noël suivant. A mon avis , pour une histoire inventée on aurait fait vivre l'enfant un peu plus d'années. Quoiqu'il en soit les malades du 14eme siècle affluaient eu tombeau de l'humble prêtre breton enterré dans la Cathédrale de Tréguier, et les foules d'un côté, les juristes de l'autre, les autorités du Duché eurent la joie en 1347 de le voir déclaré saint. A Rome même on lui dédia bientôt une église au lieu où se trouve la très ancienne Université dite de la Sapience. Les grands juristes du passé rendirent hommage à Saint Yves et on lui attribua comme un du les histoires dans laquelle il fallait grande finesse et courage pour trouver et juger la vérité. Aujourd'hui encore les Barreaux, organisations professionnelles des avocats le considèrent comme leur patron ; au Pardon de saint Yves il y en a toujours de présents. Il y a même parfois des délégations venues de loin comme ces avocats américains. Mais les prêtres bretons aussi lui sont restés fidèles et ce sont eux qui portent les reliques à la procession du pardon. Il est étonnant pour les nombreuses personnes, pardonneurs ou touristes venus de loin d'entendre chanter aujourd'hui ces cantiques bretons .La piété comme l'histoire se sont transmises pendant sept cents ans à travers ces cantiques et cette langue comme pour porter jusqu'à nous d'une façon vivante ces pièces du procès latin que seuls lisent dans l'ombre des bibliothèques les sages et les savants. L'histoire des saints de Bretagne publiée par le bénédictin dom Lobineau au 18eme siècle et révisée par le Ch. Tresvaux au 19eme, ne comprend pas moins de cinq volumes. Aussi les Bretons pourraient ils avoir un très large choix pour trouver le saint d'une fête nationale à l'image de la Saint Patrick pour les Irlandais du monde entier. Il est vrai que Sainte Anne et son grand pardon de Sainte Anne d'Auray attire plus de foules ,et que même un pape y a parlé breton naguère. Mais Sainte Anne notre bonne mère n'est pas bretonne d'abord, et son pèlerinage doit rester universel, même si elle a ses préférences. Alors quand je me souviens de l'ami des pauvres au petit manoir de Kermartin du Minihy quand je vois les grands avocats et les plaideurs en difficulté se tourner vers l'ami de la justice, et quand dans Tréguier le soleil d'hiver fait rosir le granit de la cathédrale et du cloître, je crois que Dieu, dans sa bonté nous a donné Saint Yves à nous Bretons , qui croyons ou ne croyons pas, un saint spécial pour le Brogoz, le vieux pays. 


Saint Antoine de Padoue 

 Fêté le 13 juin 

Franciscain, Docteur de l'Eglise

1195-1231 

Histoire 

Le véritable nom d'Antoine est Fernand. II naît à Lisbonne dans une famille noble, en 1195. Après des études à Coïmbra, il devient chanoine régulier. L'échec d'un voyage missionnaire au Maroc l'incite à entrer dans l'ordre des Frères Franciscains. Après avoir vécu un an dans une grotte, il devient Frère mineur et enseigne à Bologne. Rapidement, il se fait connaître pour ses sermons qui le font aller d'Italie en France et en Espagne. Revenu à Assise pour assister à la translation des reliques de saint François, il y passe les deux dernières années de sa vie et y meurt en 1231. II sera canonisé l'année suivante. Saint Antoine de Padoue est d'abord un prédicateur et certains le considèrent même comme le plus grand du Moyen-Age occidental. Ses hagiographes racontent que les foules se pressaient pour l'entendre. On dit même qu'il prêcha un jour aux poissons, leur parla de Dieu et les bénit. Cette histoire est évidemment à mettre en parallèle avec celle de saint François prêchant aux oiseaux. Au début dans l'ombre de saint François, le culte de saint Antoine de Padoue se répand surtout aux XVe-XVIe siècles. II devient le saint national du Portugal dont les explorateurs le font connaître du monde entier. II devient ainsi la patron des marins, des naufragés et des prisonniers. A partir du XVIIe siècle, Antoine de Padoue est évoqué pour retrouver les objets perdus, puis pour recouvrer la santé, et enfin pour exaucer n'importe quel vœu. L'idée d'invoquer saint Antoine pour retrouver les objets perdus vient du fait qu'un voleur qui lui avait dérobé ses commentaires sur les Psaumes se sentit contraint de le lui rendre. De nombreux épisodes surnaturels lui sont attribués comme par exemple d'avoir tenu, une nuit, Jésus enfant dans ses bras. 

Représentations 

Durant le Moyen-Age, les représentations de saint Antoine de Padoue sont assez rares, mais à partir du XIVè siècle, il devient le saint le plus souvent représenté. II est généralement figuré comme un homme chétif, à l'image de saint François, vêtu de la bure franciscaine nouée par une cordelière à 3 nœuds. 

Les représentations sont nombreuses 

. prêchant aux foules
. prêchant aux poissons
. en discussion avec saint François
. guérissant des malades
. remettant en place la jambe qu'un homme s'était coupée en signe de pénitence
. faisant s'agenouiller une mule devant l'Eucharistie pour convaincre un juif doutant de la présence de Dieu dans l'hostie
. assistant à l'apparition de la Vierge et de l'Enfant Jésus. L'Enfant est assis ou debout sur un livre.
 

Attributs 

. bure franciscaine
. Jésus (enfant)
. mule
. lis
. poissons
. cœur enflammé 


Saint Jérôme 

Fêté le 30 septembre 

Docteur de l'Eglise vers 340-420 

Histoire 

Avec Augustin, Ambroise et Grégoire le Grand, Jérôme est l'un des quatre grands Docteurs de l'Eglise latine. II est né en Dalmatie ou en Vénitie vers 340. C'est à Rome qu'il étudiera le latin et le grec avec le grammairien Donnat. Après avoir reçu le baptême, il part pour la Terre Sainte et se retire durant trois ans dans le désert de Syrie pour y mener une vie d'anachorète semblable à celle de Paul Ermite dont il écrit la vie. Revenu à Rome en 382 et devenu l'un des familiers du pape Damase, il est chargé par celui-ci de traduire la Bible en latin (ce que l'on appellera la Vulgate) à partir de la version grecque des Septante et des manuscrits hébreux. II consacrera sa vie à cette oeuvre, d'abord à Rome puis en Palestine. II meurt à Bethléem en 420. La Vulgate sera reconnue comme version officielle de l'Eglise au concile de Trente. 

Représentations 

Saint Jérôme est souvent représenté âgé, coiffé d'un chapeau de cardinal (bien qu'il ne le fut jamais). 

Plusieurs épisodes de sa vie et des légendes qui l'entourent sont représentés 

. Jérôme fait pénitence au désert. Cranach l'Ancien le montre se frappant la poitrine avec des pierres.
. traduisant la Bible sous l'inspiration du Saint-Esprit: il est assis devant un pupitre, en train d'écrire comme un évangéliste tandis qu'une colombe lui souffle les paroles divines dans l'oreille. A partir de la Renaissance, il porte souvent des lunettes.
. en compagnie des trois autres Docteurs de l'Eglise.

Représentations la plus fréquente : Jérôme retire une épine de la patte d'un lion dans le désert. 

Représentations plus rares 

. tentation dans le désert: des femmes nues dansent devant lui
. Jérôme voit en songe des anges qui le flagellent car ils lui reprochent de trop aimer Cicéron.
 

Attributs 

 Bible
. chapeau de cardinal
. lion
 


Les saints qui perdent la tête 

Les saints que l'on représente portant leur tête dans leurs mains sont appelé céphalophores. Dans son livre, "Les reliques et les images légendaires" (Robert Laffont), Pierre Saintyves fournit une longue liste de 120 de ces saints. II y en a d'ailleurs tellement que même les historiens catholiques nient la réalité de ces "miracles". C'est ainsi que selon le père Cahier par exemple "leur nombre a quelque chose d'exorbitant, et conduirait à croire que cette merveille aurait été quasi de fondation". Le simple bon sens suffit d'ailleurs à nier qu'un tel fait soit possible. D'où vient alors cette légende ? Comme c'est souvent le cas, il s'agit d'un rite ancien qui, n'étant plus compris, a fini par recevoir une interprétation miraculeuse. De nombreux tombeaux anciens contiennent des corps dont la tête a été séparée. C'est ainsi qu'en étudiant trois cas de saints céphalophores lorrains, Marcel Hébert s'est aperçu que l'église où reposent les restes de saint Elophe est entouré d'un cimetière mérovingien dont provient vraisemblablement le corps de ce saint. Or, dans de nombreux tombeaux de l'époque mérovingienne, la tête du squelette se trouve déposée tantôt au milieu du corps, tantôt à ses pieds.Quand saint Ambroise fait exhumer les corps des saints Gervais et Protais, dont les têtes n'avaient pas été disposées à leur place habituelle au-dessus des épaules, il les considère immédiatement comme des martyrs. Et finalement, beaucoup de cimetières contenant des corps dont la tête était inhabituellement disposée  deviennent des "champs de martyrs". Mais comment est-on passé de l'idée de martyr par décapitation à celle de miracle céphalophore ? Si l'on accepte l'idée traditionnelle de tripartition Ciel-Homme-Terre correspondant à la triade Esprit-Ame-Corps, la tête de l'homme, ronde, correspond au Ciel et à l'Esprit. Son détachement du reste du corps au moment de la mort est sans doute à mettre en relation avec l'idée d'immortalité accordée traditionnellement à l'Esprit. Bien que saint Jean le Baptiste ne soit pas considéré comme céphalophore, il fut décapité et la batterie des Maçons, dont il le patron, le rappelle par ses trois coups dont le premier est détaché des deux autres. II existe plusieurs textes hagiographiques racontant comment des martyrs décapités ramassent leur tête et montent au Ciel pour la présenter à Dieu. C'est probablement l'idée de ce "voyage" qui a inspiré les biographes des saints céphalophores. De nombreux saints portent d'ailleurs leur tête au sommet d'une montagne, symbole universel de l'ascension vers le divin. Certaines têtes continuent à parler. Mais ce "phénomène" était déjà relaté dans des traditions antérieures au christianisme : celle d'Orphée, jetée dans les flots, continuait à, murmurer un merveilleux chant. Dans la mythologie galloise, celle de Brân continuait à parler et à festoyer avec les siens. En Scandinavie, Odin possédait une tête parlante, celle du sage Mimer, qu'il avait fait enchâsser dans de l'or à la mort du héros. Ces têtes parlent au nom de Dieu car, étant séparées du reste du corps, elles sont devenues de purs Esprits.


L'Esprit, l'Ame, le Corps 

Il en va des mots comme des hommes : il n'en existe pas deux qui soient exactement semblables, il n'y a pas de synonymes parfaits. L'invention du concept de synonyme est une conséquence de l'évolution moderne, et qui participe de la tentative obstinément soutenue d'uniformiser la Création, c'est à dire de nier à chacun de ses éléments sa spécificité. Cette constatation, pour banale qu'elle soit, n'en est pas moins fondamentale quand elle s'applique à la distinction des concepts d'Ame et d'Esprit. On constate en effet que le langage religieux lui même entretien cette confusion. II nous semble important de clarifier ces termes à la lumière de la Tradition. Lors de la conception, on dit que l'Esprit s'incarne. L'Esprit est l'émanation du Principe en Chacun de nous. II est la partie principale, certains diront « divine » , d'autres l'appelleront l'Etre, qui, pour se manifester, doit revêtir un Corps matériel. En effet, pour que l'Esprit, puisse se manifester, la présence de la matière en tant que support est indispensable. Pour imaginer cela par une analogie, il suffit de se rappeler que la lumière du soleil (qui symbolise le Principe), pour se rendre visible, doit s'attacher à une forme matérielle : tant qu'elle voyage, sans obstacle, dans L'Esprit, en tant qu'émanation du Principe-ciel, est éternel. II est symbolisé par un axe vertical, alors que le Corps-Terre est symbolisé par un axe horizontal. Pour que cette union puisse durer et s'animer, il lui manque l'Ame. L'Ame est, comme l'indique son étymologie, ce qui nous anime. Les chinois l'appellent le QI, l'énergie cosmique, dont le QI humain ne constitue qu'un fragment. L'Ame est donc tout ce qui nous mobilise, tout ce qui nous meut et nous émeut, y compris nos sentiments, aussi élevés qu'ils puissent être. Le versant exotérique d'une religion s'adresse aux sentiments et aux passions et adopte donc logiquement un langage sentimental et passionné. Là se situe la cause des fanatismes religieux et des malheurs qu'ils engendrent. Par contre, le versant ésotérique s'adresse à l'Esprit, ce qui le situe au-delà de la dualité et donc des sentiments individuels. A ce niveau n'existe aucune opposition d'idées et d'idéaux, et donc aucune source de conflit. L'Esprit est inaccessible aux sentiments et, par conséquent, à l'homme prisonnier de ses sentiments. Dans le monde de l'Esprit, il n'y a pas de place pour la dualité que les sentiments nous font nommer « bien » et « mal ». La mort correspond à la désunion de ces trois principes, et c'est ce qui se produit lorsque l'énergie qui nouait l'ensemble est épuisée. A ce moment, le Corps retourne à la Terre-Mère (« Souviens-toi que tu es poussière et que tu retourneras en poussière »), et l'Ame-énergie se dissout à nouveau dans l'océan d'énergie qui constitue l'Univers. L'Esprit quant à lui n'est nullement affecté par la séparation des deux autres principes. Il est et reste immuable, égal à lui-même. La religion catholique, pourtant dépositaire de la Tradition occidentale a renoncé à la spiritualité pure pour entrer dans le domaine sentimental . Ce choix impliquait le reniement de l'ésotérisme chrétien et le rejet de toute la symbolique chrétienne, dans le but avoué de permettre au plus grand nombre de comprendre et de participer aux offices. Le résultat a été bien entendu, contraire à l'attente : tout homme religieux a besoin du Sacré, et une religion qui nie son ésotérisme se prive de sa source de vie, de sa partie nourricière, de ses Principes. Privé de cet adossement, l'homme n'a d'autre ressource que sombrer dans l'athéisme ou de se tourner vers les sectes qui profitent de ses aspirations spirituelles pour l'avilir grâce à un langage pseudo-spirituel et pseudo­-initiatique. Si la Tradition, même sous la forme dégénérée d'une religion, comporte toujours un double aspect exotérique et ésotérique, c'est parce que YANG qui est sa garde extérieure. Dans toute forme traditionnelle, l'exotérisme tire sa légitimité de l'ésotérisme correspondant et ne peut vivre que par lui, et l'ésotérisme constitue la substantifique moelle qui soutient et alimente l'exotérisme. Le langage des mots est bien pauvre. II suffit de constater combien il nous est difficile de décrire une sensation physique ou psychique : nous utilisons en général un système de métaphores ou de comparaisons. Mais lorsqu'il s'agit des choses de l'Esprit, les mots ne nous sont plus d'aucune utilité: se situant au-delà de la Manifestation, le langage de l'Esprit est celui des symboles. II est assurément bien naïf de croire que les Anciens ont voulu nous cacher certaines choses secrètes sous le voile des symboles. Cette attitude correspond parfaitement à la mentalité de l'homme moderne qui préfère toujours chercher chez autrui la cause de sa propre ignorance. Souvenons-nous que les Anciens n'utilisaient: le langage symbolique que lorsque le langage des mots était incapable de rendre une Vérité. Ils n'exprimaient pas certaines choses en langage symbolique pour les cacher, mais, bien au contraire, pour les révéler. Tout est là, à portée de tous, mais la Lumière de l'Esprit se mérite et ne s'offre qu'au Cherchant, devenu Persévérant et Souffrant. Toute forme traditionnelle, et donc toute religion, se doit de posséder un double langage verbal et symbolique. Nier l'un des deux revient à se condamner à disparaître comme ont disparu tant de grandes civilisations lorsque la fin de leur temps était venue. Se couper du langage symbolique c'est se couper de sa source spirituelle que tant de peintres ont rendu sous la forme de la fontaine de jouvence. L'Esprit est en effet cette source intarissable qui seule peut permettre l'homme immortel en lui permettant de se placer au-delà de la dualité du monde manifesté. La quête de l'immortalité des Alchimistes n'est probablement que cela et tout cela : vivre dans son Corps d'homme, réserver et limiter les sentiments à leur domaine particulier de communication horizontale entre les hommes, et en tenir fermement l'axe du Ciel auquel est appendu l'Esprit. Tout en rejetant toute idée de syncrétisme, il semble exister une analogie entre l'Esprit et le DAO ( la « Voie ») des Chinois. Or, le Christ n'a-t-il pas dit: « Je suis la Vie et la Voie » ? En suivant cette voie, peut-être arriverons-nous à harmoniser en nous ces trois Principes, laissant chacun d'eux à la place qui lui revient, n'oubliant jamais que seul le Principe-Esprit est réel, et que toute la Manifestation-Corps-Ame n'est qu'illusion. Plus que jamais, il nous semble important pour l'homme moderne de définir avec précision les termes qu'il utilise et de distinguer soigneusement leurs limites. Ceci est même vital lorsqu'il s'agit de mots aussi lourds de sens que « Corps, Âme, Esprit ». A cette condition, nous pourrons peut-être mieux nous « entendre ».


Voir l'histoire de Saint Hélier / St Marcoul (Marculf)  (Eglise de Monhoudou / Cathédrale de Coutances)

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