|
Repères historiques
La Fonderie d'Antoigné : un patrimoine local indissociable de l'histoire de
la commune
La commune de Sainte Jamme-sur-Sarthe ( 1685 habitants au recensement de
1999 ) d'une superficie de 843 ha, se situe à proximité de la route
nationale 138, à 15 kilomètres au Nord du Mans.
Au cours des siècles, la fonderie d'Antoigné modela le visage de cette
commune et de ses habitants, au gré de la prospérité ou de la décadence de
ses activités. La vie économique et sociale du canton de Ballon en a été
fortement marquée.
L'empreinte de l'usine est fortement ancrée dans le patrimoine local.
Aujourd'hui encore, le souvenir est vif au sein d'une majorité de foyers.
Les anciens fondeurs sont nombreux et toujours impliqués dans la vie
associative et locale.
Des
siècles d'industries
L'usine d'Antoigné témoigne de l'activité métallurgique millénaire qui anima
les anciennes provinces du Maine et du Perche, mais aussi celles de
Normandie et de Bretagne toutes proches.
Lointaine héritière des forges primitives gallo-romaines, puis des
bas-foyers médiévaux des communes de Lavardin et de La Bazoge voisines,
l'usine d'Antoigné perpétue la grosse forge à fer qui naquit sur ce même
site d'Antoigné en l'an 1618, symbolisant la réussite de la reconversion en
seconde fusion.
S'appuyant sur un environnement naturel favorable, avec la Sarthe qui lui
confère une forte puissance hydraulique, la proximité des bois d'Antoigné et
du minerai nécessaire à la production d'un fer de bonne réputation, Antoigné
compte en 1789 au nombre des douze grosses forges du département de la
Sarthe ayant chacune leurs hauts fourneaux.
A la fin du XVIIIème siècle, la fonderie de première fusion entre en crise à
Antoigné avant de s'arrêter en 1840. L'histoire industrielle du site paraît
alors sur le point de disparaître, et pourtant, en 1855, le haut fourneau
est rallumé pour les besoins du chemin de fer. La reprise est cependant de
courte durée. En 1859, le haut fourneau s'éteint définitivement et l'usine
est reconvertie en fonderie de seconde fusion.
Chappée et
le paternalisme
Dés la fin du XIXème siècle, Armand Chappée succède à son beau-père Victor
Doré, et saura donner à la fonderie la vigueur nécessaire et une production
suffisamment diversifiée (tuyauterie, fumisterie,*) pour lui permettre de
s'adapter aux fluctuations de la conjoncture et même de connaître un certain
essor. Désormais, le nom de Chappée apparaît comme nom d'usine, nom de
marque et va témoigner d'un système de relations sociales particulières
entre ouvriers et patrons : le paternalisme.
Pendant cette période, oeuvres de l'entreprise et actions municipales seront
indissociables (société de secours mutuel, pension de retraite et épargne,
les sociétés de Musique et de Gymnastique, le Fondeurs-Pompiers, *)
Mais les plus représentatives et les plus visibles des fondations du système
paternaliste des Chappée, ce sont les constructions de maisons. A une époque
où les HLM n'existent pas, sont construites au début du XXème siècle tout un
ensemble de maisons ouvrières individuelles, permettant de fixer la main
d'œuvre, à l'époque assez mobile, mais aussi d'améliorer les conditions
d'habitat. Elles disposent en effet toute d'un jardin et d'un confort
convenable pour l'époque (un réservoir d'eau pour les besoins du jardin
attenant et une pompe pour l'alimentation en eau potable de la maison).
Ces maisons ouvrières sont toujours visibles actuellement dans les rues des
Chardonnerets, du 11 novembre et du 8 mai.
De la SGF
à la fermeture
Dés 1914, comme beaucoup de fonderies, l'usine se reconvertit rapidement au
profit des industries de guerre. Antoigné devient alors un véritable arsenal
au service de l'artillerie et du génie produisant des obus de tous calibres.
La réinstallation s'opère ensuite normalement.
Rachetée en 1928, l'ex-entreprise Chappée entre dans la Société Générale de
Fonderie (SGF), qui, à l'inverse de l'action de diversification des
productions menée par les Chappée, va progressivement spécialiser Antoigné
sur la production de radiateurs pour en faire une entreprise pratiquement
monoproduit.
Après la seconde guerre mondiale, l'usine d'Antoigné va pleinement profiter
des besoins de reconstruction, puis de ceux de l'aspiration généralisée du
confort.
Fin 1964, cette entreprise spécialisée alors dans le chauffage central est
particulièrement prospère, avec 1740 ouvriers inscrits (1900 en intégrant
les employés, techniciens, agents de maîtrises et cadres). Mais la crise
pétrolière de 1974, le développement du chauffage électrique et la réduction
du nombre de logements construits, vont précipiter la perte de l'usine. Les
vagues de licenciement se succèdent jusqu'à fin 1984, date de l'arrêt de la
fabrication des radiateurs d'Antoigné.
Cette fermeture aura de lourdes secousses sociales tant pour la commune de
Sainte Jamme-sur-Sarthe, que pour l'ensemble des communes du canton de
Ballon. Le site d'Antoigné à Sainte Jamme-sur-Sarthe, employait encore sept
cents personnes à la fabrication de 6 280 000 radiateurs de chauffage
central par an.
|