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Localisation
A la limite de la commune de Marolles-les-Braults, l'abbaye de Tironneau
borde l'Orne Saosnoise, à 2,8 kilomètres au Nord-est de l'église de
Saint-Aignan. Nous accédons assez difficilement à cet endroit, en
empruntant un chemin de 450 mètres, situé à côté de la ferme : les
Harriers, et relié à la départementale 19, allant de Marolles-les-Braults
à Bonnétable. Sur un terrain plat ce site est à 62,5 mètres
d'altitude.
RÉFÉRENCES
I.G.N.
n°1718 Est
Année : 1996
Coordonnées
Lambert :
AX: 452,5
AY: 1061,7
RÉFÉRENCES
CADASTRALES
Année:
1838 Section: B1
Parcelles importantes : 16 à 27, 29- 30
VESTIGES
Type : Maison forte avec basse-cour et enclos.
État cadastral (Cliquez
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Un
réseau hydraulique très dense entoure le site de part et d'autre.
L'accès au centre de celui-ci se fait ainsi par l'intermédiaire de
plusieurs ponts situés vers l'Ouest. L'Orne Saosnoise a servi de base
pour l'établissement de nombreuses douves, qui permettent d'avoir de
nombreux enclos. Celui de l'Ouest fut fait en utilisant un bras de la
rivière. Cela lui donne sa forme triangulaire et, sa création n'a
ainsi nécessité la création que d'une seule douve. D'autres enclos
furent construits à l'extérieur du site, au sud du Moulin de
Tironneau. Cet important site s'étend sur plus de 600 mètres.
Le logis abbatial de Tironneau est le bâtiment le plus à l'Est, orienté
Nord-sud. Le moulin est orienté différemment de manière à longer
l'Orne Saosnoise. Presque parallèlement, à une soixantaine de mètres
au Nord, un long bâtiment d'une cinquantaine de mètres représente la
grange. Un autre petit bâtiment appelé le moulin se trouve dans le même
axe au long d'une douve, encore plus au Nord il doit s'agir d'une fuie
carrée. Une dernière construction est encore présente à l'Ouest en
bordure de l'enclos triangulaire.
Dans
le paragraphe qu'Henri Chardon a écrit à propos de l'abbaye de Tironneau,
dans son livre intitulé Histoire Religieuse
de
Marolles-les-Braults,
nous retrouvons une description du site, faite le 27 novembre 1790.
Son auteur est Maître Boulard, expert, qui tente de donner une
estimation des biens de vente. Le site est donc décrit de la manière
suivante:
1)
L'église des religieux, figurant une croix, partie voûtée, et l'autre
partie en lambris, dans
laquelle
il y a cinq autels.
2)
La maison des religieux, distribuée de cuisine, salle, salon de
compagnie, menuiserie, ancien réfectoire, chambre du prieur, deux
caves, bûcher. Par haut, six chambres des religieux et leurs cabinets
d'aisance, cinq autres cellules et leurs cabinets, trois autres chambres
sans cabinets, greniers sur le tout, un préau entre lesdits bâtiments.
3)
La maison abbatiale dont est titulaire M. l'abbé de Saint-Simon d'Archiac
tenante à la maison des religieux, distribuée de deux chambres et six
cabinets ; par bas, cuisine, cage d'escalier, deux chambres hautes et
cabinet.
4)
Grande cour, dans laquelle sont les granges, étables, écuries, toits
à porcs ; un autre bâtiment sous lequel est le portail d'entrée, dans
lequel loge le garde de la communauté, deux jardins, un aux religieux,
l'autre à l'abbé.
5) Le moulin à
mouture à un des angles de la cour, distribué de chambre à feu, four
au pignon, chambre où sont les tournants et virants avec les autres
ustensiles; toits à porcs, écurie, petit jardin, le tout clos en
partie et séparé de canaux (contenant ensemble quatre à cinq
journaux).
6)
Les Grands-Bois, dont la contenance est de 99 arpents 64 perches. Un
tiers est mal plantés. 71 arpents sont en quart de réserve et en coupe
depuis huit ans, duquel quart ne reste plus à exploiter qu'une petite
partie; le surplus, en coupe réglée de différents âges. Le tout
estimé 20000 livres.
Contrôle
sur le terrain
L'important
réseau hydraulique, prenant sa source dans la rivière, a disparu.
Cependant les traces de ces douves sont encore présentes dans le sol.
Celle qui a laissé le plus de marques est celle qui est située le plus
au Nord sur l'ancien plan cadastral, avec l'orientation Est-ouest. Les bâtiments
qui longeaient l'Orne Saosnoise ont tous été détruits. Les fondations
de l'ancien moulin sont encore visibles à même le sol et, la grange
qui bordait la parcelle 20 est encore debout. La fuie carrée qui se
trouvait au Nord fut elle aussi détruite mais, ses fondations sont
encore visibles sur plus d'un mètre de hauteur à certains endroits.
DONNÉES
HISTORIQUES
L'abbaye
de Tironneau fut fondée dans la forêt de Tyron entre 1149 et 1151 (à
propos de la date exacte, les avis diverges). Tyron était un ancien
fief situé à Sables. La forêt de Tyron s'étendait sur les
territoires de Courcemont, Sables, Jauzé et Saint-Aignan. C'est le
seigneur de ce dernier lieu, Patri de Sourches, qui la fit bâtir, avec
l'aide de sa mère : Guimburge. Patri y mit des religieux de l'ordre de
Cîteaux, que SAINT-BERNARD lui envoya deux ans avant sa mort. C'est
ainsi que nous retrouvons en 1154, le premier abbé de Tironneau, dénommé.
Haraud .
Un
extrait de l'acte de fondation fut retranscrit par Henri Chardon . Il
serait daté de 1151, et se compose ainsi : " In nomine sanctae
et individuae Trinitatis, ego Paganus de Carducis et Guiburgis mater
ejus, una concessione omnium filiorum meorum, fundamus abbatiam de
Tyronnel, in honore sanctae dei genitricis Mariae loco et terra que
nostri juris esse creduntur, praecipue
pro anima Patricii Fratris
Mei, pro salute animarum nostrarum, antecedentium et frequentium
nostrorum. Super hoc, damus et concedimus ejusdem abbatiae conventus,
quinque mansuras terre, tres in Tyronel, duo in Bella Sylva, decimam de
furno et de molendino nostro apud Sanctum Anianum, pasnagium et
herbagium in foresta nostra suis animalibus, mortuum nemus ad voluntatem
monachorum et vivum de liberatione nostra, duos arpennos prati, iterum
apud Tuscam duits boveas terme et herbaguim cum pratis apenditiis.
Concedimus eis in helemosina debitum nobis servituim totius
adquisitionis, quam in feodo nostro facere poterunt, tiem ejusdem
abbatiae fratribus concedimus et heredes nostri, ne praeter eos infra
civitatem Cenomanensem ulla religionis domus quicquam in helemosinam ex
hereditate nostra accipiet."
Quelques
chartes et de nombreux baux ont pu échapper à la Révolution. Ils se
trouvent désormais aux archives départementales de la Sarthe . Ces
derniers nous permettent de connaître les nombreuses possessions qui
appartenaient à cette abbaye, ainsi que les noms des abbés qui y ont résidé.
Leur nombre n'a jamais été vraiment considérable. A la veille de la Révolution,
leur nombre aurait été de cinq alors que seulement deux y demeurèrent
après les confiscations révolutionnaires. Ainsi, le couvent de Tironneau
fut compris dans ces confiscations. Tous les bâtiments qui le
composaient, l'église, la maison des religieux, la maison abbatiale, la
cour, les jardins, le moulin et tout le reste représentant 16 journaux
de terre et 26 hommées de pré, furent adjugés à Charles Boulanger et
Jacques Hardouin-Desnos, marchand à Mamers, pour 37000 livres , le 2
mars 1791.
Pour
en revenir plus particulièrement aux bâtiments, nous apprenons que l'église
abbatiale abritait les tombeaux des seigneurs de Sourches. Elles fut démolie
dans les premières années du XIXe siècle et, elle ne transparaît
donc pas sur le plan cadastral napoléonien. D'après le témoignage de
Monsieur Chardon, qui remonte au tout début du siècle, il aurait connu
des personnes qui avaient assisté à des messes dans cette dernière .
Elle était située dans la partie gauche de la cour,
perpendiculairement à la maison abbatiale. Cette dernière n'était
plus au début du siècle, que la moitié de ce qu'elle était
autrefois. L'autre portion fut abattue sans raison à la fin du XIXè siècle.
La conciergerie est la seule partie du XIIIè siècle qui a connu le XXè
siècle.
Ainsi,
vers 1890, il ne restait plus de Tironneau, qu'une partie de la maison
abbatiale, avec son porche gothique du XIIIe siècle, son moulin qui ne
fonctionnait plus et, une fuie carrée. Tout ceci fut démoli en février
1946. En effet, la "croyance" locale veut que le fait
d'habiter une vieille abbaye, porte malheur. La dernière propriétaire
l'ayant habitée a subi une série de malheurs. De plus, après qu'elle
l'ait quittée, deux jeunes gens se sont noyés à deux reprises différentes.
Le second suicide sonna le glas de l'abbaye. Le jeune homme se jeta dans
l'une des douves, n'ayant pas accepté de voir sa mère, veuve, avec un
autre homme. Qui aurait pu deviner que ce fait divers amènerait la
perte de cette abbaye ?
D'après
les dires de certains qui ont encore connu cette abbaye, l'acquéreur
fut un banquier qui aurait vendu les pierres et les matériaux à un maçon
de Marolles-les-Braults. Il paraîtrait que ce site possédait une porte
qui donnait accès à un souterrain qui fut comblé.
F.Chirat |