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PRINCIPAUX FAITS DE L'HISTOIRE DU MAINE
ET DU DÉPARTEMENT DE LA SARTHE
 

(Extrait de "Géographie-Atlas du département de la Sarthe" par J.Vallée en 1890)

I/ De l'origine à l'Invasion des Francs

Les CÉNOMANS, peuplade célèbre entre les CELTES, habitaient les bords de la Sarthe et faisaient partie de la ligue des AULERCES.

Vers l'an 600 avant J.-C. ils firent des expéditions en Italie où ils fondèrent Mantoue ; en Bohème, en Illyrie, en Macédoine et jusqu'en Asie mineure où ils établirent des colonies. (ler RÉCIT.)

Lors de la conquête des Gaules par Jules César, les Cénomans envoyèrent des troupes à VERCINGÉTORIX, et, sous le commandement de VIRIDOVIX, ils luttèrent jusqu'à la dernière extrémité.

Malgré ces efforts ils durent se soumettre aux vainqueurs qui s'établirent principalement à Allonnes et introduisirent dans le pays leurs mœurs, leurs habitudes et jusqu'à leur langue.

Deux siècles plus tard, les Romains ayant trouvé un lieu bien situé, y construisirent une ville importante qui s'appela d'abord Suindinum. puis Cenomani (LE MANS), vers la fin du IVe siècle.

Le Christianisme fut prêché aux Cénomans par SAINT JULIEN, vers l'an 70.

( Certains auteurs disent: vers l'an 240)

Saint Julien fut le fondateur de la cathédrale du Mans, qui, commencée au IIé siècle, a été continuée et agrandie par saint Aldric, au IX siècle; écroulée et reconstruite de 1001 à 1097, dévastée par les Calvinistes en 1562; la foudre la frappa en 1583; restaurée peu après, réparée en 1822; cette superbe basilique, par les traces de ses différents âges, son chœur, ses vitraux, par son portail surtout, est du plus rare intérêt aux yeux des archéologues.  


II/Le Maine sous les Mérovingiens et les Carolingiens

En 411, les Cénomans, profitant de la désorganisation de l'empire romain, chassèrent leurs magistrats, puis établirent un gouvernement libre qui dura jusqu'en 460.

C'est alors qu'un prince franc s'empara du Maine et prit le titre de roi.

CLOVIS mit fin à cette royauté en faisant assassiner REGNOMER (510), dernier roi du Mans. (2e RÉCIT.)

L'invasion des Francs plonge le Maine dans l'ignorance et la barbarie (3e RÉCIT) et prépare ainsi la féodalité. (4e RÉCIT.)

Bientôt les rois n'eurent plus d'autorité, ni sur les comtes qui obtinrent l'hérédité des fiefs, ni sur les évêques qui devinrent souverains chez eux comme les seigneurs. (5e RÉCIT.)  


III/ Le Maine sous la Féodalité

HUGUES ler, chef de la dynastie des comtes du Maine. gouverna cette province pendant 60 ans (955-1015).

HERBERT ler, (1015-1036) , fils de Hugues 1er lui succéda et se fit remarquer par sa lutte contre l'évêque; HUGUES II (1036-1051), et HERBERT II (1051-1062), durent subir la tutelle de GEOFFROY, comte d'Anjou; HERBERT II fit son testament en faveur de GUILLAUME LE BÂTARD de sorte que son héritier légitime, GAUTIER ne gouverna qu'un an. Les Manceaux, malgré leur résistance, durent se soumettre. Mais en 1072, pendant que Guillaume était en Angleterre, le Tiers-état s'empara du pouvoir, les Normands furent chassés, les nobles et le clergé durent signer une charte communale.  
LE MANS s'honore d'être la première ville qui parvint à s'ériger en Commune. (6e et 7e RÉCITS.)

Guillaume revint d'Angleterre (1073), pour châtier les Manceaux et les soumettre de nouveau. HENRI COURTE-HEUSE, son fils, ne put conserver le Maine. HÉLIE DE LA FLÈCHE (8e et 9e RÉCITS), descendant des héritiers légitimes, le lui enleva (1090). Malheureusement plus tard. Henri Plantagenêt, comte du Maine et d'Anjou, hérita de l'Angleterre; les Manceaux se retrouvèrent ainsi en contact avec leurs pires ennemis.  


IV Le Maine sous la Féodalité

En 1189, à la suite de démêlés entre HENRI PLANTAGENET et PHILIPPE-AUGUSTE ce dernier vint faire, la conquête du Maine, mais quelques années après il le rendit à RICHARD COEUR-DE-LION. A la mort de Richard, JEAN-SANS-TERRE, son frère, fut cité par Philippe-Auguste devant la Cour des Pairs comme meurtrier d'Arthur de Bretagne, et toutes ses provinces françaises furent confisquées; c'est alors que le roi de France donna la jouissance du Maine à BÉRENGÈRE, Veuve de Richard, qui en fut souveraine jusqu'à sa mort (1230).

En 1246, CHARLES ler, comte de Provence le reçut en apanage des mains de Louis IX. C'est vers cette époque que l'on voit s'établir dans le Mairie l'industrie des toiles qui devait plus tard l'enrichir. (12e RÉCIT.)

PHILIPPE DE VALOIS. Petit-fils de Charles, gouverna le Maine avant son avènement au trône et résida au Mans. JEAN-LE-BON, son fils, y naquit en 1319.

Ce prince, devenu roi, donna notre province à l'un de ses fils Louis ler, qui nomma BERTRAND DUGUESCLIN gouverneur de la ville du Mans. Le célèbre Bertrand s'acquitta noblement de sa tâche: en 1370, il battit complètement les Anglais entre Mayet et Pontvallain. (13e RÉCIT.)  


V/ La Guerre de Cent ans

En 1392, CHARLES VI, roi de France, veut venger la mort de son connétable, OLIVIER DE CLISSON, qui avait failli être assassiné par PIERRE DE CRAON. Il rassemble une armée au Mans et part pour la Bretagne où s'est réfugié l'assassin. Il perd la raison (14e RÉCIT) dans la forêt d'Allonnes et on le ramène à Paris.  
La guerre de Cent ans désola le Maine de 1417 à 1449; c'est alors que les Manceaux résistèrent avec énergie aux Anglais qui, malgré cela, s'emparèrent du Mans (1425) et en furent maîtres pendant 23 ans.  
Parmi les nombreux héros de cette lutte terrible, il faut surtout remarquer AMBROISE DE LORÉ (15e et 16e RÉCITS.)  
Le dernier comte héréditaire du Maine CHARLES II n'ayant pas d'enfant fit son testament en faveur de Louis XI. Cette fois le Maine était définitivement réuni à la couronne.  


VI La Renaissance et les Guerres civiles

A l'époque de la Renaissance plusieurs Manceaux se sont illustrés, GERMAIN PILON père, et surtout GERMAIN PILON son fils, peuvent être considérés comme les fondateurs de la sculpture française.  
PIERRE BELON, savant naturaliste, fit des voyages en Grèce, en Arabie, en Égypte, et en rapporta des plantes utiles et rares. (17è RÉCIT.)  
AMBROISE PARÉ est appelé le père de la chirurgie. (18° RÉCIT.)  
RONSARD fut l'un des meilleurs poètes de son temps. (19e RÉCIT.)  
Le Protestantisme fut prêché au Mans par HENRI DE SALVERT, en 1559, et ensuite par MERLIN, de Paris, qui parvinrent à convertir un grand nombre de Manceaux.  
Une lutte s'engagea bientôt entre les catholiques et les protestants et le Maine fut le théâtre d'une guerre horrible qui finit par l'extermination des protestants. Le Mans et les principales places de la province étaient au pouvoir des Ligueurs quand HENRI IV s'en empara (1589).  

 


VII/ Le Maine sous la Monarchie absolue

Le Maine redevint bientôt tranquille et ses habitants purent se livrer à l'étude, au commerce et â l'industrie. En 1600, HALLAI établit la première fabrique de bougies. Quelques années après, JEAN Véron inventait les étamines camelotées qui firent bientôt l'objet d'un grand commerce. A cette époque, les fabriques de toiles de Laval prirent aussi une grande extension.  
Les Manceaux les plus célébrer du XVIè et du XVIIè siècle, sont:
- CUREAU DE LA CHAMBRE (1669-1744), littérateur, médecin et membre de l'Académie française,
- URBAIN GRANDIER, curé et chanoine à Loudun, qui fut brûlé vit comme magicien, en 1634. (20e RÉCIT.)  
- MARIN MERSENNE, né à Oizé en 1558, mathématicien et philosophe, ami intime de Descartes.  

- Les frères ROLAND et JEAN FRÉARD, peintres et sculpteurs.  
- DANIEL TAUVRI (1669-1700), né à Laval, médecin célèbre.  
- Louis MORIN médecin et botaniste.  

- JULIEN BODEREAU, avocat.  
- Forbonnais (21e RÉCIT) qui proposa un plan de réformes sous Louis XV.  
- NOEL Vétillard, médecin célèbre. 


VIII La Révolution - Les Vendéens

Pendant la Révolution, les Manceaux suivirent le mouvement général et le parti républicain compta bientôt un grand nombre de partisans dans notre pays.  
Le Maine devait bientôt servir de théâtre à la guerre civile.  
En octobre 1793, les Vendéens, revenant de Granville. se dirigent sur Laval, s'en emparent et remportent une victoire sur KLÉBER, qui commandait les Mayençais. Quelques semaines plus tard ils s'emparent de La Flèche, malgré Westermann.  
Encouragés par ces succès, les Vendéens marchent sur Le Mans, y pénètrent malgré les travaux de défense qu'on avait établis à Pontlieue et livrent la ville au pillage. Un grand nombre de patriotes furent pris et fusillés.  
Mais l'armée républicaine s'avance : Westermann à la tête du corps d'avant-garde, MARCEAU à la tête d'un deuxième corps, pénètrent dans la ville; Kléber, chef du troisième, suit de près; un combat acharné s'engage dans les rues et après deux jours de résistance (12/13 déc. 1793), les Vendéens se retirent vers Laval, abandonnant un grand nombre de femmes et d'enfants, qui furent charitablement recueillis par les habitants de la ville et soustraits à la fureur des soldats. (22° RÉCIT.)  
La défaite des Vendéens à Savenay, termina bientôt cette guerre.  


IX Les Chouans

Les débris de l'armée vendéenne se jetèrent dans le parti des Chouans. (23e RÉCIT.) Ceux-ci au lieu de combattre comme les Vendéens par grandes masses, s'éparpillaient dans les bois et s'appliquaient à détruire en détail les armées républicaines (1795).  
HOCHE infligea aux Chouans plusieurs défaites sans pouvoir les réduire complètement. Mais, en 1797, à la tête d'une armée de 35.000 hommes, il put leur faire déposer les armes dans les départements de la Sarthe, la Mayenne, le Morbihan. L’Ille-et-Vilaine, la Manche, l'Orne et le Calvados. Ce grand homme employait toute son intelligence et son activité à la pacification, quand il fut appelé sur les bords du Rhin où il mourut empoisonné, dit-on, par des jaloux. En 1799, après deux années de paix apparente, les bandes se reforment et 1.500 Chouans commandés par de BOURMONT s'emparent (14 octobre) par surprise de la ville du Mans (24e RÉCIT), la pillent et la rançonnent pendant trois jours.  
Sur ces entrefaites, le Directoire est renversé par Bonaparte qui envoya le général BROME avec 30.000 hommes, La guerre civile fut promptement terminée.  


X Le Maine après la Révolution

En 1790, l'Assemblée Constituante avait modifié profondément l’organisation administrative du Maine. Cette province avait disparu pour faire place à deux départements : celui de la Mayenne, avec Laval pour chef-lieu, et celui de la Sarthe, chef-lieu Le Mans.  
Tout d'abord le département de la Sarthe fut administré par un Directoire de douze membres, mais le nombre de ces administrateurs fut successivement réduit à huit, puis à cinq et enfin à un, le Préfet (mars 1800).  
Pendant les règnes de NAPOLÉON Ier, de Louis XV, III, de CHARLES X et de Louis-PHILIPPE, l'histoire des Manceaux est celle de tous les Français, que les voies de communication ont rapprochés, que la Révolution a resserrés; il ne reste plus ni Manceaux, ni Normands, ni Angevins, ni Bretons, mais des Français.  
Les arts, les sciences, les lettres, l’agriculture, le commerce et l'industrie se sont développés dans la Sarthe qui a compté, à cette époque, des hommes remarquables dans tous les genres.
(24e, 25e et 26e RÉCITS.)  


XI Révolution de 1848 - Le Second Empire.

En 1848, la République trouva de chauds partisans dans la Sarthe, qui élut LEDRU-ROLLIN au nombre de ses députés. (Le suffrage universel venait d'être rétabli.) Mais après l’élection de Louis-NAPOLÉON BONAPARTE à la présidence, la République n'exista plus que de nom. Les fonctionnaires républicains furent bientôt remplacés par des hommes disposés à tout faire pour le rétablissement de l'Empire.  
Dans la Sarthe, le préfet MIGNERET, le procureur DUBOIS et le colonel NEY, membres de la commission mixte, rivalisèrent de zèle.  
Les républicains, privés de leurs chefs qu'on avait arrêtés; emprisonnés ou déportés, furent bientôt obligés d'abandonner la lutte, et Louis Bonaparte fut proclamé empereur sous le nom de Napoléon III.  


XII Guerre Franco-Allemande

Les Manceaux étaient tout entiers à l'industrie, au commerce et à l'agriculture quand NAPOLÉON III déclare la guerre à la Prusse (15juillet 1870.) Tout d'abord l'enthousiasme est grand, la population ne doute pas du résultat. Trois mois après l'ennemi foulait le sol de notre département! L'Empire s'était effondré, les 300.000 hommes qui composaient son armée étaient tués, blessés ou faits prisonniers.  
En vain Gambetta avait organisé des armées, les Allemands dont le nombre dépassait un million avançaient toujours.  
Le général CHANZY à la tête de la 2ème armée de la Loire battait en retraite devant eux. Dès le 8 janvier 1871, les Prussiens occupent La Ferté, Thorigné, Saint-Calais, Chahaignes, La Chartre. Le 9, ils s'avancent sur toute la ligne, resserrant le cercle autour du Mans et arrivent à Connerré, Bouloire. Ardenay, Challes, Saint-Pierre-du-Lorouer, Flée. Le 10 janvier, la bataille commence par les combats de Saint-Hubert, de Parigné-l'évêque, de Chargé, de Connerré, de Pont-de-Gennes et de Champagné; sur toute la ligne l'armée française plie.  
Le 11 janvier. elle résiste et inflige des pertes sérieuses à l'ennemi. Le général Gougeard reprend le plateau d'Auvours que l'ennemi avait inondé de ses troupes. La journée était bonne; les Prussiens hésitaient. (28e RÉCIT.)  

Malheureusement dans la nuit du 11 du 12, la position du Tertre-Rouge, confiée d'abord aux marins et remise ensuite aux mobilisés bretons est prise par l'ennemi. La bataille est perdue.

Le lendemain 12, l'armée française bat en retraite dans un désordre inouï et les Prussiens font leur entrée au Mans (29e RÉCIT) où ils se conduisirent comme des vandales, rançonnant la ville, brûlant les maisons, insultant les femmes, pillant les ambulances, assassinant les blessés dans leurs lits.  
Chanzy. tout en reculant, faisait des efforts désespérés; les 13, 14 et 15 janvier, il livre les combats de Ballon, de Beaumont. et de Fresnay: Alençon se rend le 17.  
Le camp de Conlie est pris le 14 après le combat de Chassillé.  
Mais le 15, à Saint-Jean-sur-Erve, les Français infligent des pertes sérieuses à l'ennemi qui n'ose plus avancer.  
Quelques jours après, l'armistice suivi de la paix mettait. fin à cette guerre désastreuse.  
Là encore les Manceaux n'ont pas démérité, l'histoire du 33e mobiles en fait foi. (30e RÉCIT.)

Quand l'heure sera venue, les fils de ceux-là sauront venger toutes ces défaites et prouver qu'il coude toujours dans leurs veines un sang bien français. 


RECITS HISTORIQUES 

1er RECIT Alexandre et les Celtes

Au cours d'une de ses premières expéditions, Alexandre passe audacieusement le Danube, détruit la capitale des Gètes, et reçoit les ambassades de plusieurs peuples barbares de ces régions. Parmi ces envoyés, on distinguait ceux des Celtes qui s'étaient établis sur les bords de l'Adriatique. Que craignez-vous? leur demanda le jeune conquérant qui attendait un hommage à sa valeur. Que le Ciel ne tombe. Répondirent-ils.  Les Celtes sont fiers, reprit Alexandre; je veux qu'ils soient mes alliés et mes amis. Retour  ou Retour haut de page

2e RÉCIT Le dernier roi du Mans

Regnomer, prince du sang de Mérovée, possédait alors le Maine à titre de royaume, comme Regnacaire, son frère, jouissait du Cambrésis. Tous les deux furent victimes de l'ambition de Clovis qui les fit assassiner. Après ce crime, le fondateur de la monarchie française s'avance sur le Maine avec impétuosité et ravage les campagnes, il assiège la capitale des Cénomans, ceux-ci font une vigoureuse résistance ; mais tout cède à la valeur et à la fortune de Clovis. La ville est prise et les habitants subissent la loi du meurtrier de leur roi. Saint Principe, alors évêque du Mans, obtint, par l'entremise de saint Remi dont il était parent, la liberté de ses clercs et la cessation du carnage (510).  

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3e RÉCIT Ignorance et barbarerie au VIe siècle

Pour avoir une idée de l'ignorance et de la barbarie de ce siècle et des suivants, il faudrait lire le code des Francs. Blessait-on un homme à la tête? on en était quitte pour 15 sols d'or. Mais pour dépouiller un cadavre, on était condamné à payer 62 sols d'or. L'assassinat avait son tarif : le meurtre d'un Franc se payait plus cher que celui d'un Gallo-Romain. On pouvait racheter les calomnies, les injures, les violences. Enfin, l'or était le dieu qui effaçait tous les crimes.  

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4eRÉCIT La Féodalité

Les bénéfices militaires avaient été établis par les Francs. Ils étaient la récompense viagère que les rois accordaient aux talents et aux services de leurs officiers. Mais l'hérédité des places et des gouvernements qui commença au milieu du IXè siècle, sous Charles-le-Chauve, opéra clans la monarchie un changement qui éteignit peu à peu l'ancien gouvernement politique. Les ducs, les comtes, les officiers d'un ordre inférieur, profitant de l'affaiblissement de l'autorité royale, rendirent héréditaires dans leurs familles, des titres dont, jusque-là, ils n'avaient joui que temporairement. Ils usurpèrent également et les terres et la justice, en s'érigeant eux-mêmes en seigneurs, propriétaires des lieux dont ils n'étaient que les magistrats militaires et civils.  
Ce nouveau genre d'autorité dans l'État, ces nouvelles seigneuries usurpées, donnèrent naissance à la noblesse. Le service militaire fut encore une autre source, mais plus pure, de cette distinction qui n'aurait, jamais dû être que personnelle, si l'on consulte les principes de l'équité.  
La France se trouva divisée en une infinité de petites seigneuries. II n'y eut plus de lois communes à la nation chaque seigneur en fit de nouvelles dans son donjon. 
Le vassal, assujetti à des coutumes bizarres et ridicules, pouvait se contenter de rire du sot orgueil de son seigneur, lorsque des droits bien plus absurdes n'outrageaient pas dans la famille les lois sacrées de la pudeur et de l'honnêteté publique. Retour  ou
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5e RÉCIT L'ignorance au Xe siècle L'an 1 000

La nuit de l'ignorance couvrit les dernières années du Xè siècle, comme elle en avait obscurci les premières. A peine, parmi les laïques, en trouvait-on quelques-uns qui sussent lire et écrire. La rareté des notaires publics devint extrême; nos bons aïeux passaient verbalement leurs actes et les faisaient ratifier par leur évêque. Dans la suite, on fut obligé de charger de ces fonctions les ecclésiastiques, et quelquefois les moines. On regardait comme des magiciens ceux qui s'adonnaient à la géométrie et aux autres parties des mathématiques. Les figures tracées de cette science passaient pour des grimoires et l'on croyait communément que les mathématiciens avaient fait un pacte avec le diable. Vers la dernière année du Xè siècle, ou crut voir arriver la fin du monde; les moindres présages l'annonçaient. Le firmament était rempli des arrêts avant-coureurs du courroux céleste. Cette terreur était tellement répandue, qu'on livrait aux moines la plus grande étendue de son territoire pour posséder la même portion dans le ciel. Ce fut une des sources de la grande opulence du clergé régulier et séculier de la province du Maine. L'on peut en juger par toutes les donations et fondations qui furent faites de ce temps. Retour ou Retour haut de page

6° RÉCIT La Commune du Mans

Les Cénomans, voyant Guillaume occupé pour longtemps en Angleterre, appellent Geoffroy de Mayenne à leur secours (1070). et envoient des délégués vers Azon pour le prier de venir prendre possession du comté du Maine au nom de son fils Hugues héritier légitime alors en bas âge. Azon vint au Mans avec sa femme Hercende et son fils, qui porta le nom de Hugues III; mais il ne tarda pas à s'apercevoir que les Manceaux l'avaient en médiocre estime, sans doute parce qu'il était étranger, il repartit pour la Ligurie laissant sa femme et son fils sous la protection de Geoffroy et des Manceaux.  
Ce prince abusa de la confiance que le marquis de Ligurie avait eue en lui; il leva des impôts au nom de son pupille et tyrannisa les Manceaux « ses sujets » qui, lassés de tant de nouvelles oppressions, s'efforcèrent de se délivrer de  cette tyrannie, conspirèrent contre  sa personne et se mirent en devoir  de le chasser avec tous ses fauteurs  et partisans .  
Les Manceaux se consultèrent sur les moyens de lui résister et de mettre ordre à ce que personne ne pût les opprimer davantage. Ils se soulevèrent tous et formèrent entre eux une conjuration qui s'organisa avec des chefs électifs et qu'ils appelèrent communion (1072).  
Ils se lièrent tous par les mêmes serments et forcèrent Geoffroy, l'évêque et les autres nobles du pays à jurer qu'ils respecteraient et défendraient les droits et libertés proclamés par les bourgeois.  
Quelques seigneurs des environs ayant refusé de prêter serment, les « conjurateurs » les attaquèrent dans leurs châteaux «repaires de petits nobles pillards qui détroussaient les marchands sur la grande route et ne cessaient de ravager le pays » et les châtièrent avec tant d'ardeur qu'ils oublièrent les prescriptions de l'Église touchant les guerres privées. Les historiens de l'époque sont très sévères à leur égard, leur reprochant  de guerroyer sans scrupule durant le Carême et la Semaine  sainte, et de faire trop sévèrement et trop sommairement justice de leurs ennemis ou de ceux qui troublaient la paix de la Commune, faisant pendre les uns et mutiler les autres, sans aucun égard pour le rang des personnes. Retour  ou
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7e RÉCIT La Commune da Mans (Suite)

Voici l'un des épisodes les plus marquants des entreprises de la Commune du Mans. Hugues de Sillé avait refusé de prêter serment et s'attira la colère des conjurateurs par quelques  injures qu'il leur fit. Les bourgeois du Mans envoyèrent de tous les côtés des messagers qui eurent bientôt réuni une armée. On se porta avec beaucoup d'ardeur contre le château de Sillé; l'évêque du Mans et les prêtres des paroisses marchaient en tête avec les croix et les bannières. Geoffroy de Mayenne vint de son côté et les deux armées campèrent à quelque distance du château, mais Geoffroy y venait avec l'intention de trahir la Commune, il entra en pourparlers avec Hugues, et le lendemain, au moment où la garnison faisait une sortie contre les assiégeants, le perfide duc fit répandre parmi les Manceaux la nouvelle qu'on était trahi et que la ville du Mans venait de tomber entre des mains ennemies. Cette fausse nouvelle, jointe à l'attaque imprévue, produisit un trouble général, les bourgeois se débandèrent et prirent la fuite en jetant leurs armes. Hugues de Sillé les poursuivit, en tua un grand nombre et fit beaucoup de prisonniers, entre autres l'évêque Arnault.  
Les bourgeois de la commune ayant reconnu le mauvais tour que Geoffroy leur avait joué et voyant comme il les avait exposés à la boucherie  étaient si furieux contre lui que le traître en fut intimidé et se retira à La Chartre. Mais Hercende était restée au Mans; elle le fit entrer par surprise dans la citadelle, un dimanche pendant la messe. Quatre-vingts chevaliers y entrèrent avec lui et se retranchèrent solidement.  
Les gens de la commune, exaspérés appelèrent les autres barons à leur secours. notamment Foulques d'Anjou, et firent le siège de la citadelle ainsi que de deux maisons voisines, dont Geoffroy s'était aussi emparé. On mit le feu à ces maisons, au risque de brûler l'église qui était tout près, et l’ennemi en fut délogé. On attaqua ensuite vigoureusement le château avec les machines de l'époque, si bien que Geoffroy perdit courage et s'échappa la nuit, sous prétexte d'aller chercher des secours. Après sa fuite, ses compagnons se rendirent, et les bourgeois rasèrent la forteresse, ne laissant subsister que les remparts tournés vers la campagne, et qui pouvaient servir à la défense de la ville.  
Cette victoire venait à peine d'être remportée, que d'autres dangers menacèrent la Commune du Mans. En 1073, Guillaume, qui avait assuré sa conquête en Angleterre, convoqua sous ses drapeaux tous les Normands ou les Saxons qui voudraient venir avec lui faire la conquête du Maine. Il eut bientôt formé une puissante armée avec les restes des bandes saxonnes, qui accoururent en foule sous ses ordres pour combattre cette France qu'ils haïssaient. Aussitôt entrés dans le pays, ils se livrèrent à un brigandage inouï, arrachant les vignes, les arbres fruitiers, brûlant les maisons et massacrant les habitants; c'était pour eux un acte de vengeance nationale. Cette dévastation eut pour résultat d'amener la prompte reddition des villes, qui, épouvantées, se rendaient au premier assaut.  
Les principaux bourgeois du Mans coururent au-devant du roi d'Angleterre, se jetèrent à ses pieds, et lui demandèrent grâce, qui leur fut octroyée par la considération de l'évêque, qui l'en supplia .  
Quelques historiens ajoutent même que Guillaume promit aux Manceaux de conserver leurs franchises municipales ; promesse vaine, sans aucun doute, car à partir de cette époque (1073), on ne trouve plus nulle trace de ces franchises. Dans tous les cas, si Guillaume n'abolit pas la Commune en droit, il l'abolit en fait. Retour
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8e RÉCIT Hélie de La Flèche

Hélie de La Flèche prend possession du comté du Maine en 1090. Apprenant que Guillaume-le-Roux, roi d'Angleterre, vient reprendre le Maine, il s'occupe de mettre son pays en état de défense. Il munit si bien ses frontières, qu'il est impossible aux Normands de les franchir. En vain attaquent-ils le château de Dangeul, nouvellement bâti, Guillaume, obligé de s'en retourner, laisse pour continuer la guerre le comte de Bellême qui attire Hélie dans une embuscade le fait prisonnier et l'envoie à Rouen où était le roi d'Angleterre. Guillaume, ravi de cette capture, le fait enfermer dans la grosse tour de cette ville et part pour se rendre maître du Mans, à la tête d'une armée de cinquante mille hommes, ravage la campagne, brûle le village de Coulaines. Le Mans lui ouvre ses portes à condition qu'il remettra Hélie et les autres prisonniers manceaux en liberté.  
9e RÉCIT Hélie de La Flèche (Suite)
 
Hélie, de retour dans le Maine, est reçu avec joie à Château-du-Loir et dans cinq ou six petites villes, où il fait réparer, ainsi que dans les villages des environs, les dommages causés par les Normands. Assuré de l'affection des Manceaux, il lève sourdement une armée considérable de volontaires, et s'avance, en 1099, jusqu'aux portes de la capitale. La garnison de la place, commandée par le comte d’Evreux, fait une sortie, elle est battue et repoussée. Les vainqueurs poursuivent les fuyards qui se réfugient dans le château et y résistent à tous les assauts que leur donne Hélie. Guillaume, qui était alors en Angleterre, instruit de ce qui se passait par le comte de Bellême, vole dans le Maine et entre dans la capitale, où il ne trouve que des ruines. Après s'être rendu, non sans beaucoup de peine, maître de diverses places, il assiège Château-du-Loir, où Hélie s'était retranché. Le roi d'Angleterre échoue devant cette place; sa vie court le plus grand danger au siège du château de Mayet, qu'il prend et qu'il démolit. Rappelé en Angleterre pour des affaires pressantes, il laisse dans le Maine des troupes qui tiennent Hélie et les Manceaux en respect. Sa mort, arrivée en 1100, change la face des affaires. A la nouvelle de cet événement, les habitants du Mans ouvrent leurs portes à Hélie. Le château se rend après quelque résistance, et toutes les autres places du Maine occupées par les Normands sont évacuées du consentement de Henri, frère et successeur de Guillaume-le-Roux, Hélie reste paisible possesseur du comté du Maine. Ainsi fut terminée la guerre de la succession du comté de cette province; guerre désastreuse, qui, pendant plus de quarante ans, remplit notre pays de désolation, de carnage, de deuil et de larmes.  
En 1106, Hélie combattit pour le roi Henri, avec ses fidèles Manceaux, contre le duc Robert, son frère, à la bataille de Tinchebray, donnée le 27 septembre, et pourfendit. pour sa part, vingt-cinq ennemis. II mourut l'an 1110, universellement regretté des Manceaux, et fut inhumé dans l'église de l'abbaye de la Couture.  
Le portrait que Vital, historien des ducs de Normandie fait de ce comte du Maine, ne doit point être suspect. Hélie, dit-il, était un seigneur brave rempli d'honneur; il avait en partage l'aménité du caractère et l'amabilité des vertus sociales. Il était d'une haute taille, d'une force extraordinaire, nerveux sans embonpoint; il avait le visage basané, la barbe hérissée et les cheveux tondus comme ceux d'un prêtre. Il était doué d'une élocution facile et agréable. Sa douceur envers les personnes tranquilles et soumises égalait sa sévérité contre les brouillons et les rebelles : il observait et faisait observer rigoureusement les lois de la justice. Les églises trouvèrent en lui un zélé défenseur, et les pauvres un père charitable.     

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10è RÉCIT Conditions des personnes dans les Xe et XI, siècles

Les personnes employées à la culture des terres et qui formaient la majeure partie d'une nation , gémissaient sous l’oppression du régime féodal. On peut les partager en quatre classes :

1° les serfs ou esclaves. Cette classe parait avoir été la plus nombreuse : elle était composée ou de prisonniers faits à la guerre, ou de personnes sur lesquelles on avait acquis le droit de propriété personnelle, etc. Leur condition était la plus malheureuse; le maître exerçait une autorité absolue sur eux et avait le pouvoir de les punir de mort, sans qu'aucun juge eut besoin d'intervenir. Ce droit de vie et de mort fut restreint dans la suite, mais non celui de les punir avec une rigueur semblable à celle qu'on reprochait naguère aux Européens, dans les îles de l'Amérique, envers leurs nègres.

2° Les serfs. attachés à la terre se vendaient avec la ferme à laquelle ils appartenaient. Ils ne pouvaient exiger de leur maître que la subsistance et le vêtement : nuls profits, nulle propriété. Ils étaient obligés de se, raser la tète, parce que la longue chevelure au moyen-àge était une marque de dignité et de liberté, et cette distinction leur rappelait à chaque instant le sentiment de leur servitude.

3° Les vilains (Villani) formaient la troisième classe des habitants de la campagne : ils étaient également attachés à la glèbe ou à une métairie, dont le nom Villa, leur avait donné le leur, et ils passaient avec la métairie à celui qui en devenait le propriétaire. Ils payaient à leur maître une rente fixée pour la terre qu'ils cultivaient; et dès qu'ils avaient payé ce tribut, tous les fruits de leur travail et de leur industrie leur appartenaient en toute propriété.

4° La dernière classe des personnes employées à l'agriculture était celle des hommes libres, qui cependant étaient astreints à plusieurs services, comme de labourer une certaine étendue de la terre de leur seigneur et de l'aider pendant les moissons, les vendanges, etc.  Retour haut de page

11e RÉCIT La crédulité au XIIe Siècle

On crut, dans le XIIè siècle, que les eaux de la rivière de la Sarthe avaient été suspendues en l'air, comme celles de la Meuse en 1118, et de graves auteurs ont répété ces merveilles. On crut que du miel était tombé du ciel. Ceux qui ont vérifié la pluie de pierres, en 1803 ne trouveront point extraordinaire que nos ancêtres aient ajouté foi à une pluie de miel; l'une était plus agréable et moins dangereuse que l'autre; mais la lune descendue à terre et remontant au ciel, le 10 avril 1189, voilà pour le coup le plus étrange des phénomènes, cités par Ricord. témoin oculaire à Argenteuil, avec plusieurs religieux, aussi crédules et aussi dépourvus d'intelligence que lui. Il ajoute, assez plaisamment, que la lune est la figure de l'Église.  
A la honte de l’esprit humain, on ajoutait foi à ces absurdités, attestées par l'historien et le médecin d'un roi de France, Philippe-Auguste. Aucun de ses contemporains ne le réfuta, même par le ridicule, la seule arme qu'on devait employer dans la circonstance.
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12e RÉCIT Béatrix

Sur la fin du XIIIè siècle, Béatrix de Gaure, comtesse de Faukembourg, en Flandre, épouse d'un seigneur de Laval, apprit aux habitants à cultiver et à travailler le lin qui croissait spontanément dans le pays; elle fit venir de Bruges des tisserands qu'elle fixa dans cette ville; ces artisans la rendirent bientôt fameuse par ses toiles.  
Laval doit, de la manufacture que Béatrix établit, son accroissement et sa population.  
Les marais qui entouraient la ville avant cette époque disparurent bientôt devant l'industrie qui vivifie tout; de grands faubourgs de deux kilomètres et demi de longueur se construisirent pour loger les ouvriers et les marchands. Les bords de la Mayenne se couvrirent de blanchisseries.  
Laval ne tarda pas à rivaliser avec les villes les plus commerçantes et il le dut à Béatrix de Gaure.  
Ceux qui enrichissent le pays d'une industrie nouvelle rendent plus de services à la patrie que ces conquérants qui vont chez les étrangers porter la dévastation et faire haïr le nom français.  Retour ou
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13e RÉCIT Bataille de Ponvallain (10 novembre 1370)

Sous Charles V, Bertrand Duguesclin protégea le Maine; ayant appris que Robert de Knolles et Grantson étaient avec 30.000 hommes sur les bords du Loir, entre Vendôme et Château-du-Loir, le connétable vint faire le siège du Mans, alors au pouvoir des Anglais. A la vue des Français les portes s'ouvrirent d'elles-mêmes. Duguesclin se dirigea ensuite sur viré-en-Champague. C'est là qu'il reçut un héraut d'armes venant de la part de Grantson qui voulait profiter de l'absence de Robert de Knolles pour demander bataille et avoir seul la gloire de vaincre le connétable. Mais le rusé Bertrand remit à l'envoyé dix marcs d'argent et recommanda à quelques-uns de ses officiers de l'amuser le plus longtemps possible afin de lui permettre de prendre les devants. Le soir même, par une pluie battante, il partit sans bruit : quarante huit kilomètres le séparaient de l'ennemi ; les chemins étaient défoncés à tel point, qu'une pareille entreprise pouvait sembler une folie.  
L'armée française se dirige vers le sud, traverse la Sarthe au-dessous de Parcé, s'avance vers le sud-ouest, passe entre La Fontaine et Courcelles et arrive le lendemain matin (10 novembre 1370) dans la plaine du Rigalet, prés du bourg de Pontvallain. Après une heure de repos donné à ses soldats, il s'élance sur les Anglais, si à l’improviste qu'ils se débandent et s'enfuient d'abord; mais une centaine de leurs braves rétablissent le combat pendant qu'un des leurs, Orsèle, rassemble les fuyards dans le bois de Fautreau; aussitôt Andreghem, un compagnon de Duguesclin l'y surprend et l'en chasse. Le soir, 2.000 Anglais étant accourus au secours des premiers. il fallut recommencer le combat; heureusement Clisson venait d'arriver avec 500 hommes; la lutte fut acharnée mais se termina encore à l'avantage des Français. les Anglais se retirèrent à Vaas. Duguesclin les rejoignit bientôt et leur infligea une nouvelle défaite, faisant un quand nombre de prisonniers. Grantson lui-même qui avait engagé la lutte corps à corps avec Clisson s'était rendu.  
Le connétable fit soigneusement enterrer ses morts et plaça sur leur tombe une croix de bois que les habitants ont toujours renouvelée jusqu'en 1828, époque à laquelle M. Dubignon d'Angers fit élever un obélisque en pierre qui porte l'inscription suivante :  
« Ici. après le combat de Pontvallain, en novembre 1370 Bertrand Duguesclin de glorieuse mémoire, fit reposer ses fidèles Bretons. Un ormeau voisin sous lequel on éleva une cabane pour les blessés. une croix de bois plantée sur les morts ont donné à ce lieu le nom d'Ormeau ou de Croix-Brette. Français, que les dissensions intestines, que les invasions étrangères ne souillent plus désormais le sol de notre belle France !.. » Retour ou
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14e RÉCIT Charles VI perd la raison :

Le 5 août 1392 l'armée se met en marche; la chaleur était excessive. Le roi traverse la forêt du Mans avec un cortège peu nombreux, car on s'était éloigné de lui pour éviter de l'incommoder par la poussière et peut-être aussi pour assurer le succès de la scène suivante. Tout à coup un inconnu revêtu d'une robe blanche, la tête et les pieds nus, l'air furieux et égaré, s'élance dans le chemin, saisit à la bride le cheval du prince en criant d'une voix terrible : « Roi, ne chevauche pas plus avant, mais retourne, car tu es trahi ». Charles pâlit et une espèce de frémissement agite son corps. Il ne prononce pas un mot. Quelques hommes d'armes obligent ce prétendu spectre à lâcher la bride en frappant sur ses mains; il se retire sans que personne songe à l'arrêter ni à s'informer qui il peut être. Le roi poursuit sa route. Au sortir de la forêt s'étend une plaine sablonneuse, dont les rayons du soleil rendaient l'ardeur insupportable. Là, un page qui marchait derrière le prince, laisse tomber sa lance sur le casque d'un de ses camarades; à ce bruit Charles s'imagine entendre le signal des conjurés, devient furieux, fond l'épée à la main sur tous ceux qui l'entourent. On le saisit, on le désarme, on le ramène au Mans sur une litière. Les troupes reçoivent l'ordre de revenir sur leurs pas et l'orage formé contre le duc de Bretagne est entièrement dissipé. Cet événement fît entrer la France dans une des périodes les plus tristes de l'histoire. Retour  ou Retour haut de page

15e RÉCIT Les Défenseurs du Maine PENDANT LA GUERRE DE CENT ANS

Parmi les hommes de notre province qui s'armèrent pour sa défense, on cite avec plaisir et avec reconnaissance André de Laval, lié au château de Montsurs, et surtout Ambroise de Loré, né en 1396. au château de Loré dans la paroisse du Grand - Oisseau, près de Mayenne.  
Les Anglais déjà maîtres de Ballon. Fresnay, Thoiré, Nouans, Loué, Prouesse et Beaumont, méditent de nouvelles conquêtes. Ambroise de Loré les arrête en plusieurs rencontres et leur fait essuyer des pertes.  
Un jour, il sort avec quelques troupes du château de Courreries, se met en embuscade pour surprendre un capitaine anglais, nommé Guillaume de Bourg ; il le charge si à propos qu'il tue un grand nombre de ses hommes et fait les autres prisonniers. Ce succès l'encourage à engager une action plus hardie. Secondé par le seigneur de Fontaines. il attaque 6.000 à 7.000 Anglais, que le comte de la Marche conduisait en Normandie, en tue 400 et fait un pareil nombre de prisonniers, il parvient ensuite à reprendre Beaumont et plusieurs forteresses voisines. Peu de temps après, les Anglais et Ambroise de Loré se cherchent mutuellement et se rencontrent près de la rivière de la Sarthe. Partie à pied, partie à cheval, ils combattent à outrance, avec opiniâtreté de part et d'autre. Les Anglais sont contraints de céder à la valeur d'Ambroise de Loré, qui dans cette journée donna tant de preuves de son intrépidité et de son courage, qu'il fut fait chevalier quelques jours après.  
En 1423, Alexandre de la Paule, frère du comte de Sufolk , à la tête de 2.500 Anglais. revenait de l'Anjou chargé de butin; le duc d'Aumale et Ambroise de Loré l'attirent dans une embuscade, mettent son armée en déroute après lui avoir tué 700 hommes. Malheureusement ces exploits étaient isolés et ne pouvaient guère contribuer à chasser les Anglais.  
Après la bataille de Verneuil (1424), où les Français furent vaincus, le duc de Bedfort vint avec de l'artillerie assiéger la ville du Mans. Les habitants du Mans. effrayés des dégâts occasionnés à leurs maisons par les canons, capitulent après 20 jours de siège.  
Les Anglais s'emparent ensuite, grâce encore à leur artillerie, de la forteresse de Sainte-Suzanne, défendue par Ambroise de Loré, qui dut verser 2.000 écus pour sa rançon et celle de sa garnison.  
Puis vint le tour de Mayenne, de Tennie et de plusieurs autres places.  
Jean de Bedfort gouverna en qualité de comte, le Maine et le Perche.  
Mais le courage des Manceaux semblait s'accroître par les revers. En 1425, les seigneurs de Beaumont, accompagnés d'Ambroise de Loré, reprennent les châteaux de Remefort et de Malicorne.  
L'année suivante. alternative de succès et de revers. Toujours même obstination de courage qui devait faire triompher nos ancêtres de leurs ennemis.  
Les seigneurs de Lavardin, de Vignoles, de Tucé, de Malidor, de SaintAignan, de Montfaucon, etc., surprennent pendant la nuit la ville du Mans. Mais aussitôt le comte de Suffolk appelle le capitaine Talbot qui rentre au Mans et surprend à son tour les soldats français pendant leur sommeil. Il recherche les habitants qui avaient favorisé l'arrivée des Français et leur fait trancher la tête sur un monument druidique qui se trouvait prés de la porte de la cathédrale. Quelque temps après, les Manceaux prennent le château du Lude, mais en revanche Talbot s'empare de Laval qui fut repris l'année suivante.  
C'est alors que Ambroise de Loré reçut l'ordre de rejoindre Jeanne devant Orléans. Pendant son absence les Anglais assiègent, mais en vain, le château de Saint-Céneric dont il était gouverneur. Ambroise de Loré de retour, veut en faire lever le siège, il rassemble une petite armée et se dirige de ce côté, mais il rencontre les Anglais au nombre de 5.000. Ce vaillant capitaine s'avance trop dans la mêlée, il est fait prisonnier, mais ses soldats veulent se montrer dignes de leur chef, ils le délivrent et tuent 7.110 Anglais: l'armée française ne comptait au total que 1.200 hommes. Les Anglais abandonnent leur entreprise.  
Ambroise de Loré fut obligé de prendre du repos à cause des nombreuses blessures qu'il avait reçues dans cette action. A peine est-il guéri qu'il pénètre jusqu'à Caen, un jour de foire, s'empare des marchandises et fait plus de 3.000 prisonniers qu'il ramène à Saint-Céneric. Cette campagne avait duré huit jours et il n'avait essuyé aucune perte.  
16e RÉCIT Les Défenseurs du Maine (Suite)
 
En 1431, les Anglais de la garnison de Fresnay, viennent le 1er mai, au nombre de 400. planter le mai devant le château de Saint-Céneri, De Loré sort avec sa garnison pour les punir de cette bravade: les Anglais ne l'attendent pas. Il fait arracher leur mai, le fait planter devant le château de Fresnay et se met en embuscade avec une partie de sa troupe. Les Anglais sortent, chargent ceux qui étaient à la tête les poursuivent, jusqu'au lieu où était caché de Loré. Ce rusé capitaine les laisse avancer et se découvre en leur coupant la retraite, les uns sont tués sur place et les autres emmenés prisonniers. La mène année (1431), les soldats de la garnison de Sillé tombent dans une embûche que leur avaient tendue les Anglais de Sainte-Suzanne.  
On les emmenait prisonniers, lorsque de Loré; instruit à temps, accourt avec 300 combattants, reprend ces prisonniers, fait mordre la poussière à 200 Anglais, et poursuit les autres jusqu'aux barrières de Sainte-Suzanne.  
Venables, capitaine anglais, se laissa surprendre par Ambroise de Loré qui le battit et emmena à Laval 300 Anglais prisonniers. En 1432, le comte d'Arondel vint camper dans les environs de Fresnay avec 3.000 hommes. Ambroise de Loré, avec 160 soldats, sort de Saint-Céneric pendant la nuit, porte le désordre dans le camp anglais et reste maître de l'artillerie ennemie pendant plusieurs heures; mais les Anglais s'étant ralliés il dut rentrer dans son château emmenant avec lui 200 prisonniers et 80 chevaux.  
Les Anglais étaient dans une irritation extrême de ne pouvoir s'emparer de Saint-Céneric. Bien des fois l'orgueil anglais était venu échouer contre cette place défendue par le brave Armange. Le comte d' Arondel réunit toutes ses forces. vint assiéger la forteresse avec 16.000 hommes et 16 pièces de canon.  
Pendant trois mois les assiégés se défendent énergiquement, mais les canons ayant fait brèche en plusieurs endroits, les Anglais donnèrent l'assaut : Jean Armange se fit tuer en défendant une de ces brèches, et les habitants, après avoir repoussé plusieurs assauts, durent capituler faute de vivres; ils obtinrent la vie sauve et la permission de se retirer où bon leur semblerait.  
Pendant ce temps, Ambroise de Loré n'était pas resté inactif; à sa sollicitation, le duc d'Alençon, les comtes du Maine et de Richemont, le connétable et d'autres seigneurs arrivent dans le Maine et marchent vers Sillé qui était assiégé par les Anglais. Ceux-ci quittent le siège, vont à la rencontre des Français; les deux armées s'observent plusieurs jours sans combattre; les Français s'étant retirés à Sablé, le comte d'Arondel en profita pour s'emparer de Fresnay et de Beaumont.  
Les besoins de l'État appelèrent nos braves capitaines sur un théâtre plus étendu que celui de notre province, qu'ils avaient défendue avec autant de constance que d'intrépidité. Ambroise de Loré par ses exploits éclatants ne contribua pas peu à soutenir le trône chancelant de Charles VII. Ce dernier le nomma, pour le récompenser, prévôt de Paris, dignité importante où il fit voir qu'il savait aussi bien gouverner que combattre.  Retour ou
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17è RÉCIT Pierre Belon.

Pierre Belon naquit, en 1517, à la Soupière, commune de Cérans-Foulletourte. Il étudia la médecine sous le patronage de l'évêque du Mans, à Paris, où il fut nommé professeur. Dans son premier voyage, commencé vers l'année 1546, Belon alla d'abord à Candie et à Constantinople, puis visita Lemnos, le mont Athos et les ruines de l'antique Salone, il rentra ensuite en France après avoir exploré Alexandrie, le Caire; en Égypte. C'est alors qu'il publia un ouvrage très remarquable sur l'histoire naturelle des poissons.  
Notre savant compatriote fit encore d'autres voyages en Italie, en Grèce, en Turquie, en Palestine, en Syrie, en Arabie, en Perse, en Allemagne, en Angleterre, en Espagne, etc., et si l'on se rend compte des moyens de communications de l'époque, on peut juger des difficultés qu'il dut rencontrer : peu lui importait, il sut toujours vaincre ces difficultés par amour pour la science.  
On doit à Belon l’introduction, en France, du chêne-liège, de l'arbre de Judée, du pistachier, du cèdre, du platane d'Orient, du mûrier, de l’arbre de vie, du chêne toujours vert, du genévrier d'Orient, du jujubier, du myrte, etc. Tous ces végétaux étaient cultivés dans les jardins de Touvoie, qui appartenaient à l'évêque du Bellay, le protecteur du savant Manceau.  
Les voyages et les travaux de Pierre Belon eu ont fait un des hommes les plus remarquables de la Renaissance; il a certainement été le plus grand naturaliste de cette époque.  
Assassiné en 1564, il a été comme tant d'autres laissé dans l'oubli. Ce n'est que dans ces dernières années qu'un jeune savant manceau s'est appliqué à faire revivre sa mémoire M. Crié, professeur à la Faculté des sciences de Rennes, a jeté par ses écrits un véritable sillon de lumière sur les oeuvres de Pierre Belon. Une souscription s'est ouverte en France et à l'étranger, et le 9 octobre 1887, on inaugurait au Mans la statue de Pierre Belon.  

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18è RÉCIT Ambroise Paré

Au bourg de Hersant, prés de Laval. les seigneurs de cette ville possédaient une maison de plaisance; c'est tout à côté que naquit Ambroise Paré. Suivant un manuscrit du temps, il se glissait, encore enfant, dans la cuisine de ce château, où il se rendait utile. Bientôt il intéressa par son esprit et sa douceur, la comtesse de Laval, qui le mit au nombre de ses domestiques, puis ensuite l'amena à Paris, où elle lui donna les moyens de s'instruire. Ses progrès dans l'art de guérir, furent étonnants. Ses ouvrages, enrichis d'observations curieuses et singulières, furent traduits en latin, eu anglais, en allemand et en hollandais.  
Les talents rares, les connaissances profondes, et surtout l'esprit d'observation, procurèrent à notre compatriote la place de chirurgien de trois de nos rois, François ler, Charles IX et Henri III. On rapporte un trait qu'il faut retenir comme calviniste il eût été enveloppé dans l'affreux massacre de la Saint-Barthélemy, si Charles IX ne l'eût pas enfermé lui-même dans sa chambre. « Il n'est pas juste, dit ce prince fanatique et cruel, que celui qui a sauvé la vie à tant de monde la perde ». Ces mots seuls valent un éloge. Sa modestie égalait ses talents. Chaque fois qu'on le félicitait d'avoir arraché quelqu'un à la mort, il répondait simplement : « Je le soignai, Dieu le guérit ». Il mourut, en 1590, à l'âge de soixante-treize ans.  
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 19e RÉCIT Ronsard

Ronsard vit le ,jour le 25 février 1524, au château, de la Poissonnière, près Moratoire, diocèse du Mans.
On a prétendu que Ronsard était gentilhomme vendômois. Lacroix du Maine, son contemporain, qui semblait pressentir, dès ce temps, qu'on disputerait un jour cet auteur à sa province, dit expressément que Rossard est manceau, comme étant lié au pays et comté du Maine.  
Dans sa, jeunesse, il remporta le premier prix des jeux floraux à Toulouse. A la récompense ordinaire, décernée au vainqueur, les magistrats de cette ville ajoutèrent un cadeau spécial et Ronsard fut proclamé par excellence : le prince des poètes .

Marie Stuart, reine d'Ecosse, renchérit encore sur la libéralité des capitouls : charmée de la lecture des ouvrages de ce poète. elle lui fit présent d'un buffet de 2.000 écus.  
Henri II, François II, Charles IX, Henri III le comblèrent d'éloges et de bienfaits. Mais dégoutté de la cour, il entra dans l'état ecclésiastique, et fut nommé curé d'Evaillé, dans le diocèse du Mans. Les calvinistes désolaient alors la province, il se mit à la tète de la noblesse de son canton, et préserva ainsi du pillage, son élise et sa paroisse. Pour s'excuser d'avoir pris les armes, par un zèle peu analogue au ministère pacifique des autels, il disait que n'ayant pu défendre ses paroissiens avec la clef de saint Pierre, que les calvinistes ne respectaient pas, il avait pris l'épée de saint Paul.  
Peu de temps après, il fut envoyé dans les environs de Tours, où il mourut le 27 septembre 1585.  Retour ou
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2Oe RÉCIT Urbain Grandier

Urbain Grandier naquit à Bouère; il était fils d'un notaire royal de Sablé. Curé et chanoine de Loudun, il fut brûlé vif comme magicien, en 1634
Les moines de Loudun ne l’aimaient pas, parce qu'il s'opposa avec vigueur à leurs usurpations sur le droit des curés.  
Il fut dénoncé par ses ennemis à l'officialité de Poitiers, qui le priva de ses bénéfices. Le Parlement de Paris déféra ce procès scandaleux au tribunal civil de Poitiers. Il fut déclaré innocent et réintégré dans ses deux places. Mais la haine qu'il inspirait devint plus vive à l'occasion des religieuses de Loudun, qu'on crut possédées, lorsqu'elles n'étaient que folles ou malades. On fit courir le bruit qu'Urbain Grandies les avaient ensorcelées. Jamais cependant il ne leur avait fait de visites. Les capucins écrivirent au R. P. Joseph, leur confrère, le confident, l'espion et l'âme damnée du cardinal de Richelieu, que le curé Grandier, ennemi de leur maison et de leurs prérogatives, était la cause de la possession des religieuses, et ils ajoutèrent qu'il était l'auteur d'un libelle, intitulé la Cordonnière de Loudun, satire imprimée et très injurieuse à la personne et à la naissance du cardinal. Cette double accusation fournit à Richelieu les moyens de satisfaire son ressentiment contre Grandier, et de suivre sa politique, qui lui taisait mouvoir de grands ressorts pour obtenir de petits résultats. Quillet qui défia le diable des religieuses de Loudun, et le rendit penaud, dit expressément que toute cette momerie était un jeu que le cardinal faisait jouer pour intimider le roi qui craignait fort le diable.  
Le ministre vindicatif nomma une commission composée des ennemis de Grandier. Sur les dépositions ridicules et préparées des religieuses soi-disant possédées du diable, l’infortuné Urbain Grandier fut déclaré dûment atteint, et convaincu du crime de, magie, de maléfice.. etc., et condamné à être brûlé avec ses livres.  
Ainsi périt notre compatriote, à qui l'on refusa le confesseur qu'il avait demandé. Il marcha au supplice avec une courageuse résignation.   Retour ou
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21e RÉCIT Forbonnais

En 1760, notre compatriote conçut un projet de paix, dont l'exécution aurait épargné alors à la France la honte et l'humiliation du traité de Versailles en 1763.  
Ce plan, capable de séduire l'ambition anglaise, en nous conservant des ressources, fut accueilli par le duc de Choiseul, discuté dans le conseil, en présence de M. de Fuentes, ambassadeur d'Espagne, qui offrit de la part de sa cour, une médiation armée, pour le faire réussir. Il fut alors question de choisir, pour plénipotentiaire en Angleterre l'auteur de ce projet. Mais Louis XV n'en fit rien parce que Forbonnais avait, un caractère fier et indépendant.  
Chargé du secret de l'État et craignant tout pour sa liberté, Forbonnais se retira dans les montagnes de Bourgogne, à une verrerie où il avait des intérêts.  
En 1763 , Choiseul , après la paix, consulta de nouveau Forbonnais qui lui présenta un plan de réformation générale des finances, en 113 articles, tous motivés. Ce plan, discuté en présence du duc de Praslin, fut approuvé dans toutes ses parties ; les chefs de l'opposition dans le Parlement de Paris promirent qu'ils le recevraient avec joie. Mais Mme de Pompadour qui gouvernait alors Louis XV et la France, et qui n'aimait pas Forbonnais, fut bientôt instruite de ce projet qu'on avait osé former sans sa participation. Furieuse des réformes qu'il contenait, elle fit exiler l'auteur dans sa terre. On obtint, six semaines après, son rappel, dont il ne voulut pas profiter.  
Rendu à lui-même, Forbonnais voulut encore être utile aux autres. Il entreprit d'appliquer dans ses terres à Champaissant, les réformes qu'il avait proposées ; il fit même faire un cadastre qui aurait pu servir de modèle à ceux qu'on établit au siècle suivant.  
Rien de plus grand sans chercher à le paraître, que Forbonnais dans sa retraite; c'était la dignité de la vertu, qui voulait encore être utile à ses voisins ; c'était le témoignage de n'avoir jamais travaillé que pour le bonheur public. Il se plaisait à s'occuper du premier des arts, l'agriculture.  Retour ou
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22e RÉCIT Humanité des Habitants du Mans

Un grand nombre de femmes vendéennes, échappées au carnage, sont renfermées d'abord dans la maison de l'Oratoire. Les habitants du Mans s'empressent de leur fournir ce qui leur était nécessaire pour soutenir leur malheureuse existence.  
La mère du général Ledru se distingua par son zèle et par son courage, qui lui firent braver le danger de l'épidémie dont les Vendéennes étaient atteintes. La pitié ne cornait ni l'exaspération des opinions, ni celles des haines qu'elles entraînent.  
Les enfants sont placés dans le presbytère et l'église Sainte-Croix. Une des deux sœurs de Saint-Lazare chargées d'en avoir soin périt victime de la contagion. L'inspecteur de ce nouvel hospice, M. Ruillé négociant éprouve le même sort. MM. Bérard et Vétillard, à Pontlieue, changèrent leurs maisons en hôpital, où ils accueillirent indistinctement, et firent soigner à leurs dépens plus de deux cents républicains et royalistes, blessés dans les environs. Une municipalité provisoire. établie au Mans, jusqu'au retour des autorités constituées, se signala par d'importants services. Elle assura la tranquillité des habitants, déjà épuisés, en fournissant par des avances, des moyens de subsistance aux troupes républicaines qui affluèrent dans la ville par les routes de Tours et d'Angers, et que, sans doute, le besoin aurait portées à de nouveaux pillages. Elle préserva ses concitoyens des suites funestes de l'épidémie qui commençait à se manifester, fit enterrer les cadavres et nettoyer les rues.  
Patriotes, aristocrates, tous les habitants du Mans furent ce qu'ils devaient être, sensibles et humains, excepté un très petit nombre de démagogues enragés, qui pour la plupart, étaient des étrangers. Un de ces derniers se trouvant à la municipalité, voit apporter un enfant vendéen par un homme qui demande pour ne pas se compromettre la permission de l'élever. « C'est un louveteau, dit le démagogue forcené, il faut l'étouffer. Ah ! citoyen, tu ne l'étoufferas pas; c'est de quoi faire un homme; je l'emporte et je l'adopte ».  Retour ou
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23e RÉCIT Origine de la Chouannerie

Avant la Révolution, le Bas-Maine, limitrophe de Bretagne, était le théâtre obscur d'une sorte de guerre civile, dont l'impôt désastreux de la gabelle était la cause et l'occasion. Le commerce frauduleux du sel s'y faisait à main armée contre une milice nombreuse de commis du fisc. Lors de la suppression de cet impôt, employés, commis, contrebandiers, tous se trouvèrent sans état et sans pain. C'étaient des hommes habitués à tous les danger, et propres à devenir d'intrépides soldats.

L'intérêt les avaient rendus naguère ennemis implacables, le mécontentement et le besoin les réunirent sous les mêmes bannières.

Au Bourgneuf, distant de 2 myriamètres de Laval, le sang des Républicains coula pour la première fois dans ces cantons, dès le commencement de l'année 1793.  
Ces nouveaux insurgés égorgèrent lâchement des gendarmes couchés dans une auberge, et cherchèrent ensuite un refuge dans les souterrains et dans les forêts. Ils y furent rejoints par une multitude de jeunes paysans qui voulaient se soustraire à la levée des trois cent mille hommes, décrétée par la Convention. Cachés le jour, ils sortaient la nuit, pour se procurer des subsistances dans les villages voisins.  
La forêt du Pertre , proche La Gravelle, devint leur principal repaire; ils furent bientôt assez nombreux pour se procurer des armes, en attaquant avec succès de faibles détachements républicains, qui allaient de Laval en Bretagne.  
Ils évitaient avec adresse les troupes envoyées pour les détruire, car ils n'avaient point encore de chefs.  
Quatre frères, jadis intrépides contrebandiers à Saint-Ouen-des-Toits, prés Laval, se retirèrent dans la forêt du Pertre, avec les mécontents qui apprécièrent leur force et leur audace.  
L'un d'eux, Jean Cottereau ,surnommé le Chouan, ne tarda pas à se signaler par son courage et sa témérité. Les insurgés en firent un chef, dont ils prirent ou reçurent leur nom. De là leur vint la dénomination de Chouans.  
Tel était à peu près l'état de la chouannerie, vers la fin d'octobre de l'année 1793.  
« L'armée des Vendéens en passant  par notre province, comme un torrent dévastateur, a offert dans l'espace  de moins d'un mois, de grands événements, des batailles sanglantes, et  des développements conformes aux règles et aux ruses de la tactique militaire. La chouannerie, grossie en partie de l'armée des Vendéens. présente des caractères tout différents,  une guerre sourde, barbare et cruelle, a qui a désolé pendant plusieurs années les départements de l'Ouest. Les insurgés se retiraient la nuit dans les forêts; et le jour, disséminés en pelotons plus ou moins forts, ils se répandaient dans les communes, sur les routes, et dans les champs. Nombreux, ils attaquaient les postes des Républicains ; isolés, ils les tuaient par dessus les haies. Ils avaient plutôt  l'air d'agriculteurs occupés à défricher la terre, que des brigands embusqués : Le hoyau  à la main, ils tenaient leurs fusils cachés derrière un buisson. » (Extrait d'un rapport fait à la Convention.) 
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24e RÉCIT Le colonel Auvray

Une colonne de Chouans, commandée par Lamotte-Mervé, avait reçu l'ordre de s'emparer de la caserne de Saint-Vincent. M. Auvray, averti par les premiers coup de feu, sort de chez lui, tombe au milieu des Chouans, qui ne le reconnaissent, pas, il marche quelques minutes avec eux et les quitte brusquement. Aussitôt les balles sifflent autour de lui et lui font comprendre que les ennemis sont revenus de leur erreur. Il arrive heureusement à la caserne sans être atteint. Ses soldats encouragés par sa présence disposent tout pour une défense vigoureuse. Il ordonne à sa compagnie de grenadiers d'aller chercher le drapeau de sa demi-brigade dans la maison qu'il occupait et qu'il venait de quitter. Ces braves essayent en vain d'enfoncer la horde nombreuse de chouans qui encombraient la rue Saint-Vincent. Quinze d'entre eux tombent morts à la première décharge d'une fusillade presque à bout portant; le reste n'en résiste pas moins pendant 2 heures à tous les efforts des ennemis, dont le nombre ne faisait qu'augmenter à chaque instant. Après cette longue et honorable résistance qui coûta la vie à un grand nombre de Chouans, nos braves rentrent en bon ordre dans la caserne. Leur colonel les place à l'angle intérieur du mur de cet édifice, en face de l'auberge de la Tête-Noire. Là, en sûreté  et à l'abri, ils donnent la mort à quiconque ose avancer; Lamotte-Mervé y est blessé dangereusement. D'un autre côté, l'actif et intrépide Auvray fait une sortie par Tessé, avec le reste de ses soldats, et attaque l'ennemi. Le feu bien nourri des Chouans, sans cesse renforcés, enchaîne sa valeur. Il perd plusieurs braves; lui-même reçoit deux balles, dont l'une le blesse légèrement à l'épaule, et l'autre vient s'amortir contre la monture de son sabre. Il est obligé de rentrer avec sa petite troupe, et de se renfermer dans son quartier-général. Lamotte-Mervé, qui mourut trois jours après, des blessures qu'il avait reçues, désespérant d'enlever ce poste, quoique avec des forces dix fois supérieures, fait venir les canons dont les Chouans s'étaient emparés à l'arsenal. Ce délai donne aux républicains, qui n'avaient plus ni munitions, ni vivres, le temps de faire leur retraite par le jardin, et d'aller se réfugier à Ballon, où ils trouvèrent une position militaire très avantageuse et un accueil très fraternel. Les Chouans entrèrent dans 1a caserne, où ils ne trouvèrent plus que quelques soldats blessés.  Retour ou Retour haut de page

25e RÉCIT Claude Chappe  (1740-1305)

Les frères Chappe étaient placés, l'un au Séminaire de Saint-Vincent, l'autre au collège des Oratoriens (aujourd'hui le Lycée). L'amour fraternel inspira à Claude une idée de génie ; il imagina de correspondre avec son frère au moyen d'une tige portant deux longs bras qui devaient prendre différentes positions exprimant les lettres de l'alphabet. Les deux jeunes Chappe, armés de chacun une longue vue, purent ainsi échanger sans être aperçus, des communications qui les intéressaient.  
Plus tard, Claude publia cette invention et on installa partout des lignes télégraphiques composées d'appareils placés sur des fauteurs ou sur des tours convenablement espacées.  
La première ligne, établie en 17193, annonça à Paris, la nouvelle de la prise de Condé (à 200 kil.) La Convention en séance, décida que cette ville s'appellerait Nord-Libre; avant la fin de cette séance le télégraphe annonçait que le décret avait été porté à la connaissance de l'armée victorieuse. Ce succès a rendu notre compatriote célèbre.  
Depuis, ce télégraphe a disparu devant le télégraphe électrique. Retour  ou
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26e RÉCIT Le Colonel Coutelle  (1748-1335)

C'est au Mans, le 3 janvier 1748, que naquit Jean-Marie-Joseph Coutelle.  
Il fit avec distinction ses études au collège du Mans. Mettant en pratique l'invention que Franklin venait de faire, il établit sur la maison de son père un paratonnerre, le premier qui fut installé an Mans.  
En 1772, il se rendit à Paris, où il se lia avec le physicien Charles qui l'encouragea dans ses études. Lorsque en 1793, le gouvernement eut adopté la proposition faite par les savants de se servir des aérostats pour la défense de la patrie, Coutelle fut chargé d'exécuter les travaux nécessaires, et d'organiser une compagnie d'aérostiers dont il fut le capitaine.  
Les préparatifs terminés, Coutelle se rendit en toute hâte sur le lieu du combat. Le surlendemain de son arrivée, fut livrée 1a bataille de Fleurus (25 juillet 1793); grâce à sa situation, le capitaine aérostier découvrait tous les mouvements de l'ennemi et en donnait connaissance au général en chef, qui tira un très grand profit de ces renseignements.  
Ces ascensions étaient très périlleuses, car l'aéronaute avait à redouter les balles et les boulets que les ennemis ne lui épargnaient pas quand le vent poussait l'aérostat de leur côté.  
En 1795, il reçut le grade de chef de bataillon en récompense de ses services. Attaché à l'expédition d'Égypte, Coutelle ne put exercer son emploi, le feu ayant dévoré le vaisseau qui portait son matériel. Cela ne lui empêcha pas de se rendre utile; il fouilla l'Égypte avec les savants et contribua pour une large part à toutes leurs découvertes.  
Lors du voyage de la commission des Arts, à Thèbes, Coutelle eut l'idée d'amener eu France les deux obélisques de Louqsor, cette proposition ne fut mise à exécution que 25 ans après.  
Rentré en France, notre brave compatriote reçut le titre de colonel. Il fit les campagnes d'Allemagne, passa en Espagne, se trouva le 28 mars 1697 à la bataille de Médélin et y eut le bras cassé par une balle. Il fut mis à la retraite en 1516. Son âge et ses infirmités ne l'empêchèrent pas de contribuer à la fondation de l'École mutuelle et de la première salle d'Asile du Mans. Il mourut le 20 mars 1535. 
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27e RÉCIT Le général de Négrier (1733-1848)

En 1806, de Négrier entra au service comme volontaire, et l'année suivante il était décoré sur le champ de bataille de Friedland. En 1808, il était nommé commandant pour sa belle conduite en Espagne. Il se distingua encore pendant les campagnes de 1814, de 1815 et fut blessé à Waterloo.  
Après avoir commandé en Afrique la division de Constantine et soumis plusieurs tribus rebelles, il rentra en France et fut désigné pour commander la 16e division militaire.  
Elu députe du Nord en 1348, il est chargé de commander l'une des divisions de l'armée de Paris et prend part aux luttes de juin. Il meurt en voulant apaiser le combat et éviter l'effusion du sang (25 juin 1843).
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28e RÉCIT La Bataille du Mans

Après le combat de Parigné-l'Evèque, qui fut pris le 10 janvier au matin, les Prussiens continuent leur marche sur Le Mans. Pendant ce temps un 2e corps ennemi s'empare de Changé, malgré l'énergique défense du colonel Ribell. Un 3e parvient jusqu'à Champagné, après les combats de Connerré et de Pont-de-Gennes. La journée était mauvaise pour nous : nous avions reculé sur toute la ligne et les Prussiens avaient fait 3.000 prisonniers, pris 3 mitrailleuses et 1 canon.  
Le 11 janvier, le général Gougeard fait reculer l'ennemi, mais celui-ci dont les forces allaient toujours croissant, inonde le plateau d'Auvours. Gougeard juge la situation, arrête les fuyards et s'élance avec les plus braves à l'assaut du plateau, qui n'est enlevé qu'après une lutte acharnée. Frédéric-Charles commence à désespérer du succès.  
La journée du 11 n'avait pas été, en somme, trop mauvaise.  
Malheureusement, un incident imprévu allait changer cette situation satisfaisante en une déroute épouvantable.  
La meilleure des positions de l’armée française, le Tertre-Rouge, avait été confiée à des mobilisés bretons, cette troupe, mal armée et inexpérimentée, s'effraye d'une attaque imprévue des Allemands et s'enfuit sans tirer un coup de fusil. Le succès de la journée était compromis. Chanzy donna l'ordre de reprendre la position, mais nos soldats, épuisés de faim et de fatigue, ayant de la neige, jusqu'au ventre, ne purent en déloger l'ennemi qui s'y était fortement installé.  
Nos soldats se croyant trahis, étaient démoralisés; la bataille du Mans était perdue.  
Dès le lendemain matin (12 janvier), Chanzy ordonna la retraite ; heureusement un épais brouillard dissimula ce mouvement aux yeux de l'ennemi qui aurait pu prendre une bonne partie de l’armée. Les troupes se retiraient dans un désordre inexprimable à l'exception du 21e corps, commandé par le général Jaurès, qui marcha en bon ordre sur Montbizot.  
Il convient ici de citer la belle conduite des gendarmes qui défendirent pied à pied les abords du pont de Pontlieue et ne consentirent à se retirer que lorsqu'ils surent que l'armée était hors de danger; 85 d'entre eux furent tués ou blessés.  
Les Prussiens firent à la bataille du Mans 22.0011 prisonniers, prirent 19 canons et plus de 1.000 voitures chargées de munitions de vivres, d'armes etc., ils avaient perdu 3.400 hommes.  
Le désordre était tel dans l'armée française qu'il est impossible de fixer même approximativement le chiffre des pertes françaises. Retour  ou
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29e RÉCIT Entrée des Prussiens au Mans

Les Allemands pénétraient en ville par l'avenue de Pontlieue, en colonne serrée; à la Mission, cette colonne se divisait en trois: boulevard de la Gare, rue du Quartier (aujourd'hui rue Chanzy) et rue Basse. Sept maisons de celle-ci furent brûlées parce qu'elles avaient abrité des francs-tireurs qui avaient voulu brûler leurs dernières cartouches avant de se retirer.  
Arrivés prés de la place des Halles (aujourd'hui place de la République). les Prussiens sont arrêtés par une fusillade très vive qui leur vient de quelques soldats cachés derrière les voitures dont la place était encombrée ; il leur faut de l’artillerie pour les en déloger.  
La colonne qui se dirigeait du côté de la gare trouva celle-ci complètement vide, le dernier train qui emmenait le reste du matériel filait à toute vitesse vers Laval; il était temps: le chauffeur et le mécanicien entendaient déjà siffler autour d'eux les balles prussiennes.  
Le quartier de la Croix-de-Pierre resta plus longtemps aux mains des Français, le général Rousseau n'ayant opéré que lentement sa retraite et tenant toujours tête à l'ennemi: aussi sa division ne perdit-elle, ni canons, ni voitures.  
Cette résistance irrita tellement les Prussiens qu'ils pénétrèrent, dans les ambulances du quartier enlevant toutes les provisions destinées aux malades, fouillant les sacs des blessés, insultant les sœurs, frappant les ambulanciers et proférant contre tous des menaces de mort.  
Au n° 31 du boulevard de Négrier (ambulance), un varioleux fut jeté hors de son lit et maltraité, un mobile blessé fut transpercé d'un coup de baïonnette. Et de même, par toute la ville.  
La municipalité s'était rendue au-devant du général commandant le corps d'occupation dans le but de faire arrêter le pillage et l'incendie, cet officier déclara que si dans les 24 heures la ville du Mans ne versait pas une contribution de guerre de quatre millions, elle serait traitée avec la plus grande rigueur. De plus, les habitants devaient loger et nourrir l'armée ennemie pendant toute la durée de l'occupation.  
Cette contribution énorme pour une ville qui avait déjà fait de grands sacrifices pour l'armée française, il fut impossible de la payer. Les Allemands furent obligés de se contenter de quinze cent mille francs.  
La signature  de la paix mit enfin un terme à cette occupation ; le 9 mars, la ville était débarrassée de ses ennemis.  
Le Mans avait beaucoup souffert pendant cette période malheureuse; la bataille perdue par les Français aux portes de la ville, le combat dans les rues, le pillage et l'incendie, les maladies épidémiques, enfin, la douleur de voir  l’étranger maître du foyer domestique pendant deux mois: telles sont les épreuves que durent subir les habitants de notre ville.  Retour ou
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30e RÉCIT Le 33e Régiment de Mobiles

La garde nationale mobile du département de la Sarthe, réunie le 18 août 1870, fut organisée immédiatement et forma le 33e mobiles.  
Ce régiment, parti du Mans le 7 octobre 1870, n'y rentra que le 20 mars 1871, après avoir pris part à tous les combats de l'armée de la Loire : Coulmiers (9 novembre), Villepion et Loigny (1er et 2 décembre), Villorceau (8 décembre), Le Mans (10-11-12 ,janvier), Saint-Jean-sur-Erve (15 janvier).  
Mis à l'ordre du jour à Coulmiers et à Villepion, le 33e mobiles fut félicité pour sa brillante conduite à Loigny et à Villorceau, et il reçut les compliments du général Chanzy pour son énergie pendant la retraite sur Laval.  
D'ailleurs, les pertes éprouvées par le régiment attestent l'étendue de ses services : sur 3.600 hommes, il en restait environ 1.300, les autres avaient été tués, blessés ou faits prisonniers.  Retour ou
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31e RÉCIT Poitevin (1819-1882.)

Poitevin naquit à Conflans le 30 août 1819 ; il montra de bonne heure un grand amour du travail et une intelligence supérieure.  
Après de sérieuses études classiques, il entra à l'Ecole centrale et s'y fit remarquer par son assiduité au travail et par les heureuses dispositions qui laissaient déjà entrevoir son génie.  
Sorti de l'Ecole centrale en 1813, avec le diplôme d'ingénieur chimiste, Poitevin travailla dans l'industrie.  
Dès le début de sa carrière, il fut séduit par les charmes de la photographie il comprit qu'il fallait briser la barrière qui séparait l'art photographique de l'art des impressions. C'est sur ce point qu'ont porté ses efforts.  

Il créa successivement la photographie inaltérable au charbon, la phototypographie, la photogravure, la photog1yptie, la photolithographie. la chromophotographie, procédés qui permettent de reproduire très rapidement des épreuves photographiques plus belles, aussi solides et aussi inaltérables que la gravure ordinaire.

C'est Poitevin qui conseilla aux administrateurs de la Banque de France l'impression en bleu des billets de banque, pour empêcher leur reproduction par la photographie.  
Toutes ces belles inventions l'ont-elles enrichi? Hélas! non, comme tant d'autres grands homme, Poitevin est mort sans fortune. Ses travaux lui ont valu de nombreuses récompenses et la croix de la Légion d'honneur, de fortune point.  
Poitevin fut un homme d'initiative et d'action, bien trempé pour les luttes de la vie, plein d'activité, d'énergie et de patience; il a été un pionnier tranquille autant que laborieux, un infatigable chercheur; sa science et ses travaux ont contribué à la gloire et à la richesse de la France.  
Le grand chimiste était retiré dans son village natal, qu'il affectionnait particulièrement et où il vivait aussi simplement que possible, quand il fut atteint de cette tristesse morale et intellectuelle qui devait le consumer peu à peu. Il mourut le 4 mars 1882.  
La Société française de photographie et le Syndicat des photographes ont pris l'initiative d'une souscription et, le 6 septembre 1885, on inaugurait à Saint-Calais, sur l'une des places, un buste en bronze élevé à la mémoire de notre illustre compatriote. 
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32e RÉCIT François Dulac (1804-1873)

François Dulac est né à Bourges (11 janvier 1804), mais il appartient à la Sarthe par une carrière longue et admirablement remplie.  
Entré au séminaire de Saint-Gantier (Indre), il en sortit quelques années après pour se destiner à l'enseignement. Le recteur de l'Académie de Bourges l'envoya à l'école normale de cette ville (1829) pour y prendre connaissance du mode d'enseignement mutuel, dont on parlait déjà beaucoup à cette époque. il enseigna ensuite comme professeur de cinquième au collège de Donzy (Nièvre).  
C'est au mois de septembre 1831 qu'il fut appelé au Mans en qualité de directeur de l’école Mutuelle, qui comptait alors treize ans d'existence.  
Il prouva bientôt que sa véritable vocation était l'enseignement : il consacra sa vie tout entière à l'éducation de ceux qu'il appelait  ses enfants adoptifs.  
Environ six mille enfants, non compris les élèves de ses cours spéciaux, ont reçu ses paternelles leçons. II a formé une multitude d'hommes qui ont brillé dans les carrières les plus honorables.  
Le bien qu'il a fait et le bon exemple qu'il a donné ont rejailli partout autour de lui.  
Pour ne citer qu'un de ces exemples, la Caisse d'épargne scolaire, maintenant organisée chez toutes les nations civilisées, est due à François Dulac.  
C'est lui qui, le premier (4 mai 1834), a songé à faire participer l'enfant aux bienfaits de la Caisse d'épargne. Il a eu là un trait de génie. Aussi, le jury de la section d'économie sociale de l'Exposition universelle de 1889 a-t-il offert à la mémoire de François Dulac une médaille d'or pour affirmer d'une manière positive que c'est une idée bien française, émanant d'un instituteur français.  
La Caisse d'épargne était l'un des moyens pratiques qu'il employait dans son système d'éducation morale; car l'éminent directeur de l'école Mutuelle, en avance sur son temps, ne s'occupait pas uniquement à enseigner le catéchisme, la lecture, l'écriture et le calcul.  Il faut, disait-il dans un discours  de distribution de prix, que l'instituteur soit bien imbu de cette maxime  que pour chaque enfant qui lui est  confié, il doit rendre plus tard à chaque famille un honnête homme et au  pays un bon citoyen.  
On lui doit encore la création d'un cours gratuit d'adultes (1832), des cours gratuits en faveur des moniteurs militaires.  
Pendant longtemps, déférant au désir de M. Poirrier, directeur de l'Ecole normale, il s'est fait un plaisir et un devoir d'initier à la pratique de l'enseignement mutuel, dans son école même, qu'il dirigeait avec tant de succès, les élèves-maîtres qui assistaient aux leçons des différents groupes et de compléter ainsi leur instruction pédagogique.  
D'ailleurs, partout où il y avait du bien à faire, on était sûr de le rencontrer; c'était à cela qu'il employait ses loisirs.  
Les services rendus par François Dulac, loin d'être estimés à leur véritable valeur, ont cependant été appréciés par l'Administration, puisque, après avoir remporté dans divers concours quatre médailles de bronze et trois médailles d'argent, il fut successivement nommé Officier d'Académie, Officier de l'Instruction publique, enfin Chevalier de la Légion d'Honneur.  
Retraité en 1872 après 45 ans de services, dont 41 au Mans, il mourut le 23 septembre 1873, emportant les regrets unanimes de la population mancelle.  
Un journal de l’époque, annonçant sa mort, ajoute ces mots : 
« Dans cette  ville où s'est écoulée une vie aussi bien  remplie et consacrée à une tache aussi  noble que fatigante, il suffit de nommer cet homme de bien pour provoquer son éloge. »  
Les anciens élèves de M. Dulac, qu'il avait constitués en association, lui ont élevé un monument au grand cimetière de la ville.  
L'existence tout entière de François Dulac a été employée au service de la société. Nul n'a poussé plus loin le zèle, le dévouement et l'activité, et cela tout spontanément, pour l'acquit d'une conscience droite.
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 33e RÉCIT Mme Pape-Carpantier

Marie Carpantier naquit à La Flèche le 10 septembre 1815. Son père, maréchal des logis de gendarmerie venait de mourir en combattant un parti de Chouans qui luttait pour les Bourbons pendant  les Cent-Jours.  
Aussi, dans son enfance, connut‑elle la pauvreté; sortie de l'école dès l'âge de onze ans, elle acheva elle-même de s'instruire, tout en aidant sa mère qui s'était faite blanchisseuse.  

Vers
l'âge de quatorze ans. Marie fut prise d'un goût irrésistible pour la poésie; elle parvint à connaître les règles de la versification et composa elle-mène des poésies qui la firent avantageusement connaître.  
En 1836, la municipalité de La Flèche lui confia la direction de la salle d'asile récemment créée. Melle Carpentier se livra avec tant d'ardeur à ses fonctions que sa santé fut bientôt compromise et qu'elle dut donner sa démission (1839).  

Quelque temps après, elle fut appelée à diriger une salle d'asile au Mans (asile rue du Chêne-Vert), qui porte aujourd'hui son nom. Grâce à elle, cet établissement acquit bientôt une grande réputation.

Aussi, en 1817, lors de la création de l'école normale maternelle, fut-elle désignée par le Ministre pour l'organiser et la diriger.  
Pendant vingt-sept ans elle occupa ce poste important. Plus de quinze cents élèves, venues de la France et de l'étranger, ont pu y recevoir ses leçons.  
Mme Pape-Carpantier était arrivée à la plus haute situation que puisse rêver une femme en France; connue, estimée de tous, elle fait avec l’autorisation de l'administration des conférences publiques sur la leçon de choses et sur la méthode des salles d'asile; ces conférences, très suivies et très appréciées, sont renouvelées en 1867 devant les délégués des instituteurs, et cela avec un succès sans égal.  
Quelque temps après, M. Duruy  alors ministre de l'Instruction publique, la nomma inspectrice générale des salles d'asile.  

Quand, en octobre 1874, elle fut enlevée brusquement à la direction de l'école normale et mise en congé, ce fut une stupéfaction universelle et un concert de protestations tel que le ministre anti-libéral qui l'avait frappée fut obligé de lui rendre à peu près tous les avantages matériels de son ancienne situation.
Mais ces épreuves avaient ébranlé sa santé, malgré les éclatantes marques de sympathie qui lui étaient venues de la France et de l'étranger. Mme Pape ressentit toujours un profond chagrin de n'avoir pu continuer l’œuvre qu'elle avait commencée et qui faisait son bonheur.

En 1878, elle acheva de ruiner sa santé en participant à l'exposition scolaire, et mourut le 31 juillet avant d'avoir reçu la grande médaille d'or que le jury devait lui décerner.  
Mme Pape-Carpantier a été la grande bienfaitrice des petits enfants; son nom doit rester populaire, car elle fut une des meilleures et des plus dévouées amies des classes populaires, dont elle se faisait gloire d'être issue.  
Elle a contribué pour une large part à transformer les garderies d'enfants en écoles maternelles, elle a prouvé qu'il était possible, utile, indispensable de donner à ces petits êtres non seulement les soins nécessaires au corps, mais aussi ceux non moins indispensables â l'intelligence, à l'âme.  
Elle à aimé l’enfant du peuple d'un amour profond, inépuisable, et c'est dans ce sentiment qu'ont pris naissance les forces nécessaires pour l'accomplissement de sa tache.  
Mme Pape-Carpantier est la plus grande institutrice de son siècle.
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