(Extrait de "Géographie-Atlas du département de la Sarthe" par J.Vallée en 1890)
I/
De l'origine à l'Invasion des Francs
Les
CÉNOMANS, peuplade célèbre entre les CELTES, habitaient les bords de la
Sarthe et faisaient partie de la ligue des AULERCES.
Vers
l'an 600 avant J.-C. ils firent des expéditions en Italie où ils fondèrent
Mantoue ; en Bohème, en Illyrie, en Macédoine et jusqu'en Asie mineure où ils
établirent des colonies. (ler RÉCIT.)
Lors
de la conquête des Gaules par Jules César, les Cénomans envoyèrent des
troupes à VERCINGÉTORIX, et, sous le commandement de VIRIDOVIX, ils luttèrent
jusqu'à la dernière extrémité.
Malgré
ces efforts ils durent se soumettre aux vainqueurs qui s'établirent
principalement à Allonnes et introduisirent dans le pays leurs mœurs, leurs
habitudes et jusqu'à leur langue.
Deux
siècles plus tard, les Romains ayant trouvé un lieu bien situé, y
construisirent une ville importante qui s'appela d'abord Suindinum. puis
Cenomani (LE MANS), vers la fin du IVe siècle.
Le
Christianisme fut prêché aux Cénomans par SAINT JULIEN, vers l'an 70.
( Certains auteurs disent: vers
l'an 240)
Saint
Julien fut le fondateur de la cathédrale du Mans, qui, commencée au IIé siècle,
a été continuée et agrandie par saint Aldric, au IX siècle; écroulée et
reconstruite de 1001 à 1097, dévastée par les Calvinistes en 1562; la foudre
la frappa en 1583; restaurée peu après, réparée en 1822; cette superbe
basilique, par les traces de ses différents âges, son chœur, ses vitraux, par
son portail surtout, est du plus rare intérêt aux yeux des archéologues.
II/Le
Maine sous les Mérovingiens et les Carolingiens
En 411, les Cénomans, profitant de la désorganisation de l'empire romain, chassèrent leurs magistrats, puis établirent un gouvernement libre qui dura jusqu'en 460.
C'est alors qu'un prince franc s'empara du Maine et prit le titre de roi.
CLOVIS
mit fin à cette royauté en faisant assassiner REGNOMER (510), dernier roi du
Mans. (2e RÉCIT.)
L'invasion
des Francs plonge le Maine dans l'ignorance et la barbarie (3e
RÉCIT) et prépare
ainsi la féodalité. (4e RÉCIT.)
Bientôt
les rois n'eurent plus d'autorité, ni sur les comtes qui obtinrent l'hérédité
des fiefs, ni sur les évêques qui devinrent souverains chez eux comme les
seigneurs. (5e RÉCIT.)
III/
Le Maine sous la Féodalité
HUGUES
ler, chef de la dynastie des comtes du Maine. gouverna cette province pendant 60
ans (955-1015).
HERBERT
ler, (1015-1036) , fils de Hugues 1er lui succéda et se fit remarquer par sa
lutte contre l'évêque; HUGUES II (1036-1051), et HERBERT II (1051-1062),
durent subir la tutelle de GEOFFROY, comte d'Anjou; HERBERT II fit son testament
en faveur de GUILLAUME LE BÂTARD de sorte que son héritier légitime, GAUTIER
ne gouverna qu'un an. Les Manceaux, malgré leur résistance, durent se
soumettre. Mais en 1072, pendant que Guillaume était en Angleterre, le Tiers-état
s'empara du pouvoir, les Normands furent chassés, les nobles et le clergé
durent signer une charte communale.
LE
MANS s'honore d'être la première ville qui parvint à s'ériger en Commune. (6e et
7e RÉCITS.)
Guillaume
revint d'Angleterre (1073), pour châtier les Manceaux et les soumettre de nouveau.
HENRI COURTE-HEUSE, son fils, ne put conserver le Maine. HÉLIE DE LA FLÈCHE (8e et
9e RÉCITS), descendant des héritiers légitimes, le lui enleva (1090).
Malheureusement plus tard. Henri Plantagenêt, comte du Maine et d'Anjou, hérita
de l'Angleterre; les Manceaux se retrouvèrent ainsi en contact avec leurs pires
ennemis.
IV
Le Maine sous la Féodalité
En
1189, à la suite de démêlés entre HENRI PLANTAGENET et
PHILIPPE-AUGUSTE ce dernier vint faire, la conquête du Maine, mais
quelques années après il le rendit à RICHARD COEUR-DE-LION. A la
mort de Richard, JEAN-SANS-TERRE, son frère, fut cité par Philippe-Auguste devant la Cour des Pairs comme meurtrier d'Arthur de Bretagne,
et toutes ses provinces françaises furent confisquées; c'est alors que le roi
de France donna la jouissance du Maine à BÉRENGÈRE, Veuve de Richard, qui en
fut souveraine jusqu'à sa mort (1230).
En
1246, CHARLES ler, comte de Provence le reçut en apanage des mains de Louis
IX. C'est vers cette époque que l'on voit s'établir dans le Mairie l'industrie
des toiles qui devait plus tard l'enrichir. (12e
RÉCIT.)
PHILIPPE
DE VALOIS. Petit-fils de Charles, gouverna le Maine avant son avènement au trône
et résida au Mans. JEAN-LE-BON, son fils, y naquit en 1319.
Ce
prince, devenu roi, donna notre province à l'un de ses fils Louis ler,
qui nomma BERTRAND DUGUESCLIN gouverneur de la ville du Mans. Le célèbre
Bertrand s'acquitta noblement de sa tâche: en 1370, il battit complètement les
Anglais entre Mayet et Pontvallain. (13e RÉCIT.)
V/
La Guerre de Cent ans
En
1392, CHARLES VI, roi de France, veut venger la mort de son connétable, OLIVIER
DE CLISSON, qui avait failli être assassiné par PIERRE DE CRAON. Il rassemble
une armée au Mans et part pour la Bretagne où s'est réfugié l'assassin. Il
perd la raison (14e RÉCIT) dans la forêt d'Allonnes et on le ramène à Paris.
La
guerre de Cent ans désola le Maine de 1417 à 1449; c'est alors que les
Manceaux résistèrent avec énergie aux Anglais qui, malgré cela, s'emparèrent
du Mans (1425) et en furent maîtres pendant 23 ans.
Parmi
les nombreux héros de cette lutte terrible, il faut surtout remarquer AMBROISE
DE LORÉ (15e et 16e RÉCITS.)
Le
dernier comte héréditaire du Maine CHARLES II n'ayant pas d'enfant fit son
testament en faveur de Louis XI. Cette fois le Maine était définitivement réuni
à la couronne.
VI
La Renaissance et les Guerres civiles
A
l'époque de la Renaissance plusieurs Manceaux se sont illustrés, GERMAIN PILON
père, et surtout GERMAIN PILON son fils, peuvent être considérés comme les
fondateurs de la sculpture française.
PIERRE
BELON, savant naturaliste, fit des voyages en Grèce, en Arabie, en Égypte, et
en rapporta des plantes utiles et rares. (17è RÉCIT.)
AMBROISE
PARÉ est appelé le père de la chirurgie. (18° RÉCIT.)
RONSARD
fut l'un des meilleurs poètes de son temps. (19e RÉCIT.)
Le
Protestantisme fut prêché au Mans par HENRI DE SALVERT, en 1559, et ensuite
par MERLIN, de Paris, qui parvinrent à convertir un grand nombre de
Manceaux.
Une
lutte s'engagea bientôt entre les catholiques et les protestants et le Maine
fut le théâtre d'une guerre horrible qui finit par l'extermination des
protestants. Le Mans et les principales places de la province étaient au
pouvoir des Ligueurs quand HENRI IV s'en empara (1589).
VII/
Le
Maine sous la Monarchie absolue
Le
Maine redevint bientôt tranquille et ses habitants purent se livrer à l'étude,
au commerce et â l'industrie. En 1600, HALLAI établit la première fabrique de
bougies. Quelques années après, JEAN Véron inventait les étamines camelotées
qui firent bientôt l'objet d'un grand commerce. A cette époque, les fabriques
de toiles de Laval prirent aussi une grande extension.
Les
Manceaux les plus célébrer du XVIè et du XVIIè siècle, sont:
- URBAIN GRANDIER, curé
et chanoine à Loudun, qui fut brûlé vit comme magicien, en 1634. (20e
RÉCIT.)
-
MARIN
MERSENNE, né à Oizé en 1558, mathématicien et philosophe, ami intime de
Descartes.
- Les frères ROLAND et
JEAN FRÉARD, peintres et sculpteurs.
- DANIEL TAUVRI (1669-1700),
né à Laval, médecin célèbre.
- Louis MORIN médecin
et botaniste.
- JULIEN
BODEREAU, avocat.
- Forbonnais
(21e RÉCIT) qui proposa un plan de réformes sous Louis XV.
- NOEL
Vétillard, médecin célèbre.
VIII
La Révolution - Les Vendéens
Pendant
la Révolution, les Manceaux suivirent le mouvement général et le parti républicain
compta bientôt un grand nombre de partisans dans notre pays.
Le
Maine devait bientôt servir de théâtre à la guerre civile.
En
octobre 1793, les Vendéens, revenant de Granville. se dirigent sur Laval, s'en
emparent et remportent une victoire sur KLÉBER, qui commandait les Mayençais.
Quelques semaines plus tard ils s'emparent de La Flèche, malgré Westermann.
Encouragés
par ces succès, les Vendéens marchent sur Le Mans, y pénètrent malgré les
travaux de défense qu'on avait établis à Pontlieue et livrent la ville au
pillage. Un grand nombre de patriotes furent pris et fusillés.
Mais
l'armée républicaine s'avance : Westermann à la tête du corps
d'avant-garde, MARCEAU à la tête d'un deuxième corps, pénètrent dans la
ville; Kléber, chef du troisième, suit de près; un combat acharné s'engage
dans les rues et après deux jours de résistance (12/13 déc. 1793), les Vendéens
se retirent vers Laval, abandonnant un grand nombre de femmes et d'enfants, qui
furent charitablement recueillis par les habitants de la ville et soustraits à
la fureur des soldats. (22° RÉCIT.)
La
défaite des Vendéens à Savenay, termina bientôt cette guerre.
IX
Les Chouans
Les
débris de l'armée vendéenne se jetèrent dans le parti des Chouans. (23e
RÉCIT.)
Ceux-ci au lieu de combattre comme les Vendéens par grandes masses, s'éparpillaient
dans les bois et s'appliquaient à détruire en détail les armées républicaines
(1795).
HOCHE
infligea aux Chouans plusieurs défaites sans pouvoir les réduire complètement.
Mais, en 1797, à la tête d'une armée de 35.000 hommes, il put leur faire déposer
les armes dans les départements de la Sarthe, la Mayenne, le Morbihan.
L’Ille-et-Vilaine, la Manche, l'Orne et le Calvados. Ce grand homme employait
toute son intelligence et son activité à la pacification, quand il fut appelé
sur les bords du Rhin où il mourut empoisonné, dit-on, par des jaloux. En
1799, après deux années de paix apparente, les bandes se reforment et 1.500
Chouans commandés par de BOURMONT s'emparent (14 octobre) par surprise de la
ville du Mans (24e RÉCIT), la pillent et la rançonnent pendant trois jours.
Sur
ces entrefaites, le Directoire est renversé par Bonaparte qui envoya le général
BROME avec 30.000 hommes, La guerre civile fut promptement terminée.
X
Le Maine après la Révolution
En
1790, l'Assemblée Constituante avait modifié profondément l’organisation
administrative du Maine. Cette province avait disparu pour faire place à deux départements
: celui de la Mayenne, avec Laval pour chef-lieu, et celui de la Sarthe,
chef-lieu Le Mans.
Tout
d'abord le département de la Sarthe fut administré par un Directoire de douze
membres, mais le nombre de ces administrateurs fut successivement réduit à
huit, puis à cinq et enfin à un, le
Préfet (mars 1800).
Pendant
les règnes de NAPOLÉON Ier, de Louis XV, III, de CHARLES X et de
Louis-PHILIPPE, l'histoire des Manceaux est celle de tous les Français, que les
voies de communication ont rapprochés, que la Révolution a resserrés; il ne
reste plus ni Manceaux, ni Normands, ni Angevins, ni Bretons, mais des Français.
Les
arts, les sciences, les lettres, l’agriculture, le commerce et l'industrie se
sont développés dans la Sarthe qui a compté, à cette époque, des hommes
remarquables dans tous les genres.
XI
Révolution de 1848 - Le Second Empire.
En
1848, la République trouva de chauds partisans dans la Sarthe, qui élut
LEDRU-ROLLIN au nombre de ses députés.
(Le suffrage universel venait d'être rétabli.) Mais après l’élection
de Louis-NAPOLÉON BONAPARTE à la présidence, la République n'exista plus que
de nom. Les fonctionnaires républicains furent bientôt remplacés par des
hommes disposés à tout faire pour le rétablissement de l'Empire.
Dans
la Sarthe, le préfet MIGNERET, le procureur DUBOIS et le colonel NEY, membres
de la commission mixte, rivalisèrent de zèle.
Les
républicains, privés de leurs chefs qu'on avait arrêtés; emprisonnés ou déportés,
furent bientôt obligés d'abandonner la lutte, et Louis Bonaparte fut proclamé
empereur sous le nom de Napoléon III.
XII
Guerre Franco-Allemande
Les
Manceaux étaient tout entiers à l'industrie, au commerce et à l'agriculture
quand NAPOLÉON III déclare la guerre à la Prusse (15juillet 1870.) Tout
d'abord l'enthousiasme est grand, la population ne doute pas du résultat. Trois
mois après l'ennemi foulait le sol de notre département! L'Empire s'était
effondré, les 300.000 hommes qui composaient son armée étaient tués, blessés
ou faits prisonniers.
En
vain Gambetta avait organisé des armées, les Allemands dont le nombre dépassait
un million avançaient toujours.
Le
général CHANZY à la tête de la 2ème armée de la Loire battait en retraite
devant eux. Dès le 8 janvier 1871, les Prussiens occupent La Ferté, Thorigné,
Saint-Calais, Chahaignes, La Chartre. Le 9, ils s'avancent sur toute la
ligne, resserrant le cercle autour du Mans et arrivent à Connerré, Bouloire.
Ardenay, Challes, Saint-Pierre-du-Lorouer, Flée. Le 10
janvier, la bataille commence par les combats de Saint-Hubert, de Parigné-l'évêque,
de Chargé, de Connerré, de Pont-de-Gennes et de Champagné; sur toute la ligne
l'armée française plie.
Le
11 janvier. elle résiste et inflige des pertes sérieuses à l'ennemi. Le général
Gougeard reprend le plateau d'Auvours que l'ennemi avait inondé de ses troupes.
La journée était bonne; les Prussiens hésitaient. (28e
RÉCIT.)
Malheureusement dans la nuit du 11 du 12,
la position du Tertre-Rouge, confiée d'abord aux marins et remise ensuite aux
mobilisés bretons est prise par l'ennemi. La bataille est perdue.
Le
lendemain 12, l'armée française bat en retraite dans un désordre inouï et
les Prussiens font leur entrée au Mans (29e
RÉCIT) où ils se conduisirent
comme des vandales, rançonnant la ville, brûlant les maisons, insultant les
femmes, pillant les ambulances, assassinant les blessés dans leurs lits.
Chanzy.
tout en reculant, faisait des efforts désespérés; les 13, 14 et 15 janvier,
il livre les combats de Ballon, de Beaumont. et de Fresnay: Alençon se rend le
17.
Le
camp de Conlie est pris le 14 après le combat de Chassillé.
Mais
le 15, à Saint-Jean-sur-Erve, les Français infligent des pertes sérieuses à
l'ennemi qui n'ose plus avancer.
Quelques
jours après, l'armistice suivi de la paix mettait. fin à cette guerre désastreuse.
Là
encore les Manceaux n'ont pas démérité, l'histoire du 33e mobiles en fait
foi. (30e RÉCIT.)
Quand
l'heure sera venue, les fils de ceux-là sauront venger toutes ces défaites et
prouver qu'il coude toujours dans leurs veines un sang bien français.
RECITS
HISTORIQUES
1er
RECIT Alexandre et les Celtes
Au
cours d'une de ses premières expéditions, Alexandre passe audacieusement le
Danube, détruit la capitale des Gètes, et reçoit les ambassades de plusieurs
peuples barbares de ces régions. Parmi ces envoyés, on distinguait ceux des
Celtes qui s'étaient établis sur les bords de l'Adriatique. Que
craignez-vous? leur demanda le jeune conquérant qui attendait un hommage à sa
valeur. Que le Ciel ne tombe. Répondirent-ils. Les Celtes sont fiers,
reprit Alexandre; je veux qu'ils soient mes alliés et mes amis.
2e
RÉCIT Le dernier roi du Mans
Regnomer,
prince du sang de Mérovée, possédait alors le Maine à titre de royaume,
comme Regnacaire, son frère, jouissait du Cambrésis. Tous les deux furent
victimes de l'ambition de Clovis qui les fit assassiner. Après ce crime, le
fondateur de la monarchie française s'avance sur le Maine avec impétuosité et
ravage les campagnes, il assiège la capitale des Cénomans, ceux-ci font une
vigoureuse résistance ; mais tout cède à la valeur et à la fortune de
Clovis. La ville est prise et les habitants subissent la loi du meurtrier de
leur roi. Saint Principe, alors évêque du Mans, obtint, par l'entremise de
saint Remi dont il était parent, la liberté de ses clercs et la cessation du
carnage (510).
3e
RÉCIT Ignorance et barbarerie au VIe siècle
Pour
avoir une idée de l'ignorance et de la barbarie de ce siècle et des suivants,
il faudrait lire le code des Francs. Blessait-on un homme à la tête? on en était
quitte pour 15 sols d'or. Mais pour dépouiller un cadavre, on était condamné
à payer 62 sols d'or. L'assassinat avait son tarif : le meurtre d'un Franc se
payait plus cher que celui d'un Gallo-Romain. On pouvait racheter les calomnies,
les injures, les violences. Enfin, l'or était le dieu qui effaçait tous les
crimes.
Les
bénéfices militaires avaient été établis par les Francs. Ils étaient la récompense
viagère que les rois accordaient aux talents et aux services de leurs
officiers. Mais l'hérédité des places et des gouvernements qui commença au
milieu du IXè siècle, sous Charles-le-Chauve, opéra clans la
monarchie un changement qui éteignit peu à peu l'ancien gouvernement
politique. Les ducs, les comtes, les officiers d'un ordre inférieur, profitant
de l'affaiblissement de l'autorité royale, rendirent héréditaires dans leurs
familles, des titres dont, jusque-là, ils n'avaient joui que temporairement.
Ils usurpèrent également et les terres et la justice, en s'érigeant eux-mêmes
en seigneurs, propriétaires des lieux dont ils n'étaient que les magistrats
militaires et civils.
Ce
nouveau genre d'autorité dans l'État, ces nouvelles seigneuries usurpées,
donnèrent naissance à la noblesse. Le service militaire fut encore une autre
source, mais plus pure, de cette distinction qui n'aurait, jamais dû être que
personnelle, si l'on consulte les principes de l'équité.
La
France se trouva divisée en une infinité de petites seigneuries. II n'y eut
plus de lois communes à la nation
Le vassal, assujetti à des
coutumes bizarres et ridicules, pouvait se contenter de rire du sot orgueil de
son seigneur, lorsque des droits bien plus absurdes n'outrageaient pas dans
5e
RÉCIT L'ignorance au Xe siècle L'an 1 000
La
nuit de l'ignorance couvrit les dernières années du Xè siècle, comme elle en
avait obscurci les premières. A peine, parmi les laïques, en trouvait-on quelques-uns qui sussent lire et écrire. La rareté des notaires publics devint
extrême; nos bons aïeux passaient verbalement leurs actes et les faisaient
ratifier par leur évêque. Dans la suite, on fut obligé de charger de ces
fonctions les ecclésiastiques, et quelquefois les moines. On regardait comme
des magiciens ceux qui s'adonnaient à la géométrie et aux autres parties des
mathématiques. Les figures tracées de cette science passaient pour des
grimoires et l'on croyait communément que les mathématiciens avaient fait un
pacte avec le diable. Vers la dernière année du Xè siècle, ou crut voir
arriver la fin du monde; les moindres présages l'annonçaient. Le firmament était
rempli des arrêts avant-coureurs du courroux céleste. Cette terreur était
tellement répandue, qu'on livrait aux moines la plus grande étendue de son
territoire pour posséder la même portion dans le ciel. Ce fut une des sources
de la grande opulence du clergé régulier et séculier de la province du Maine.
L'on peut en juger par toutes les donations et fondations qui furent faites de
ce temps.
Les
Cénomans, voyant Guillaume occupé pour longtemps en Angleterre, appellent
Geoffroy de Mayenne à leur secours (1070). et envoient des délégués vers
Azon pour le prier de venir prendre possession du comté du Maine au nom de son
fils Hugues héritier légitime alors en bas âge. Azon vint au Mans avec sa
femme Hercende et son fils, qui porta le nom de Hugues III; mais il ne tarda pas
à s'apercevoir que les Manceaux l'avaient en médiocre estime, sans doute parce
qu'il était étranger, il repartit pour la Ligurie laissant sa femme et son
fils sous la protection de Geoffroy et des Manceaux.
Ce
prince abusa de la confiance que le marquis de Ligurie avait eue en lui; il leva
des impôts au nom de son pupille et tyrannisa les Manceaux « ses sujets »
qui, lassés de tant de nouvelles oppressions, s'efforcèrent de se délivrer de
cette tyrannie, conspirèrent contre
sa personne et se mirent en devoir de
le chasser avec tous ses fauteurs et
partisans .
Les
Manceaux se consultèrent sur les moyens de lui résister et de mettre ordre à
ce que personne ne pût les opprimer davantage. Ils se soulevèrent tous et formèrent
entre eux une conjuration qui s'organisa avec des chefs électifs et qu'ils
appelèrent communion (1072).
Ils
se lièrent tous par les mêmes serments et forcèrent Geoffroy, l'évêque et
les autres nobles du pays à jurer qu'ils respecteraient et défendraient les
droits et libertés proclamés par les bourgeois.
Quelques
seigneurs des environs ayant refusé de prêter serment, les « conjurateurs »
les attaquèrent dans leurs châteaux «repaires
de petits nobles pillards qui détroussaient les marchands sur la grande route
et ne cessaient de ravager le pays » et les châtièrent avec tant d'ardeur
qu'ils oublièrent les prescriptions de l'Église touchant les guerres privées.
Les historiens de l'époque sont très sévères à leur égard, leur reprochant
de guerroyer sans scrupule durant le Carême et la Semaine
sainte, et de faire trop sévèrement et trop sommairement justice de
leurs ennemis ou de ceux qui troublaient la paix de la Commune, faisant pendre
les uns et mutiler les autres, sans aucun égard pour le rang des personnes.
7e
RÉCIT La Commune da Mans (Suite)
Voici
l'un des épisodes les plus marquants des entreprises de la Commune du Mans.
Les
bourgeois de la commune ayant reconnu le mauvais tour que Geoffroy leur avait
joué et voyant comme il les avait exposés à la boucherie
étaient si furieux contre lui que le traître en fut intimidé et se
retira à La Chartre. Mais Hercende était restée au Mans; elle le fit entrer
par surprise dans la citadelle, un dimanche pendant la messe. Quatre-vingts
chevaliers y entrèrent avec lui et se retranchèrent solidement.
Les
gens de la commune, exaspérés appelèrent les autres barons à leur secours.
notamment Foulques d'Anjou, et firent le siège de la citadelle ainsi que de
deux maisons voisines, dont Geoffroy s'était aussi emparé. On mit le feu à
ces maisons, au risque de brûler l'église qui était tout près, et l’ennemi
en fut délogé. On attaqua ensuite vigoureusement le château avec les machines
de l'époque, si bien que Geoffroy perdit courage et s'échappa la nuit, sous prétexte
d'aller chercher des secours. Après sa fuite, ses compagnons se rendirent, et
les bourgeois rasèrent la forteresse, ne laissant subsister que les remparts
tournés vers la campagne, et qui pouvaient servir à la défense de la ville.
Cette
victoire venait à peine d'être remportée, que d'autres dangers menacèrent la
Commune du Mans. En 1073, Guillaume, qui avait assuré sa conquête en
Angleterre, convoqua sous ses drapeaux tous les Normands ou les Saxons qui
voudraient venir avec lui faire la conquête du Maine. Il eut bientôt formé
une puissante armée avec les restes des bandes saxonnes, qui accoururent en
foule sous ses ordres pour combattre cette France qu'ils haïssaient. Aussitôt
entrés dans le pays, ils se livrèrent à un brigandage inouï, arrachant les
vignes, les arbres fruitiers, brûlant les maisons et massacrant les habitants;
c'était pour eux un acte de vengeance nationale. Cette dévastation eut pour résultat
d'amener la prompte reddition des villes, qui, épouvantées, se rendaient au
premier assaut.
Les
principaux bourgeois du Mans coururent au-devant du roi d'Angleterre, se jetèrent
à ses pieds, et lui demandèrent grâce, qui leur fut octroyée par la considération
de l'évêque, qui l'en supplia .
Quelques
historiens ajoutent même que Guillaume promit aux Manceaux de conserver leurs
franchises municipales ; promesse vaine, sans aucun doute, car à partir de
cette époque (1073), on ne trouve plus nulle trace de ces franchises. Dans tous
les cas, si Guillaume n'abolit pas la Commune en droit, il l'abolit en fait.
Hélie
de La Flèche prend possession du comté du Maine en 1090. Apprenant que
Guillaume-le-Roux, roi d'Angleterre, vient reprendre le Maine, il
s'occupe de mettre son pays en état de défense. Il munit si bien ses frontières,
qu'il est impossible aux Normands de les franchir. En vain attaquent-ils le château
de Dangeul, nouvellement bâti, Guillaume, obligé de s'en retourner, laisse
pour continuer la guerre le comte de Bellême qui attire Hélie dans une
embuscade le fait prisonnier et l'envoie à Rouen où était le roi
d'Angleterre. Guillaume, ravi de cette capture, le fait enfermer dans la grosse
tour de cette ville et part pour se rendre maître du Mans, à la tête d'une
armée de cinquante mille hommes, ravage la campagne, brûle le village de
Coulaines. Le Mans lui ouvre ses portes à condition qu'il remettra Hélie et
les autres prisonniers manceaux en liberté.
9e
RÉCIT Hélie de La Flèche (Suite)
Hélie,
de retour dans le Maine, est reçu avec joie à Château-du-Loir et
dans cinq ou six petites villes, où il fait réparer, ainsi que dans les
villages des environs, les dommages causés par les Normands. Assuré de
l'affection des Manceaux, il lève sourdement une armée considérable de
volontaires, et s'avance, en 1099, jusqu'aux portes de la capitale. La garnison
de la place, commandée par le comte d’Evreux, fait une sortie, elle est
battue et repoussée. Les vainqueurs poursuivent les fuyards qui se réfugient
dans le château et y résistent à tous les assauts que leur donne Hélie.
Guillaume, qui était alors en Angleterre, instruit de ce qui se passait par le
comte de Bellême, vole dans le Maine et entre dans la capitale, où il ne
trouve que des ruines. Après s'être rendu, non sans beaucoup de peine, maître
de diverses places, il assiège Château-du-Loir, où Hélie s'était
retranché. Le roi d'Angleterre échoue devant cette place; sa vie court le plus
grand danger au siège du château de Mayet, qu'il prend et qu'il démolit.
Rappelé en Angleterre pour des affaires pressantes, il laisse dans le Maine des
troupes qui tiennent Hélie et les Manceaux en respect. Sa mort, arrivée en
1100, change la face des affaires. A la nouvelle de cet événement, les
habitants du Mans ouvrent leurs portes à Hélie. Le château se rend après
quelque résistance, et toutes les autres places du Maine occupées par les
Normands sont évacuées du consentement de Henri, frère et successeur de
Guillaume-le-Roux, Hélie reste paisible possesseur du comté du
Maine. Ainsi fut terminée la guerre de la succession du comté de cette
province; guerre désastreuse, qui, pendant plus de quarante ans, remplit notre
pays de désolation, de carnage, de deuil et de larmes.
En
1106, Hélie combattit pour le roi Henri, avec ses fidèles Manceaux, contre le
duc Robert, son frère, à la bataille de Tinchebray, donnée le 27 septembre,
et pourfendit. pour sa part, vingt-cinq ennemis. II mourut l'an 1110,
universellement regretté des Manceaux, et fut inhumé dans l'église de
l'abbaye de la Couture.
Le
portrait que Vital, historien des ducs de Normandie fait de ce comte du Maine,
ne doit point être suspect. Hélie, dit-il, était un seigneur brave rempli
d'honneur; il avait en partage l'aménité du caractère et l'amabilité des
vertus sociales. Il était d'une haute taille, d'une force extraordinaire,
nerveux sans embonpoint; il avait le visage basané, la barbe hérissée et les
cheveux tondus comme ceux d'un prêtre. Il était doué d'une élocution facile
et agréable. Sa douceur envers les personnes tranquilles et soumises égalait
sa sévérité contre les brouillons et les rebelles : il observait et faisait
observer rigoureusement les lois de la justice.
10è
RÉCIT Conditions des personnes dans les Xe et XI, siècles
Les
personnes employées à la culture des terres et qui formaient la majeure partie
d'une nation , gémissaient sous l’oppression du régime féodal. On peut les
partager en quatre classes :
1°
les serfs ou esclaves. Cette classe parait avoir été la plus nombreuse : elle
était composée ou de prisonniers faits à la guerre, ou de personnes sur
lesquelles on avait acquis le droit de propriété personnelle, etc. Leur
condition était la plus malheureuse; le maître exerçait une autorité absolue
sur eux et avait le pouvoir de les punir de mort, sans qu'aucun juge eut besoin
d'intervenir. Ce droit de vie et de mort fut restreint dans la suite, mais non
celui de les punir avec une rigueur semblable à celle qu'on reprochait naguère
aux Européens, dans les îles de l'Amérique, envers leurs nègres.
2°
Les serfs. attachés à la terre se vendaient avec la ferme à laquelle ils
appartenaient. Ils ne pouvaient exiger de leur maître que la subsistance et le
vêtement : nuls profits, nulle propriété. Ils étaient obligés de se, raser
la tète, parce que la longue chevelure au moyen-àge était une marque de
dignité et de liberté, et cette distinction leur rappelait à chaque instant
le sentiment de leur servitude.
3°
Les vilains (Villani) formaient la troisième classe des habitants de la
campagne : ils étaient également attachés à la glèbe ou à une métairie,
dont le nom Villa, leur avait donné le leur, et ils passaient avec la métairie
à celui qui en devenait le propriétaire. Ils payaient à leur maître une
rente fixée pour la terre qu'ils cultivaient; et dès qu'ils avaient payé ce
tribut, tous les fruits de leur travail et de leur industrie leur appartenaient
en toute propriété.
4°
La dernière classe des personnes employées à l'agriculture était celle des
hommes libres, qui cependant étaient astreints à plusieurs services, comme de
labourer une certaine étendue de la terre de leur seigneur et de l'aider
pendant les moissons, les vendanges, etc.
11e RÉCIT La crédulité au XIIe Siècle
On
crut, dans le XIIè siècle, que les eaux de la rivière de la Sarthe avaient été
suspendues en l'air, comme celles de la Meuse en 1118, et de graves auteurs ont
répété ces merveilles. On crut que du miel était tombé du ciel. Ceux qui
ont vérifié la pluie de pierres, en 1803 ne trouveront point extraordinaire
que nos ancêtres aient ajouté foi à une pluie de miel; l'une était plus agréable
et moins dangereuse que l'autre; mais la lune descendue à terre et remontant au
ciel, le 10 avril 1189, voilà pour le coup le plus étrange des phénomènes,
cités par Ricord. témoin oculaire à Argenteuil, avec plusieurs religieux,
aussi crédules et aussi dépourvus d'intelligence que lui. Il ajoute, assez
plaisamment, que la lune est la figure de l'Église.
A
la honte de l’esprit humain, on ajoutait foi à ces absurdités, attestées
par l'historien et le médecin d'un roi de France, Philippe-Auguste. Aucun de
ses contemporains ne le réfuta, même par le ridicule, la seule arme qu'on
devait employer dans la circonstance.
Sur
la fin du XIIIè siècle, Béatrix de Gaure, comtesse de Faukembourg, en
Flandre, épouse d'un seigneur de Laval, apprit aux habitants à cultiver et à
travailler le lin qui croissait spontanément dans le pays; elle fit venir de
Bruges des tisserands qu'elle fixa dans cette ville; ces artisans la rendirent
bientôt fameuse par ses toiles.
Laval
doit, de la manufacture que Béatrix établit, son accroissement et sa
population.
Les
marais qui entouraient la ville avant cette époque disparurent bientôt devant
l'industrie qui vivifie tout; de grands faubourgs de deux kilomètres et demi de
longueur se construisirent pour loger les ouvriers et les marchands. Les bords
de la Mayenne se couvrirent de blanchisseries.
Laval
ne tarda pas à rivaliser avec les villes les plus commerçantes et il le dut à
Béatrix de Gaure.
Ceux
qui enrichissent le pays d'une industrie nouvelle rendent plus de services à la
patrie que ces conquérants qui vont chez les étrangers porter la dévastation
et faire haïr le nom français.
13e
RÉCIT Bataille de Ponvallain (10 novembre 1370)
Sous
Charles V, Bertrand Duguesclin protégea le Maine; ayant appris que Robert de
Knolles et Grantson étaient avec 30.000 hommes sur les bords du Loir, entre
Vendôme et Château-du-Loir, le connétable vint faire le siège du
Mans, alors au pouvoir des Anglais. A la vue des Français les portes
s'ouvrirent d'elles-mêmes. Duguesclin se dirigea ensuite sur viré-en-Champague.
C'est là qu'il reçut un héraut d'armes venant de la part de Grantson qui
voulait profiter de l'absence de Robert de Knolles pour demander bataille et
avoir seul la gloire de vaincre le connétable. Mais le rusé Bertrand remit à
l'envoyé dix marcs d'argent et recommanda à quelques-uns de ses
officiers de l'amuser le plus longtemps possible afin de lui permettre de
prendre les devants. Le soir même, par une pluie battante, il partit sans bruit
: quarante huit kilomètres le séparaient de l'ennemi ; les chemins étaient
défoncés à tel point, qu'une pareille entreprise pouvait sembler une folie.
L'armée
française se dirige vers le sud, traverse la Sarthe au-dessous de Parcé,
s'avance vers le sud-ouest, passe entre La Fontaine et Courcelles et
arrive le lendemain matin (10 novembre 1370) dans la plaine du Rigalet, prés du
bourg de Pontvallain. Après une heure de repos donné à ses soldats, il s'élance
sur les Anglais, si à l’improviste qu'ils se débandent et s'enfuient
d'abord; mais une centaine de leurs braves rétablissent le combat pendant qu'un
des leurs, Orsèle, rassemble les fuyards dans le bois de Fautreau; aussitôt
Andreghem, un compagnon de Duguesclin l'y surprend et l'en chasse. Le soir,
2.000 Anglais étant accourus au secours des premiers. il fallut recommencer le
combat; heureusement Clisson venait d'arriver avec 500 hommes; la lutte fut
acharnée mais se termina encore à l'avantage des Français. les Anglais se
retirèrent à Vaas. Duguesclin les rejoignit bientôt et leur infligea une
nouvelle défaite, faisant un quand nombre de prisonniers. Grantson lui-même
qui avait engagé la lutte corps à corps avec Clisson s'était rendu.
Le
connétable fit soigneusement enterrer ses morts et plaça sur leur tombe une
croix de bois que les habitants ont toujours renouvelée jusqu'en 1828, époque
à laquelle M. Dubignon d'Angers fit élever un obélisque en pierre qui porte
l'inscription suivante :
« Ici.
après le combat de Pontvallain, en novembre 1370 Bertrand Duguesclin de
glorieuse mémoire, fit reposer ses fidèles Bretons. Un ormeau voisin sous
lequel on éleva une cabane pour les blessés. une croix de bois plantée sur
les morts ont donné à ce lieu le nom d'Ormeau ou de Croix-Brette. Français,
que les dissensions intestines, que les invasions étrangères ne souillent plus
désormais le sol de notre belle France !.. »
14e
RÉCIT Charles VI perd la raison :
Le
5 août 1392 l'armée se met en marche; la chaleur était excessive. Le roi
traverse la forêt du Mans avec un cortège peu nombreux, car on s'était éloigné
de lui pour éviter de l'incommoder par la poussière et peut-être aussi pour
assurer le succès de la scène suivante. Tout à coup un inconnu revêtu d'une
robe blanche, la tête et les pieds nus, l'air furieux et égaré, s'élance
dans le chemin, saisit à la bride le cheval du prince en criant d'une voix
terrible : « Roi, ne chevauche pas
plus avant, mais retourne, car tu es trahi ». Charles pâlit et une espèce
de frémissement agite son corps. Il ne prononce pas un mot. Quelques hommes
d'armes obligent ce prétendu spectre à lâcher la bride en frappant sur ses
mains; il se retire sans que personne songe à l'arrêter ni à s'informer qui
il peut être. Le roi poursuit sa route. Au sortir de la forêt s'étend une
plaine sablonneuse, dont les rayons du soleil rendaient l'ardeur insupportable.
Là, un page qui marchait derrière le prince, laisse tomber sa lance sur le
casque d'un de ses camarades; à ce bruit Charles s'imagine entendre le signal
des conjurés, devient furieux, fond l'épée à la main sur tous ceux qui
l'entourent. On le saisit, on le désarme, on le ramène au Mans sur une litière.
Les troupes reçoivent l'ordre de revenir sur leurs pas et l'orage formé contre
le duc de Bretagne est entièrement dissipé. Cet événement fît entrer la
France dans une des périodes les plus tristes de l'histoire.
15e
RÉCIT Les Défenseurs du Maine PENDANT LA GUERRE DE CENT ANS
Parmi
les hommes de notre province qui s'armèrent pour sa défense, on cite avec
plaisir et avec reconnaissance André de Laval, lié au château de Montsurs, et
surtout Ambroise de Loré, né en 1396. au château de Loré dans la paroisse du
Grand - Oisseau, près de Mayenne.
Les
Anglais déjà maîtres de Ballon. Fresnay, Thoiré, Nouans, Loué, Prouesse et
Beaumont, méditent de nouvelles conquêtes. Ambroise de Loré les arrête en
plusieurs rencontres et leur fait essuyer des pertes.
Un
jour, il sort avec quelques troupes du château de Courreries, se met en
embuscade pour surprendre un capitaine anglais, nommé Guillaume de Bourg ; il
le charge si à propos qu'il tue un grand nombre de ses hommes et fait les
autres prisonniers. Ce succès l'encourage à engager une action plus hardie.
Secondé par le seigneur de Fontaines. il attaque 6.000 à 7.000 Anglais, que le
comte de la Marche conduisait en Normandie, en tue 400 et fait un pareil nombre
de prisonniers, il parvient ensuite à reprendre Beaumont et plusieurs
forteresses voisines. Peu de temps après, les Anglais et Ambroise de Loré se
cherchent mutuellement et se rencontrent près de la rivière de la Sarthe.
Partie à pied, partie à cheval, ils combattent à outrance, avec opiniâtreté
de part et d'autre. Les Anglais sont contraints de céder à la valeur
d'Ambroise de Loré, qui dans cette journée donna tant de preuves de son intrépidité
et de son courage, qu'il fut fait chevalier quelques jours après.
En
1423, Alexandre de la Paule, frère du comte de Sufolk , à la tête de 2.500
Anglais. revenait de l'Anjou chargé de butin; le duc d'Aumale et Ambroise de
Loré l'attirent dans une embuscade, mettent son armée en déroute après lui
avoir tué 700 hommes. Malheureusement ces exploits étaient isolés et ne
pouvaient guère contribuer à chasser les Anglais.
Après
la bataille de Verneuil (1424), où les Français furent vaincus, le duc de
Bedfort vint avec de l'artillerie assiéger la ville du Mans. Les habitants du
Mans. effrayés des dégâts occasionnés à leurs maisons par les canons,
capitulent après 20 jours de siège.
Les
Anglais s'emparent ensuite, grâce encore à leur artillerie, de la forteresse
de Sainte-Suzanne, défendue par Ambroise de Loré, qui dut verser 2.000 écus
pour sa rançon et celle de sa garnison.
Puis
vint le tour de Mayenne, de Tennie et de plusieurs autres places.
Jean
de Bedfort gouverna en qualité de comte, le Maine et le Perche.
Mais
le courage des Manceaux semblait s'accroître par les revers. En 1425, les
seigneurs de Beaumont, accompagnés d'Ambroise de Loré, reprennent les châteaux
de Remefort et de Malicorne.
L'année
suivante. alternative de succès et de revers. Toujours même obstination de
courage qui devait faire triompher nos ancêtres de leurs ennemis.
Les
seigneurs de Lavardin, de Vignoles, de Tucé, de Malidor, de SaintAignan, de
Montfaucon, etc., surprennent pendant la nuit la ville du Mans. Mais aussitôt
le comte de Suffolk appelle le capitaine Talbot qui rentre au Mans et surprend
à son tour les soldats français pendant leur sommeil. Il recherche les
habitants qui avaient favorisé l'arrivée des Français et leur fait trancher
la tête sur un monument druidique qui se trouvait prés de la porte de la
cathédrale.
Quelque temps après, les Manceaux prennent le château du Lude, mais en
revanche Talbot s'empare de Laval qui fut repris l'année suivante.
C'est
alors que Ambroise de Loré reçut l'ordre de rejoindre Jeanne devant Orléans.
Pendant son absence les Anglais assiègent, mais en vain, le château de
Saint-Céneric dont il était gouverneur. Ambroise de Loré de retour,
veut en faire lever le siège, il rassemble une petite armée et se dirige de ce
côté, mais il rencontre les Anglais au nombre de 5.000. Ce vaillant capitaine
s'avance trop dans la mêlée, il est fait prisonnier, mais ses soldats veulent
se montrer dignes de leur chef, ils le délivrent et tuent 7.110 Anglais: l'armée
française ne comptait au total que 1.200 hommes. Les Anglais abandonnent leur
entreprise.
Ambroise
de Loré fut obligé de prendre du repos à cause des nombreuses blessures qu'il
avait reçues dans cette action. A peine est-il guéri qu'il pénètre jusqu'à
Caen, un jour de foire, s'empare des marchandises et fait plus de 3.000
prisonniers qu'il ramène à Saint-Céneric.
16e
RÉCIT Les Défenseurs du Maine (Suite)
En
1431, les Anglais de la garnison de Fresnay, viennent le 1er mai, au nombre de
400. planter le mai devant le château de Saint-Céneri, De Loré sort
avec sa garnison pour les punir de cette bravade: les Anglais ne l'attendent
pas. Il fait arracher leur mai, le fait planter devant le château de Fresnay et
se met en embuscade avec une partie de sa troupe. Les Anglais sortent, chargent
ceux qui étaient à la tête les poursuivent, jusqu'au lieu où était caché
de Loré. Ce rusé capitaine les laisse avancer et se découvre en leur coupant
la retraite, les uns sont tués sur place et les autres emmenés prisonniers. La
mène année (1431), les soldats de la garnison de Sillé tombent dans une embûche
que leur avaient tendue les Anglais de Sainte-Suzanne.
On
les emmenait prisonniers, lorsque de Loré; instruit à temps, accourt avec 300
combattants, reprend ces prisonniers, fait mordre la poussière à 200 Anglais,
et poursuit les autres jusqu'aux barrières de Sainte-Suzanne.
Venables,
capitaine anglais, se laissa surprendre par Ambroise de Loré qui le battit et
emmena à Laval 300 Anglais prisonniers. En 1432, le comte d'Arondel vint camper
dans les environs de Fresnay avec 3.000 hommes. Ambroise de Loré, avec 160
soldats, sort de Saint-Céneric pendant la nuit, porte le désordre dans le camp
anglais et reste maître de l'artillerie ennemie pendant plusieurs heures; mais
les Anglais s'étant ralliés il dut rentrer dans son château emmenant avec lui
200 prisonniers et 80 chevaux.
Les
Anglais étaient dans une irritation extrême de ne pouvoir s'emparer de Saint-Céneric.
Bien des fois l'orgueil anglais était venu échouer contre cette place défendue
par le brave Armange. Le comte d' Arondel réunit toutes ses forces. vint assiéger
la forteresse avec 16.000 hommes et 16 pièces de canon.
Pendant
trois mois les assiégés se défendent énergiquement, mais les canons ayant
fait brèche en plusieurs endroits, les Anglais donnèrent l'assaut : Jean
Armange se fit tuer en défendant une de ces brèches, et les habitants, après
avoir repoussé plusieurs assauts, durent capituler faute de vivres; ils
obtinrent la vie sauve et la permission de se retirer où bon leur semblerait.
Pendant
ce temps, Ambroise de Loré n'était pas resté inactif; à sa sollicitation, le
duc d'Alençon, les comtes du Maine et de Richemont, le connétable et d'autres
seigneurs arrivent dans le Maine et marchent vers Sillé qui était assiégé
par les Anglais. Ceux-ci quittent le siège, vont à la rencontre des Français;
les deux armées s'observent plusieurs jours sans combattre; les Français s'étant
retirés à Sablé, le comte d'Arondel en profita pour s'emparer de Fresnay et
de Beaumont.
Les
besoins de l'État appelèrent nos braves capitaines sur un théâtre plus étendu
que celui de notre province, qu'ils avaient défendue avec autant de constance
que d'intrépidité. Ambroise de Loré par ses exploits éclatants ne contribua
pas peu à soutenir le trône chancelant de Charles VII. Ce dernier le nomma,
pour le récompenser, prévôt de Paris, dignité importante où il fit voir
qu'il savait aussi bien gouverner que combattre.
Pierre
Belon naquit, en 1517, à la Soupière, commune de Cérans-Foulletourte. Il étudia
la médecine sous le patronage de l'évêque du Mans, à Paris, où il fut nommé
professeur. Dans son premier voyage, commencé vers l'année 1546, Belon alla
d'abord à Candie et à Constantinople, puis visita Lemnos, le mont Athos et les
ruines de l'antique Salone, il rentra ensuite en France après avoir exploré
Alexandrie, le Caire; en Égypte. C'est alors qu'il publia un ouvrage très
remarquable sur l'histoire naturelle des poissons.
Notre
savant compatriote fit encore d'autres voyages en Italie, en Grèce, en Turquie,
en Palestine, en Syrie, en Arabie, en Perse, en Allemagne, en Angleterre, en
Espagne, etc., et si l'on se rend compte des moyens de communications de l'époque,
on peut juger des difficultés qu'il dut rencontrer : peu lui importait, il sut
toujours vaincre ces difficultés par amour pour la science.
On
doit à Belon l’introduction, en France, du chêne-liège, de l'arbre de Judée,
du pistachier, du cèdre, du platane d'Orient, du mûrier, de l’arbre de vie,
du chêne toujours vert, du genévrier d'Orient, du jujubier, du myrte, etc.
Tous ces végétaux étaient cultivés dans les jardins de Touvoie, qui
appartenaient à l'évêque du Bellay, le protecteur du savant Manceau.
Les
voyages et les travaux de Pierre Belon eu ont fait un des hommes les plus
remarquables de la Renaissance; il a certainement été le plus grand
naturaliste de cette époque.
Assassiné
en 1564, il a été comme tant d'autres laissé dans l'oubli. Ce n'est que dans
ces dernières années qu'un jeune savant manceau s'est appliqué à faire
revivre sa mémoire M. Crié, professeur à la Faculté des sciences de Rennes,
a jeté par ses écrits un véritable sillon de lumière sur les oeuvres de
Pierre Belon. Une souscription s'est ouverte en France et à l'étranger, et le
9 octobre 1887, on inaugurait au Mans la statue de Pierre Belon.
Au
bourg de Hersant, prés de Laval. les seigneurs de cette ville possédaient une
maison de plaisance; c'est tout à côté que naquit Ambroise Paré. Suivant un
manuscrit du temps, il se glissait, encore enfant, dans la cuisine de ce château,
où il se rendait utile. Bientôt il intéressa par son esprit et sa douceur, la
comtesse de Laval, qui le mit au nombre de ses domestiques, puis ensuite l'amena
à Paris, où elle lui donna les moyens de s'instruire. Ses progrès dans l'art
de guérir, furent étonnants. Ses ouvrages, enrichis d'observations curieuses
et singulières, furent traduits en latin, eu anglais, en allemand et en
hollandais.
Les
talents rares, les connaissances profondes, et surtout l'esprit d'observation,
procurèrent à notre compatriote la place de chirurgien de trois de nos rois,
François ler, Charles IX et Henri III. On rapporte un trait qu'il faut retenir
comme calviniste il eût été enveloppé dans l'affreux massacre de la
Saint-Barthélemy, si Charles IX ne l'eût pas enfermé lui-même dans sa
chambre. « Il n'est pas juste, dit ce prince fanatique et cruel, que celui
qui a sauvé la vie à tant de monde la perde ». Ces mots seuls valent un
éloge. Sa modestie égalait ses talents. Chaque fois qu'on le félicitait
d'avoir arraché quelqu'un à la mort, il répondait simplement : « Je le
soignai, Dieu le guérit ». Il mourut, en 1590, à l'âge de
soixante-treize ans.
Retour ou
Ronsard
vit le ,jour le 25 février 1524, au château, de la Poissonnière, près
Moratoire, diocèse du Mans.
On
a prétendu que Ronsard était gentilhomme vendômois. Lacroix du Maine, son
contemporain, qui semblait pressentir, dès ce temps, qu'on disputerait un jour
cet auteur à sa province, dit expressément que Rossard est manceau, comme étant
lié au pays et comté du Maine.
Dans
sa, jeunesse, il remporta le premier prix des jeux floraux à Toulouse. A la récompense
ordinaire, décernée au vainqueur, les magistrats de cette ville ajoutèrent un
cadeau spécial et Ronsard fut proclamé par excellence : le prince des poètes
Marie
Stuart, reine d'Ecosse, renchérit encore sur la libéralité des capitouls :
charmée de la lecture des ouvrages de ce poète. elle lui fit présent d'un
buffet de 2.000 écus.
Henri
II, François II, Charles IX, Henri III le comblèrent d'éloges et de
bienfaits. Mais dégoutté de la cour, il entra dans l'état ecclésiastique, et
fut nommé curé d'Evaillé, dans le diocèse du Mans. Les calvinistes désolaient
alors la province, il se mit à la tète de la noblesse de son canton, et préserva
ainsi du pillage, son élise et sa paroisse. Pour s'excuser d'avoir pris les
armes, par un zèle peu analogue au ministère pacifique des autels, il disait
que n'ayant pu défendre ses paroissiens avec la clef de saint Pierre, que les
calvinistes ne respectaient pas, il avait pris l'épée de saint Paul.
Peu
de temps après, il fut envoyé dans les environs de Tours, où il mourut le 27
septembre 1585.
Urbain
Grandier naquit à Bouère; il était fils d'un notaire royal de Sablé. Curé
et chanoine de Loudun, il fut brûlé vif comme magicien, en 1634
Les
moines de Loudun ne l’aimaient pas, parce qu'il s'opposa avec vigueur à leurs
usurpations sur le droit des curés.
Il
fut dénoncé par ses ennemis à l'officialité de Poitiers, qui le priva de ses
bénéfices. Le Parlement de Paris déféra ce procès scandaleux au tribunal
civil de Poitiers. Il fut déclaré innocent et réintégré dans ses deux
places. Mais la haine qu'il inspirait devint plus vive à l'occasion des
religieuses de Loudun, qu'on crut possédées, lorsqu'elles n'étaient que
folles ou malades. On fit courir le bruit qu'Urbain Grandies les avaient
ensorcelées. Jamais cependant il ne leur avait fait de visites. Les capucins écrivirent
au R. P. Joseph, leur confrère, le confident, l'espion et l'âme damnée du
cardinal de Richelieu, que le curé Grandier, ennemi de leur maison et de leurs
prérogatives, était la cause de la possession des religieuses, et ils ajoutèrent
qu'il était l'auteur d'un libelle, intitulé la Cordonnière de Loudun, satire
imprimée et très injurieuse à la personne et à la naissance du cardinal.
Cette double accusation fournit à Richelieu les moyens de satisfaire son
ressentiment contre Grandier, et de suivre sa politique, qui lui taisait mouvoir
de grands ressorts pour obtenir de petits résultats. Quillet qui défia le
diable des religieuses de Loudun, et le rendit penaud, dit expressément que
toute cette momerie était un jeu que le cardinal faisait jouer pour intimider
le roi qui craignait fort le diable.
Le
ministre vindicatif nomma une commission composée des ennemis de Grandier. Sur
les dépositions ridicules et préparées des religieuses soi-disant possédées
du diable, l’infortuné Urbain Grandier fut déclaré dûment atteint, et
convaincu du crime de, magie, de maléfice.. etc., et condamné à être brûlé
avec ses livres.
Ainsi
périt notre compatriote, à qui l'on refusa le confesseur qu'il avait demandé.
Il marcha au supplice avec une courageuse résignation.
En
1760, notre compatriote conçut un projet de paix, dont l'exécution aurait épargné
alors à la France la honte et l'humiliation du traité de Versailles en 1763.
Ce
plan, capable de séduire l'ambition anglaise, en nous conservant des
ressources, fut accueilli par le duc de Choiseul, discuté dans le conseil, en
présence de M. de Fuentes, ambassadeur d'Espagne, qui offrit de la part de sa
cour, une médiation armée, pour le faire réussir. Il fut alors question de
choisir, pour plénipotentiaire en Angleterre l'auteur de ce projet. Mais Louis
XV n'en fit rien parce que Forbonnais avait, un caractère fier et indépendant.
Chargé
du secret de l'État et craignant tout pour sa liberté, Forbonnais se retira
dans les montagnes de Bourgogne, à une verrerie où il avait des intérêts.
En
1763 , Choiseul , après la paix, consulta de nouveau Forbonnais qui lui présenta
un plan de réformation générale des finances, en 113 articles, tous motivés.
Ce plan, discuté en présence du duc de Praslin, fut approuvé dans toutes ses
parties ; les chefs de l'opposition dans le Parlement de Paris promirent qu'ils
le recevraient avec joie. Mais Mme de Pompadour qui gouvernait alors Louis XV et
la France, et qui n'aimait pas Forbonnais, fut bientôt instruite de ce projet
qu'on avait osé former sans sa participation. Furieuse des réformes qu'il
contenait, elle fit exiler l'auteur dans sa terre. On obtint, six semaines après,
son rappel, dont il ne voulut pas profiter.
Rendu
à lui-même, Forbonnais voulut encore être utile aux autres. Il entreprit
d'appliquer dans ses terres à Champaissant, les réformes qu'il avait proposées
; il fit même faire un cadastre qui aurait pu servir de modèle à ceux qu'on
établit au siècle suivant.
Rien
de plus grand sans chercher à le paraître, que Forbonnais dans sa retraite; c'était
la dignité de la vertu, qui voulait encore être utile à ses voisins ; c'était
le témoignage de n'avoir jamais travaillé que pour le bonheur public. Il se
plaisait à s'occuper du premier des arts, l'agriculture.
22e
RÉCIT Humanité des Habitants du Mans
Un
grand nombre de femmes vendéennes, échappées au carnage, sont renfermées
d'abord dans la maison de l'Oratoire. Les habitants du Mans s'empressent de leur
fournir ce qui leur était nécessaire pour soutenir leur malheureuse existence.
La
mère du général Ledru se distingua par son zèle et par son courage, qui lui
firent braver le danger de l'épidémie dont les Vendéennes étaient atteintes.
La pitié ne cornait ni l'exaspération des opinions, ni celles des haines
qu'elles entraînent.
Les
enfants sont placés dans le presbytère et l'église Sainte-Croix. Une des deux
sœurs de Saint-Lazare chargées d'en avoir soin périt victime de la contagion.
L'inspecteur de ce nouvel hospice, M. Ruillé négociant éprouve le même sort.
MM. Bérard et Vétillard, à Pontlieue, changèrent leurs maisons en hôpital,
où ils accueillirent indistinctement, et firent soigner à leurs dépens plus
de deux cents républicains et royalistes, blessés dans les environs. Une
municipalité provisoire. établie au Mans, jusqu'au retour des autorités
constituées, se signala par d'importants services. Elle assura la tranquillité
des habitants, déjà épuisés, en fournissant par des avances, des moyens de
subsistance aux troupes républicaines qui affluèrent dans la ville par les
routes de Tours et d'Angers, et que, sans doute, le besoin aurait portées à de
nouveaux pillages. Elle préserva ses concitoyens des suites funestes de l'épidémie
qui commençait à se manifester, fit enterrer les cadavres et nettoyer les
rues.
Patriotes,
aristocrates, tous les habitants du Mans furent ce qu'ils devaient être,
sensibles et humains, excepté un très petit nombre de démagogues enragés,
qui pour la plupart, étaient des étrangers. Un de ces derniers se trouvant à
la municipalité, voit apporter un enfant vendéen par un homme qui demande pour
ne pas se compromettre la permission de l'élever. « C'est un louveteau, dit
le démagogue forcené, il faut l'étouffer. Ah ! citoyen, tu ne l'étoufferas
pas; c'est de quoi faire un homme; je l'emporte et je l'adopte ».
23e
RÉCIT Origine de la Chouannerie
Avant
la Révolution, le Bas-Maine, limitrophe de Bretagne, était le théâtre obscur
d'une sorte de guerre civile, dont l'impôt désastreux de la gabelle était la
cause et l'occasion. Le commerce frauduleux du sel s'y faisait à main armée
contre une milice nombreuse de commis du fisc. Lors de la suppression de cet impôt,
employés, commis, contrebandiers, tous se trouvèrent sans état et sans pain.
C'étaient des hommes habitués à tous les danger, et propres à devenir d'intrépides
soldats.
L'intérêt
les avaient rendus naguère ennemis implacables, le mécontentement et le besoin
les réunirent sous les mêmes bannières.
Au
Bourgneuf, distant de 2 myriamètres de Laval, le sang des Républicains coula
pour la première fois dans ces cantons, dès le commencement de l'année 1793.
Ces
nouveaux insurgés égorgèrent lâchement des gendarmes couchés dans une
auberge, et cherchèrent ensuite un refuge dans les souterrains et dans les forêts.
Ils y furent rejoints par une multitude de jeunes paysans qui voulaient se
soustraire à la levée des trois cent mille hommes, décrétée par la
Convention. Cachés le jour, ils sortaient la nuit, pour se procurer des
subsistances dans les villages voisins.
La
forêt du Pertre , proche La Gravelle, devint leur principal repaire; ils furent
bientôt assez nombreux pour se procurer des armes, en attaquant avec succès de
faibles détachements républicains, qui allaient de Laval en Bretagne.
Ils
évitaient avec adresse les troupes envoyées pour les détruire, car ils
n'avaient point encore de chefs.
Quatre
frères, jadis intrépides contrebandiers à Saint-Ouen-des-Toits, prés Laval,
se retirèrent dans la forêt du Pertre, avec les mécontents qui apprécièrent
leur force et leur audace.
L'un
d'eux, Jean Cottereau ,surnommé le Chouan, ne tarda pas à se signaler par son
courage et sa témérité. Les insurgés en firent un chef, dont ils prirent ou
reçurent leur nom. De là leur vint la dénomination de Chouans.
Tel
était à peu près l'état de la chouannerie, vers la fin d'octobre de l'année
1793.
« L'armée
des Vendéens en passant par notre
province, comme un torrent dévastateur, a offert dans l'espace
de moins d'un mois, de grands événements, des batailles sanglantes, et
des développements conformes aux règles et aux ruses de la tactique
militaire. La chouannerie, grossie en partie de l'armée des Vendéens. présente
des caractères tout différents, une
guerre sourde, barbare et cruelle, a qui a désolé pendant plusieurs années
les départements de l'Ouest. Les insurgés se retiraient la nuit dans les forêts;
et le jour, disséminés en pelotons plus ou moins forts, ils se répandaient
dans les communes, sur les routes, et dans les champs. Nombreux, ils attaquaient
les postes des Républicains ; isolés, ils les tuaient par dessus les haies.
Ils avaient plutôt l'air
d'agriculteurs occupés à défricher la terre, que des brigands embusqués : Le
hoyau à la main, ils tenaient
leurs fusils cachés derrière un buisson. »
Retour ou
Une
colonne de Chouans, commandée par Lamotte-Mervé, avait reçu l'ordre de
s'emparer de la caserne de Saint-Vincent. M. Auvray, averti par les premiers
coup de feu, sort de chez lui, tombe au milieu des Chouans, qui ne le
reconnaissent, pas, il marche quelques minutes avec eux et les quitte
brusquement. Aussitôt les balles sifflent autour de lui et lui font comprendre
que les ennemis sont revenus de leur erreur. Il arrive heureusement à la
caserne sans être atteint. Ses soldats encouragés par sa présence disposent
tout pour une défense vigoureuse. Il ordonne à sa compagnie de grenadiers
d'aller chercher le drapeau de sa demi-brigade dans la maison qu'il
occupait et qu'il venait de quitter. Ces braves essayent en vain d'enfoncer la
horde nombreuse de chouans qui encombraient la rue Saint-Vincent. Quinze
d'entre eux tombent morts à la première décharge d'une fusillade presque à
bout portant; le reste n'en résiste pas moins pendant 2 heures à tous les
efforts des ennemis, dont le nombre ne faisait qu'augmenter à chaque instant.
Après cette longue et honorable résistance qui coûta la vie à un grand
nombre de Chouans, nos braves rentrent en bon ordre dans la caserne. Leur
colonel les place à l'angle intérieur du mur de cet édifice, en face de
l'auberge de la Tête-Noire. Là, en sûreté
et à l'abri, ils donnent la mort à quiconque ose avancer; Lamotte-Mervé
y est blessé dangereusement. D'un autre côté, l'actif et intrépide Auvray
fait une sortie par Tessé, avec le reste de ses soldats, et attaque l'ennemi.
Le feu bien nourri des Chouans, sans cesse renforcés, enchaîne sa valeur. Il
perd plusieurs braves; lui-même reçoit deux balles, dont l'une le blesse
légèrement à l'épaule, et l'autre vient s'amortir contre la monture de son
sabre. Il est obligé de rentrer avec sa petite troupe, et de se renfermer dans
son quartier-général. Lamotte-Mervé, qui mourut trois jours après, des
blessures qu'il avait reçues, désespérant d'enlever ce poste, quoique avec
des forces dix fois supérieures, fait venir les canons dont les Chouans s'étaient
emparés à l'arsenal. Ce délai donne aux républicains, qui n'avaient plus ni
munitions, ni vivres, le temps de faire leur retraite par le jardin, et d'aller
se réfugier à Ballon, où ils trouvèrent une position militaire très
avantageuse et un accueil très fraternel. Les Chouans entrèrent dans 1a
caserne, où ils ne trouvèrent plus que quelques soldats blessés.
25e
RÉCIT Claude Chappe (1740-1305)
Les
frères Chappe étaient placés, l'un au Séminaire de Saint-Vincent,
l'autre au collège des Oratoriens (aujourd'hui le Lycée). L'amour fraternel
inspira à Claude une idée de génie ; il imagina de correspondre avec son
frère au moyen d'une tige portant deux longs bras qui devaient prendre différentes
positions exprimant les lettres de l'alphabet. Les deux jeunes Chappe, armés de
chacun une longue vue, purent ainsi échanger sans être aperçus, des
communications qui les intéressaient.
Plus
tard, Claude publia cette invention et on installa partout des lignes télégraphiques
composées d'appareils placés sur des fauteurs ou sur des tours convenablement
espacées.
La
première ligne, établie en 17193, annonça à Paris, la nouvelle de la prise
de Condé (à 200 kil.) La Convention en séance, décida que cette ville
s'appellerait Nord-Libre; avant la fin de cette séance le télégraphe annonçait
que le décret avait été porté à la connaissance de l'armée victorieuse. Ce
succès a rendu notre compatriote célèbre.
Depuis,
ce télégraphe a disparu devant le télégraphe électrique. Retour
26e
RÉCIT Le Colonel Coutelle (1748-1335)
C'est
au Mans, le 3 janvier 1748, que naquit Jean-Marie-Joseph Coutelle.
Il
fit avec distinction ses études au collège du Mans. Mettant en pratique
l'invention que Franklin venait de faire, il établit sur la maison de son père
un paratonnerre, le premier qui fut installé an Mans.
En
1772, il se rendit à Paris, où il se lia avec le physicien Charles qui
l'encouragea dans ses études. Lorsque en 1793, le gouvernement eut adopté la
proposition faite par les savants de se servir des aérostats pour la défense
de la patrie, Coutelle fut chargé d'exécuter les travaux nécessaires, et
d'organiser une compagnie d'aérostiers dont il fut le capitaine.
Les
préparatifs terminés, Coutelle se rendit en toute hâte sur le lieu du combat.
Le surlendemain de son arrivée, fut livrée 1a bataille de Fleurus (25 juillet
1793); grâce à sa situation, le capitaine aérostier découvrait tous les
mouvements de l'ennemi et en donnait connaissance au général en chef, qui tira
un très grand profit de ces renseignements.
Ces
ascensions étaient très périlleuses, car l'aéronaute avait à redouter les
balles et les boulets que les ennemis ne lui épargnaient pas quand le vent
poussait l'aérostat de leur côté.
En
1795, il reçut le grade de chef de bataillon en récompense de ses services.
Attaché à l'expédition d'Égypte, Coutelle ne put exercer son emploi, le feu
ayant dévoré le vaisseau qui portait son matériel. Cela ne lui empêcha pas
de se rendre utile; il fouilla l'Égypte avec les savants et contribua pour une
large part à toutes leurs découvertes.
Lors
du voyage de la commission des Arts, à Thèbes, Coutelle eut l'idée d'amener
eu France les deux obélisques de Louqsor, cette proposition ne fut mise à exécution
que 25 ans après.
Rentré
en France, notre brave compatriote reçut le titre de colonel. Il fit les
campagnes d'Allemagne, passa en Espagne, se trouva le 28 mars 1697 à la
bataille de Médélin et y eut le bras cassé par une balle. Il fut mis à la
retraite en 1516. Son âge et ses infirmités ne l'empêchèrent pas de
contribuer à la fondation de l'École mutuelle et de la première salle d'Asile
du Mans. Il mourut le 20 mars 1535.
27e
RÉCIT Le général de Négrier (1733-1848)
En
1806, de Négrier entra au service comme volontaire, et l'année suivante il était
décoré sur le champ de bataille de Friedland. En 1808, il était nommé
commandant pour sa belle conduite en Espagne. Il se distingua encore pendant les
campagnes de 1814, de 1815 et fut blessé à Waterloo.
Après
avoir commandé en Afrique la division de Constantine et soumis plusieurs tribus
rebelles, il rentra en France et fut désigné pour commander la 16e division
militaire.
Elu
députe du Nord en 1348, il est chargé de commander l'une des divisions de
l'armée de Paris et prend part aux luttes de juin. Il meurt en voulant apaiser
le combat et éviter l'effusion du sang (25 juin 1843).
Après
le combat de Parigné-l'Evèque, qui fut pris le 10 janvier au matin, les
Prussiens continuent leur marche sur Le Mans. Pendant ce temps un 2e corps
ennemi s'empare de Changé, malgré l'énergique défense du colonel Ribell. Un
3e parvient jusqu'à Champagné, après les combats de Connerré et de
Pont-de-Gennes. La journée était mauvaise pour nous : nous avions reculé sur
toute la ligne et les Prussiens avaient fait 3.000 prisonniers, pris 3
mitrailleuses et 1 canon.
Le
11 janvier, le général Gougeard fait reculer l'ennemi, mais celui-ci dont les
forces allaient toujours croissant, inonde le plateau d'Auvours. Gougeard juge
la situation, arrête les fuyards et s'élance avec les plus braves à l'assaut
du plateau, qui n'est enlevé qu'après une lutte acharnée. Frédéric-Charles
commence à désespérer du succès.
La
journée du 11 n'avait pas été, en somme, trop mauvaise.
Malheureusement,
un incident imprévu allait changer cette situation satisfaisante en une déroute
épouvantable.
La
meilleure des positions de l’armée française, le Tertre-Rouge, avait été
confiée à des mobilisés bretons, cette troupe, mal armée et inexpérimentée,
s'effraye d'une attaque imprévue des Allemands et s'enfuit sans tirer un coup
de fusil. Le succès de la journée était compromis. Chanzy donna l'ordre de
reprendre la position, mais nos soldats, épuisés de faim et de fatigue, ayant
de la neige, jusqu'au ventre, ne purent en déloger l'ennemi qui s'y était
fortement installé.
Nos
soldats se croyant trahis, étaient démoralisés; la bataille du Mans était
perdue.
Dès
le lendemain matin (12 janvier), Chanzy ordonna la retraite ; heureusement un épais
brouillard dissimula ce mouvement aux yeux de l'ennemi qui aurait pu prendre une
bonne partie de l’armée. Les troupes se retiraient dans un désordre
inexprimable à l'exception du 21e corps, commandé par le général Jaurès,
qui marcha en bon ordre sur Montbizot.
Il
convient ici de citer la belle conduite des gendarmes qui défendirent pied à
pied les abords du pont de Pontlieue et ne consentirent à se retirer que
lorsqu'ils surent que l'armée était hors de danger; 85 d'entre eux furent tués
ou blessés.
Les
Prussiens firent à la bataille du Mans 22.0011 prisonniers, prirent 19 canons
et plus de 1.000 voitures chargées de munitions de vivres, d'armes etc., ils
avaient perdu 3.400 hommes.
Le
désordre était tel dans l'armée française qu'il est impossible de fixer même
approximativement le chiffre des pertes françaises. Retour
ou
29e
RÉCIT Entrée des Prussiens au Mans
Les
Allemands pénétraient en ville par l'avenue de Pontlieue, en colonne serrée;
à la Mission, cette colonne se divisait en trois: boulevard de la Gare, rue du
Quartier (aujourd'hui rue Chanzy) et rue Basse. Sept maisons de celle-ci furent
brûlées parce qu'elles avaient abrité des francs-tireurs qui avaient voulu brûler
leurs dernières cartouches avant de se retirer.
Arrivés
prés de la place des Halles (aujourd'hui place de la République). les
Prussiens sont arrêtés par une fusillade très vive qui leur vient de quelques
soldats cachés derrière les voitures dont la place était encombrée ; il leur
faut de l’artillerie pour les en déloger.
La
colonne qui se dirigeait du côté de la gare trouva celle-ci complètement
vide, le dernier train qui emmenait le reste du matériel filait à toute
vitesse vers Laval; il était temps: le chauffeur et le mécanicien entendaient
déjà siffler autour d'eux les balles prussiennes.
Le
quartier de la Croix-de-Pierre resta plus longtemps aux mains des Français, le
général Rousseau n'ayant opéré que lentement sa retraite et tenant toujours
tête à l'ennemi: aussi sa division ne perdit-elle, ni canons, ni voitures.
Cette
résistance irrita tellement les Prussiens qu'ils pénétrèrent, dans les
ambulances du quartier enlevant toutes les provisions destinées aux malades,
fouillant les sacs des blessés, insultant les sœurs, frappant les ambulanciers
et proférant contre tous des menaces de mort.
Au
n° 31 du boulevard de Négrier (ambulance), un varioleux fut jeté hors de son
lit et maltraité, un mobile blessé fut transpercé d'un coup de baïonnette.
Et de même, par toute la ville.
La
municipalité s'était rendue au-devant du général commandant le corps
d'occupation dans le but de faire arrêter le pillage et l'incendie, cet
officier déclara que si dans les 24 heures la ville du Mans ne versait pas une
contribution de guerre de quatre millions, elle serait traitée avec la plus
grande rigueur. De plus, les habitants devaient loger et nourrir l'armée
ennemie pendant toute la durée de l'occupation.
Cette
contribution énorme pour une ville qui avait déjà fait de grands sacrifices
pour l'armée française, il fut impossible de la payer. Les Allemands furent
obligés de se contenter de quinze cent mille francs.
La
signature de la paix mit enfin un
terme à cette occupation ; le 9 mars, la ville était débarrassée de ses
ennemis.
Le
Mans avait beaucoup souffert pendant cette période malheureuse; la bataille
perdue par les Français aux portes de la ville, le combat dans les rues, le
pillage et l'incendie, les maladies épidémiques, enfin, la douleur de voir
l’étranger maître du foyer domestique pendant deux mois: telles sont
les épreuves que durent subir les habitants de notre ville.
30e
RÉCIT Le 33e Régiment de Mobiles
La
garde nationale mobile du département de la Sarthe, réunie le 18 août 1870,
fut organisée immédiatement et forma le 33e mobiles.
Ce
régiment, parti du Mans le 7 octobre 1870, n'y rentra que le 20 mars 1871, après
avoir pris part à tous les combats de l'armée de la Loire : Coulmiers (9
novembre), Villepion et Loigny (1er et 2 décembre), Villorceau (8 décembre),
Le Mans (10-11-12 ,janvier), Saint-Jean-sur-Erve (15 janvier).
Mis
à l'ordre du jour à Coulmiers et à Villepion, le 33e mobiles fut félicité
pour sa brillante conduite à Loigny et à Villorceau, et il reçut les
compliments du général Chanzy pour son énergie pendant la retraite sur Laval.
D'ailleurs,
les pertes éprouvées par le régiment attestent l'étendue de ses services :
sur 3.600 hommes, il en restait environ 1.300, les autres avaient été tués,
blessés ou faits prisonniers.
31e
RÉCIT Poitevin (1819-1882.)
Poitevin
naquit à Conflans le 30 août 1819 ; il montra de bonne heure un grand amour du
travail et une intelligence supérieure.
Après
de sérieuses études classiques, il entra à l'Ecole centrale et s'y fit
remarquer par son assiduité au travail et par les heureuses dispositions qui
laissaient déjà entrevoir son génie.
Sorti
de l'Ecole centrale en 1813, avec le diplôme d'ingénieur chimiste, Poitevin
travailla dans l'industrie.
Dès
le début de sa carrière, il fut séduit par les charmes de la photographie il
comprit qu'il fallait briser la barrière qui séparait l'art photographique de
l'art des impressions. C'est sur ce point qu'ont porté ses efforts.
Il créa successivement la photographie
inaltérable au charbon, la phototypographie, la photogravure, la photog1yptie,
la photolithographie. la chromophotographie, procédés qui permettent de
reproduire très rapidement des épreuves photographiques plus belles, aussi
solides et aussi inaltérables que la gravure ordinaire.
C'est
Poitevin qui conseilla aux administrateurs de la Banque de France l'impression
en bleu des billets de banque, pour empêcher leur reproduction par la
photographie.
Toutes
ces belles inventions l'ont-elles enrichi? Hélas! non, comme tant d'autres
grands homme, Poitevin est mort sans fortune. Ses travaux lui ont valu de
nombreuses récompenses et la croix de la Légion d'honneur, de fortune point.
Poitevin
fut un homme d'initiative et d'action, bien trempé pour les luttes de la vie,
plein d'activité, d'énergie et de patience; il a été un pionnier tranquille
autant que laborieux, un infatigable chercheur; sa science et ses travaux ont
contribué à la gloire et à la richesse de la France.
Le
grand chimiste était retiré dans son village natal, qu'il affectionnait
particulièrement et où il vivait aussi simplement que possible, quand il fut
atteint de cette tristesse morale et intellectuelle qui devait le consumer peu
à peu. Il mourut le 4 mars 1882.
La
Société française de photographie et le Syndicat des photographes ont pris
l'initiative d'une souscription et, le 6 septembre 1885, on inaugurait à
Saint-Calais, sur l'une des places, un buste en bronze élevé à la mémoire de
notre illustre compatriote.
32e
RÉCIT François Dulac (1804-1873)
François
Dulac est né à Bourges (11 janvier 1804), mais il appartient à la Sarthe par
une carrière longue et admirablement remplie.
Entré
au séminaire de Saint-Gantier (Indre), il en sortit quelques années après
pour se destiner à l'enseignement. Le recteur de l'Académie de Bourges
l'envoya à l'école normale de cette ville (1829) pour y prendre connaissance
du mode d'enseignement mutuel, dont on parlait déjà beaucoup à cette époque.
il enseigna ensuite comme professeur de cinquième au collège de Donzy (Nièvre).
C'est
au mois de septembre 1831 qu'il fut appelé au Mans en qualité de directeur de
l’école Mutuelle, qui comptait alors treize ans d'existence.
Il
prouva bientôt que sa véritable vocation était l'enseignement : il consacra
sa vie tout entière à l'éducation de ceux qu'il appelait ses enfants adoptifs.
Environ
six mille enfants, non compris les élèves de ses cours spéciaux, ont reçu
ses paternelles leçons. II a formé une multitude d'hommes qui ont brillé dans
les carrières les plus honorables.
Le
bien qu'il a fait et le bon exemple qu'il a donné ont rejailli partout autour
de lui.
Pour
ne citer qu'un de ces exemples, la Caisse d'épargne scolaire, maintenant
organisée chez toutes les nations civilisées, est due à François Dulac.
C'est
lui qui, le premier (4 mai 1834), a songé à faire participer l'enfant aux
bienfaits de la Caisse d'épargne. Il a eu là un trait de génie. Aussi, le
jury de la section d'économie sociale de l'Exposition universelle de 1889
a-t-il offert à la mémoire de François Dulac une médaille d'or
pour affirmer d'une manière positive que c'est une idée bien française, émanant
d'un instituteur français.
La
Caisse d'épargne était l'un des moyens pratiques qu'il employait dans son système
d'éducation morale; car l'éminent directeur de l'école Mutuelle, en avance
sur son temps, ne s'occupait pas uniquement à enseigner le catéchisme, la
lecture, l'écriture et le calcul. Il
faut, disait-il dans un discours de
distribution de prix, que l'instituteur soit bien imbu de cette maxime
que pour chaque enfant qui lui est confié,
il doit rendre plus tard à chaque famille un honnête homme et au
pays un bon citoyen.
On
lui doit encore la création d'un cours gratuit d'adultes (1832), des cours
gratuits en faveur des moniteurs militaires.
Pendant
longtemps, déférant au désir de M. Poirrier, directeur de l'Ecole normale, il
s'est fait un plaisir et un devoir d'initier à la pratique de l'enseignement
mutuel, dans son école même, qu'il dirigeait avec tant de succès, les élèves-maîtres
qui assistaient aux leçons des différents groupes et de compléter ainsi leur
instruction pédagogique.
D'ailleurs,
partout où il y avait du bien à faire, on était sûr de le rencontrer; c'était
à cela qu'il employait ses loisirs.
Les
services rendus par François Dulac, loin d'être estimés à leur véritable
valeur, ont cependant été appréciés par l'Administration, puisque, après
avoir remporté dans divers concours quatre médailles de bronze et trois médailles
d'argent, il fut successivement nommé Officier d'Académie, Officier de
l'Instruction publique, enfin Chevalier de la Légion d'Honneur.
Retraité
en 1872 après 45 ans de services, dont 41 au Mans, il mourut le 23 septembre
1873, emportant les regrets unanimes de la population mancelle.
Un
journal de l’époque, annonçant sa mort, ajoute ces mots :
« Dans cette
ville où s'est écoulée une vie aussi bien
remplie et consacrée à une tache aussi
noble que fatigante, il suffit de nommer cet homme de bien pour provoquer
son éloge. »
Les
anciens élèves de M. Dulac, qu'il avait constitués en association, lui ont élevé
un monument au grand cimetière de la ville.
L'existence
tout entière de François Dulac a été employée au service de la société.
Nul n'a poussé plus loin le zèle, le dévouement et l'activité, et cela tout
spontanément, pour l'acquit d'une conscience droite.
Marie
Carpantier naquit à La Flèche le 10 septembre 1815. Son père, maréchal des
logis de gendarmerie venait de mourir en combattant un parti de Chouans qui
luttait pour les Bourbons pendant les
Cent-Jours.
Aussi,
dans son enfance, connut‑elle la pauvreté; sortie de l'école dès l'âge
de onze ans, elle acheva elle-même de s'instruire, tout en aidant sa mère
qui s'était faite blanchisseuse.
Vers l'âge de
quatorze ans. Marie fut prise d'un goût irrésistible pour la poésie; elle
parvint à connaître les règles de la versification et composa elle-mène des
poésies qui la firent avantageusement connaître.
En
1836, la municipalité de La Flèche lui confia la direction de la salle d'asile
récemment créée. Melle Carpentier se livra avec tant d'ardeur à ses
fonctions que sa santé fut bientôt compromise et qu'elle dut donner sa démission
(1839).
Quelque temps après, elle fut appelée
à diriger une salle d'asile au Mans (asile rue du Chêne-Vert), qui porte
aujourd'hui son nom. Grâce à elle, cet établissement acquit bientôt une
grande réputation.
Aussi,
en 1817, lors de la création de l'école normale maternelle, fut-elle désignée
par le Ministre pour l'organiser et la diriger.
Pendant
vingt-sept ans elle occupa ce poste important. Plus de quinze cents élèves,
venues de la France et de l'étranger, ont pu y recevoir ses leçons.
Mme
Pape-Carpantier était arrivée à la plus haute situation que puisse rêver une
femme en France; connue, estimée de tous, elle fait avec l’autorisation de
l'administration des conférences publiques sur la leçon de choses et sur la méthode
des salles d'asile; ces conférences, très suivies et très appréciées, sont
renouvelées en 1867 devant les délégués des instituteurs, et cela avec un
succès sans égal.
Quelque
temps après, M. Duruy
alors ministre de l'Instruction publique, la nomma inspectrice générale
des salles d'asile.
Quand, en octobre 1874, elle fut enlevée
brusquement à la direction de l'école normale et mise en congé, ce fut une
stupéfaction universelle et un concert de protestations tel que le ministre anti-libéral qui l'avait frappée fut obligé de lui rendre à peu près
tous les avantages matériels de son ancienne situation.
Mais ces épreuves avaient ébranlé sa
santé, malgré les éclatantes marques de sympathie qui lui étaient venues de
la France et de l'étranger. Mme Pape ressentit toujours un profond chagrin de
n'avoir pu continuer l’œuvre qu'elle avait commencée et qui faisait son
bonheur.
En
1878, elle acheva de ruiner sa santé en participant à l'exposition scolaire,
et mourut le 31 juillet avant d'avoir reçu la grande médaille d'or que le jury
devait lui décerner.
Mme
Pape-Carpantier a été la grande bienfaitrice des petits enfants; son nom doit
rester populaire, car elle fut une des meilleures et des plus dévouées amies
des classes populaires, dont elle se faisait gloire d'être issue.
Elle
a contribué pour une large part à transformer les garderies d'enfants en écoles
maternelles, elle a prouvé qu'il était possible, utile, indispensable de
donner à ces petits êtres non seulement les soins nécessaires au corps, mais
aussi ceux non moins indispensables â l'intelligence, à l'âme.
Elle
à aimé l’enfant du peuple d'un amour profond, inépuisable, et c'est dans ce
sentiment qu'ont pris naissance les forces nécessaires pour l'accomplissement
de sa tache.
Mme Pape-Carpantier est la plus grande institutrice de son siècle.