LE PRIEURE DE MAYANNE (mise à jour le 06/03/2006)
(Propriété privée, des visites peuvent être organisées tél au: 02 43 37 44 43)
Extrait
de « La revue Historique et Archéologique du Maine », texte de Mr Jürgen
Klötgen 1987
Le
titre de "prieuré" est le dernier titre connu avant la Révolution
pour désigner la terre ancestrale de MAYANNE à DANGEUL. C'est également sous
ce nom de « PRIEURÉ DE MAYANNE » que notre antique glèbe du PAYS
DE SAOSNOIS fait ressusciter depuis ces dernières années ces quelques murs
austères mais enchanteurs, de la mort et de l'oubli . Vestiges d'un rêve
iconoclaste, peut-être.
MAYANNE,
appelé dans les manuscrits aussi "MAGNANS", "MAIGNENNES",
"MAYENNE" ou "MAIGNANNE", est un ancien chef-lieu de
l'ABBAYE SAINT-VINCENT DU MANS situé au cœur de l'antique pays de SAOSNOIS,
sur le territoire de l'actuelle commune de DANGEUL (72260).
L'Abbaye
de SAINT-VINCENT avait considérablement augmenté ses possessions dans la contrée
à la fin du 11ème et au début du 12ème siècle, notamment à DANGEUL, au départ
de la première croisade.
A
cette époque le Pape URBAIN II vint, après le Concile de CLERMONT, dans nos
contrées pour prêcher la Première Croisade. GUILLAUME BRAITEAU, fils du
vicomte GEOFFROY, et premier grand croisé du MAINE fit alors quelque sensation
en donnant à I'Abbé et au couvent de SAINT-VINCENT DU MANS sa
"villa" de DANGEUL et l'église de SAINT-MARTIN, (quandam iuris mei
ecclesiam) avec tout ce qui en dépend. L'acte confirmé par ses deux frères
HUGO et GEOFFROY est rédigé dans une chambre haute, en présence de l'évêque
HOEL et de l'archidiacre et futur évêque éminent HILDEBERT DE LAVARDIN.
GUILLAUME investit, avant de partir pour JÉRUSALEM, l'abbé RAMNULFE de ces
biens au "moyen du bâton doré de prélat" (donum hujus ecclesie per
baculurn ipsius presulis deaureatum posui in cubiculo superiori).(1er Cartulaire
N° 738).
Lorsqu'après
1097 HUGO, dit "DE ASNERIIS", fait édifier "in terra sua"
sa "CAPELLA DE ASNERIIS", fondée "apud MAIGNERIAS" (sa
CHAPELLE à MAYANNE sur sa terre), et la donne après "maintes
tracasseries" à l'Abbé et aux religieux de SAINT-VINCENT DU MANS, cette
terre devient le centre d'une vaste chapellenie et seigneurie monacale.
Elle
s'étend, tout au long des âges jusqu'à la Révolution, tant en domaine utile
qu'en directe, sur plus de 20 paroisses de ce pays : DANGEUL (SAINT-MARTIN et
SAINT-GEORGES), CONGÉ, PONTHOUIN, MEZIERES, SAINTOUEN-DES-PONTS-DE-BALLON (avec
la tête de pont), LUCE, NOUANS, MEURCE, VIVOIN, CHERANCE, CONGÉ-DES-GUÉRETS,
DOUCELLES, RENÉ, COURGAINS, LES MEES (avec la métairie de GUÉ-CHAUSSES ou BAS-BALLON)
SAOSNES (avec le domaine, la dîme, la "court" et "le
presbytaire", LA BESLERIE etc...), SAINT-CALAIS-EN-SAOSNOIS, PIZIEUX,
DISSE, THOIRE/CONTENSOR, et quelque droit sur la cure de JUILLE...
Situé
à environ 1 km du bourg actuel de DANGEUL, et à 800 m environ de la route LE
MANS - BALLON - MAMERS, dans un site d'une paisible mais précaire authenticité,
l'ancien établissement monastique se trouve sur la prolongation de la route D
27 (partant de BEAUMONT par VIVOIN et NOUANS à DANGEUL), non loin donc du
carrefour du "CHÊNE VERT" où les moines exhibaient les symboles éminents
de leur haute juridiction, en une pièce de terre nommée "LE GIBET"
et aujourd'hui "LA JUSTICE"...
Le cœur du domaine se compose encore au 16° siècle
-
de l'ancienne chapelle ou "cella", fondée entre 1097-1125 (ou
1103-1109 ?) d'après le 1er Cartulaire de SAINT-VINCENT (cf charte
N° 736 "De donatione Capelle de Asneriis" p. 418‑419)
-
de maisons manables (= d'habitation), d'une grange dîmeresse, étables et
greniers, cour, fuie à pigeons, garenne défensable, un petit bois de haute
futaie etc, sur 7 journeaux et demi de terre d'un seul tenant, et une
quarantaine d'hectares de terres détachées alentour formant la métairie du
domaine exploité par un fermier général.
Le
terme "prior" (= le premier, le "prieur", celui qui a la
priorité de décision et de jugement) indique quelque pouvoir de commandement,
comparable à celui de "senior" (= seigneur) ; de même le terme
"prioratus", devenu de plus en plus usuel à partir du 11° siècle (à
la place de "monasteriolum", petit monastère ou "abbatiole"
comme on disait dans certaines régions, et de id cella"), s'entendait
essentiellement comme un pouvoir juridique accompagné de quelque droit
seigneurial, c'est à dire d'abord comme une fonction avant de désigner les
murs d'un "prieuré".
Le
fait est d'autant plus remarquable qu'à l'origine la "CELLA" ( = la
celle, la loge ou, comme on entend parfois avec une connotation trop
exclusivement moderne du terme, "le cellier"), qui fut l'unité de
base primitive de tous ces monastères ruraux, désignait essentiellement le
lieu central d'une exploitation agricole où les moines et leurs associés
rassemblaient sur un "monceau commun" leurs récoltes.
Ainsi,
pour évoquer, ne serait-ce que très sommairement, quelques traces de son
histoire, sûrement plus longue que ses presque 900 ans d'histoire scripturaire,
on ne peut s'arrêter au seul terme de "prieuré" de MAYANNE attesté
dans les liasses conservées aux Archives Départementales de la Sarthe pour la
fin de l'Ancien Régime. Les textes anciens emploient des termes très variés
dont le sens, quant à leur contenu social, économique ou religieux, demeure
complémentaire: "chapellenie", "terre",
"seigneurie", "fief", "chambre abbatiale",
"prieuré", "recepte", "dixmerye",
"oustel" et "chatellenie"...
Le
domaine du PRIEURE DE MAYANNE, ou de "MAYENNE", fut affermé aux différents
fermiers généraux de SAINT-VINCENT et administrateurs jusqu'à la Révolution.
Le
procureur des dits "anciens religieux" de la feue Congrégation de
CHAUZAL BENOIT et, avec quelques autres dirigeants, l'un des principaux opposants
au rattachement de cette congrégation à celle dite de SAINT-MAUR, fit sa résidence
à MAYANNE.
Dom
GUILLAUME VIEL, issu d'une vieille famille connue dans le SAOSNOIS et dans le
MAINE, avait reçu cette terre avec tous les droits passifs et actifs le 19 mars
1643 par contrat en ces termes :
"Bail
général de la terre et seigneurie de MAYENNE au PERS VIEL, l'un desdits
Religieux... comme en a joui et jouit encore à présent MAITRE GABRIEL
MARYE...; savoir que ledit PERE VIEL prendra la qualité de Receveur et
Administrateur de ladite terre pour et au nom desdits pères.
Et
en cette qualité jouira en leur absence de tous les droits honorifiques et de
prééminence qui leur appartiennent en ladite paroisse de SAINT-MARTIN de
DANGEUL, qu'autres paroisses du PAYS SONNOIS auxquelles ils ont droit. Poursuivra
pour et en leur nom tous procès... concernant les droits de ladite terre de
MAGNENNES et FIEFS en dépendant..." etc.
(A.D.S.
H 132)
Le
Premier Juillet 1791, cette terre ancestrale du PRIEURE DE MAYANNE, appelée en
1744 le "village de MAIENNE" tant furent nombreux encore les bâtiments
du lieu, est vendue par la Nation comme Bien National au plus offrant à MAMERS,
pour la somme de 38 400 livres. L'église de SAINT-MARTIN ne tardera pas d'être
vendue et démolie et son titre réuni à SAINT-GEORGES.
"Ces
objets de peu de valeur... ont été vendus... de manière qu'il existe ... (un
bénéfice)... Comme vous voyez citoyens, cette somme sera infiniment plus précieuse
à la République que des prêtres que nous étions obligés de payer et qui
n'ont jamais cherché qu'à la détruire.
"Nous
devons aussi vous prévenir que politiquement, nous avons cru qu'il était nécessaire
de réserver les statues qui existent dans les temples dont il s'agit, afin de
les faire enlever promptement pour empêcher nos fanatiques d'aller leur faire
des visites inutiles. Salut", dixit le manuscrit de l'époque.
(A.D.S.
L 496)
Descendant
du dernier fermier général de MAYANNE, le Dr PAUL CHEVALIER, père de l'évêque
du même. nom, écrit en 1908 :
"La principale (partie) comprenant la chapelle, appartient à M. CHARLES CHARDON de MAROLLES-LES-BRAULTS, MAIGNANNE présente encore aujourd'hui l'aspect d'un véritable hameau... La chapelle, déjà désaffectée en 1744, est curieuse à visiter. On y remarque les piliers avec chapiteaux du rez-de-chaussée transformé en cave, l'escalier en colimaçon, les trois étages formant grenier, et la belle charpente..."
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La salle aux trois piliers |
Le grenier d'abondance |
L'ancien
PRIEURE DE MAYANNE a été classé "Monument Historique" par arrêté
du Ministre de la Culture à la date du 28 décembre 1984.
Un
parchemin de 1397 (1) atteste les droits seigneuriaux des moines
"Information
faite sur ce que nous pouvons tenir nos plaids en comte ou en régale à cause
de notre dit pouvoir de MAIGNENNES", et l'enquêteur ajoute "et que de
ce, eux et leurs prédécesseurs ont joui à présent par tel et si longtemps
qu'il n'est mémoire du contraire".
Le
titre de la chapelle cependant semble avoir été réuni déjà en la première
moitié du 14° siècle à celui de l'autel SAINT-JEAN-BAPTISTE de la Cathédrale
du MANS. A cette époque en effet, au temps de l'évêque GEOFFROY DE LA
CHAPELLE (1339-1350), le Doyen du chapitre MACÉ PEZAS "fonde" dans l'église
cathédrale une chapelle à la présentation du Doyen et la collation du
chapitre (Reg. du secrét. du Chapitre, Livre du luminaire 132).
Cette
chapelle, desservie dès lors sur l'autel de la chapelle SAINT-JEAN, est
alors l'une des deux de la cathédrale réservée à la présentation exclusive
du Doyen, premier dignitaire du chapitre, et portait le nom de : "chapelle
SAINT-JEAN-BAPTISTE DES MAIGRETIERES EN DANGEUL".
LES
MAIGRETIERES, ou LA MAIGRETERIE, relevaient anciennement du fief de MAYANNE et
constituaient, à partir d'une époque indéterminée, la "portion
congrue" allouée au chapelain desservant ; il est d'ailleurs amusant de
remarquer qu'une parcelle de l'actuel bordage (cf ancien cadastre supra) porte
encore le nom de "MERELLE" ou "MARELLE", du nom des jetons
de présence au chapitre.
Le
nom de MACE PEZAS semble également conservé dans la toponymie locale.
L'ancienne "MOTTE DE MAIGNENNES" ou de "MAGNANS" (= MAYANNE)
est appelée encore parfois de nos jours "LA MOTTE PEZARD", comme elle
était consignée dans le Livre Terrier de MAYANNE au 16° siècle "LA
MOTTE PEZADS" (A.D.S. H 167).
Ce
"livre terrier et censif", daté de 1555 mais groupant des écrits de
1460 à 1580, de la terre et seigneurie de MAYANNE donne encore d'autres précieux
renseignements sur plus de 400 pages manuscrites parmi lesquels nous relevons
celui-ci
"Lesdits
de SAINT- VINCENT Ont droit et sont fondés à cause de leur dite seigneurie de
MAIGNENNES d y avoir justice patibulaire à deux piliers, en une pièce de terre
dépendant de la métairie de GAUMON... près et contigu le jardin du lieu nommé
LE GIBET".
"Item
ont droit de tenir leurs plaids dudit MAIGNENNES en comte et en regale au
ressort dudit MAIGNENNES et d'y traiter tous leurs sujets", etc...
(ibid)

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Le 1er niveau date du 12ème, le second du 15ème |
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D'aprés le nombre d'or |
La croix de faîte: de par l'orientation du bâtiment principal, elle regarde le couchant à la St-Jean (solstice d'été) et le soleil levant, du côté de la palestine, à Noël (solstice d'hiver) |