Les " fossés Robert ".
LES CHATEAUX DU SAOSNOIS SOUS LES SEIGNEURS DE BELLEME
(Xlème - XIIème siècles)
Au Xéme siècle, le déclin de l'empire carolingien et l'affaiblissement du
pouvoir royal favorisent l'établissement de territoires plus ou moins
indépendants détenus par de puissants personnages issus de l'aristocratie.
La seigneurie de Bellême, dont les terres sont situées à la limite du Comté
du Maine au sud et du Duché de Normandie au nord, est un exemple de ces petites
principautés presque indépendantes qui se formèrent aux marches de ces grands
fiefs.
Le Saosnois, qui relève de la seigneurie de
Bellême est, au Xléme siècle, le théâtre de guerres incessantes avec
les comtes du Maine. Soucieux de maintenir leur autorité, les " Bellême
" vont alors construire de nombreuses fortifications dont les vestiges
couvrent encore la région de Mamers.
Le château à motte est le type le plus commun de ces forteresses élevées aux
Xléme et Xlléme siècle.
La motte, butte de terre entourée de fossés, surmontée
d'une tour de bois ou donjon, est presque toujours associée à une enceinte, la
basse-cour, munie également d'un fossé, où sont installées les dépendances
du château (chapelle, habitations, granges etc ... ).
Facile et peu coûteuse de construction, elle s'avère
parfaitement adaptée aux techniques militaires de cette époque : les profonds
fossés et les remparts de terre entourés de palissades de bois s'avéraient
presque infranchissables pour les charges de cavalerie et pour les piétons.
Progressivement, à partir du Xléme siècle et surtout au
XIIéme la pierre se substitue au bois. La construction de château de pierre
implique d'importantes ressources financières, qui ne pouvaient être au début
que le fait de puissants seigneurs. Les " Bellême ", grands
constructeurs et habiles architectes, vassaux des Ducs de Normandie, ont
pu mener à bien cette politique castrale.
Deux donjons subsistent dans le Saosnois. A Saosnes (Xi éme siècle) et à
St-Rémy- du-Val (fin XIéme - début XII éme siècle).
Si l'existence du château crée localement une situation de force, il apparaît
également comme le moyen d'accaparer les profits du renouveau économique et de
fixer la population. La répartition géographique de ces fortifications
révèle l'existence d'une véritable ligne de défense s'étendant sur près de
20 km entre les châteaux de Saint-Rémy du Val et Peray. Cette ligne est
appelée " FOSSES ROBERT "
En 1145 l'on voit la fin de la prépondérance des " Bellême " dans
le Saosnois, dès lors l'importance stratégique du château de St-Rémy
décline au profit de Mamers mieux situé géographiquement. Assiégé à
plusieurs reprises pendant la guerre de Cent Ans, il est finalement détruit
puis abandonné à la fin du XVéme siècle.
Le site se présente sous forme d'une enceinte quadrangulaire de 100 x 75
mètres de côtés, constituée d'un rempart en terre et de vestiges d'un mur
d'enceinte. Il semblerait que le rempart était couronné sur son pourtour d'une
chemise de muraille flanquée de tours. On distingue encore des fondations de
deux tours circulaires sur les côtés nord et est de l'enceinte.
Vers la partie sud de l'enceinte se dresse la base d'un donjon de pierre de
forme hexagonale, circulaire à l'intérieur. Il mesure 13 mètres de diamètre
avec des murs de 3 mètres d'épaisseur à la base, consolidés dans les angles
par des contreforts appareillés de moellons de taille moyenne. Les pierres qui
forment le parement des murs extérieurs ont disparus.
Le donjon polygonal témoigne d'une architecture militaire en pleine évolution.
Il représente un stade de transition entre la tour quadrangulaire du XIè
siècle et la tour cylindrique qui se répand au XIIè siècle. Elle offre
l'avantage de substituer aux angles droits, des angles obtus moins vulnérables
aux projectiles et permettant une meilleure visibilité.
Ce château comprend en outre une basse-cour également défendue par un fossé,
reliée à l'enceinte principale par un pont . Il est probable qu'il s'agissait
à l'origine d'un pont-levis de bois isolant ainsi complètement la forteresse
en cas de dangers.